Stratégie militaire du Mali : l’échec des mercenaires face aux groupes armés

Une alliance controversée aux conséquences désastreuses

En 2021, les autorités maliennes ont fait appel à des mercenaires russes pour renforcer leur lutte contre les groupes armés. Pourtant, cette décision a eu des répercussions dramatiques sur la sécurité du pays. Plutôt que de stabiliser la région, cette stratégie a favorisé l’expansion des groupes terroristes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara, qui ont profité du recentrage des forces maliennes sur les rebelles touaregs du Nord.

Des méthodes brutales qui alimentent l’instabilité

Les opérations menées conjointement par l’armée malienne et les mercenaires ont souvent visé des civils, notamment des Peuls, sous prétexte de liens présumés avec les groupes terroristes. Ces exactions, comme celle de Moura fin 2023 où des centaines de personnes ont été exécutées, ont non seulement provoqué une indignation générale, mais aussi renforcé le recrutement au sein des groupes armés. Les populations, privées de soutien étatique, se sont tournées vers ces organisations pour se protéger.

L’abandon des Accords d’Alger : un tournant dangereux

En janvier 2024, la junte malienne a rompu les Accords d’Alger, un pacte de paix signé avec le Front de libération de l’Azawad (FLA), marquant le début d’une nouvelle phase de répression contre les Touaregs. Cette décision, prise après la reprise de Kidal avec l’appui des mercenaires de Wagner, a affaibli encore davantage la position du gouvernement. Pendant ce temps, les groupes terroristes ont consolidé leur emprise dans le centre du pays, menaçant directement la capitale et perturbant les échanges commerciaux avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

L’échec de la mission de l’Africa Corps : une protection illusoire

L’expulsion de la MINUSMA en 2023 a laissé le champ libre aux mercenaires russes, rebaptisés sous l’étiquette de l’Africa Corps. Pourtant, leurs interventions n’ont pas enrayé la progression des groupes armés. Les attaques répétées, comme celle de Tin Zaouatine en juillet 2024 où des Touaregs ont infligé une défaite cuisante aux forces maliennes et mercenaires, ont révélé l’inefficacité de cette stratégie. Depuis, l’Africa Corps se limite à des missions de soutien par drone, par crainte d’affrontements directs.

Les récents événements, comme la chute de Kidal face au FLA en avril 2024 ou la mort du ministre de la Défense lors d’une offensive, illustrent l’incapacité des autorités maliennes à inverser la tendance. Malgré un budget mensuel de 10 millions de dollars versé aux mercenaires, leur rôle se réduit désormais à la protection des infrastructures stratégiques, comme l’aéroport de Bamako, plutôt qu’à des opérations de contre-terrorisme.

Un gouvernement isolé et une population en détresse

Les analystes soulignent l’incapacité des dirigeants maliens à gagner la confiance de la population. Plutôt que de développer des infrastructures ou des services publics, la junte mise sur une rhétorique anti-occidentale pour maintenir son pouvoir. Cette approche, couplée aux violences perpétrées par les mercenaires, a poussé les civils à se méfier des autorités et à se tourner vers les groupes armés pour survivre.

« Leur seul projet est de diaboliser la France et l’Occident, sans jamais proposer de solutions concrètes pour le peuple malien », constate un observateur. Aujourd’hui, le Mali se retrouve dans une impasse : dépendant des mercenaires pour sa survie, mais incapable de rétablir la paix ou la sécurité.