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Stratégie judiciaire et exclusion politique : l’ombre de 2029 sur le Sénégal

Publié le 15 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Stratégie judiciaire et exclusion politique : l’ombre de 2029 sur le Sénégal

Portrait d'Ousmane Sonko

Les récentes nominations au sein du système judiciaire sénégalais soulèvent des questions cruciales sur l’avenir politique du pays. Une analyse approfondie révèle des intentions stratégiques qui pourraient redéfinir le paysage institutionnel avant 2029.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Les changements opérés au Conseil constitutionnel et à la Cour d’Appel de Saint-Louis marquent un tournant significatif dans l’équilibre des pouvoirs. Pour le politologue Mamadou Wane, surnommé Mao, ces nominations s’inscrivent dans une démarche visant à marginaliser politiquement Ousmane Sonko à l’horizon de 2029. Cette manœuvre, bien que subtile, risque de se heurter à la détermination d’un peuple sénégalais résilient et d’un parti politique en pleine expansion.

Selon Mao Wane, le Président Bassirou Diomaye Faye chercherait à instrumentaliser la justice pour écarter Ousmane Sonko de la course électorale. Cette stratégie, bien qu’ingénieuse, pourrait échouer en raison de la maturité politique du peuple sénégalais. Le politologue souligne que le leader du PASTEF a toujours su mobiliser une base populaire massive, rendant toute exclusion prématurée impossible.

En juillet 2023, le chef de l’État a nommé Ousmane Diagne à la présidence du Conseil constitutionnel, remplaçant feu Mamadou Badio Camara. Peu avant, Serigne Bassirou Guèye, ancien procureur, a été désigné avocat général à la Cour d’Appel de Saint-Louis. Ces deux magistrats entretiennent des relations tendues avec Ousmane Sonko.

Les divergences avec Ousmane Diagne portaient sur la gestion des comptes publics et la lenteur à traduire en justice les responsables de crimes commis entre 2012 et 2024. Quant à Serigne Bassirou Guèye, Ousmane Sonko l’accuse d’avoir falsifié un rapport d’enquête pour orchestrer une machination politique à son encontre.

Mao Wane tempère ses propos concernant Ousmane Diagne, évitant toute condamnation hâtive. En revanche, il critique vivement Serigne Bassirou Guèye, estimant qu’un magistrat ayant recours à de telles pratiques ne mérite pas sa fonction. « Falsifier un procès est une atteinte inacceptable à la justice. Un tel comportement disqualifie immédiatement un juge. »

Vers un retour du système néocolonial ?

Pour Mao Wane, les nominations judiciaires actuelles reflètent une volonté de restaurer l’ordre ancien. Cette approche, qu’il qualifie de révisionnisme, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à consolider une nouvelle force politique centrale, s’appuyant sur les cadres de l’ancienne coalition au pouvoir.

« Le révisionnisme consiste à vouloir revenir à un passé révolu. Il existe désormais une fracture claire entre ceux qui cherchent à rétablir le système néocolonial et ceux qui défendent la souveraineté, le patriotisme et la révolution démocratique. » précise-t-il, après quarante ans d’observation de la scène politique.

Le politologue met en garde contre toute tentative d’exclusion de Ousmane Sonko. Selon lui, une telle démarche serait vouée à l’échec, car elle ignore la résilience historique du peuple sénégalais. « Les tentatives de liquider politiquement Sonko en manipulant les institutions sont des erreurs stratégiques. Le peuple sénégalais a déjà prouvé sa capacité à faire reculer les régimes les plus autoritaires. »

PASTEF : un parti en pleine ascension face à un régime en difficulté

Pour Mao Wane, l’engouement autour de l’adhésion au PASTEF est un indicateur clé du rapport de force actuel. « Le PASTEF n’est pas seulement le parti le mieux structuré et le plus dynamique. Il incarne également le leadership le plus solide autour de Sonko. Cette organisation et son réseau militant sont des atouts majeurs. »

Le politologue insiste sur la maturité démocratique acquise par le peuple sénégalais après les alternances de 2000 et 2012, renforcée par trois années de lutte acharnée entre 2021 et 2024. « En 2021, les Sénégalais n’ont pas cédé après quelques jours. Ils ont résisté pendant près de trois ans, acquérant une expérience inestimable de la lutte politique. Cette mémoire collective rend toute exclusion de Sonko impossible. »

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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