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Souveraineté sanitaire au Niger : la vision ambitieuse de Garba Hakimi

Publié le 24 avril 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Vers une souveraineté sanitaire au Niger : l’ambition du ministre Garba Hakimi


Lors de son passage dans l’émission Le Grand Entretien de la RTN, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique du Niger, le Médecin Colonel-Major Garba Hakimi, a présenté une vision révolutionnaire pour le système de santé nigérien. Au-delà d’un simple bilan, il a exposé une stratégie claire : transformer radicalement la santé publique en misant sur l’autonomie locale, l’expertise technologique et une accessibilité accrue des soins pour tous les citoyens.

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De la gestion classique à une refonte structurelle du secteur

Depuis son entrée en fonction en août 2023, Garba Hakimi a recentré l’action du ministère sur un objectif prioritaire : rendre le système de santé nigérien plus résilient tout en réduisant la dépendance aux importations. Cette démarche ne se limite pas à une simple amélioration des processus existants, mais s’inscrit dans une logique de transformation profonde du paysage sanitaire national.

Parmi les mesures phares, on note le renforcement de la disponibilité des médicaments essentiels, l’élévation des standards des prestations médicales, l’organisation optimisée du réseau de santé et l’intégration progressive de pratiques jusqu’alors négligées, comme la médecine traditionnelle ou les campagnes de prévention sanitaire.

Modernisation du plateau technique : un bond technologique sans précédent

Un des piliers de cette stratégie repose sur l’investissement massif dans les infrastructures médicales. L’acquisition d’équipements de pointe — tels que des scanners 64 barrettes, des IRM ou des accélérateurs linéaires dédiés à la radiothérapie — marque un tournant décisif après des décennies de sous-équipement chronique.

Cette avancée se manifeste concrètement dans la prise en charge du cancer. Désormais, le Niger dispose des trois piliers thérapeutiques essentiels : chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie, permettant un traitement complet sur place. Cette évolution réduit considérablement les évacuations sanitaires coûteuses et souvent inéquitables vers l’étranger.

Autre exemple marquant : la chirurgie cardiaque, désormais maîtrisée localement, offre des soins à un coût cinq fois inférieur à celui pratiqué à l’étranger. Ces progrès ne se limitent pas à la performance médicale ; ils symbolisent un changement de paradigme : le Niger soigne désormais sur son sol des pathologies autrefois exportées.

Autonomie pharmaceutique : réduire la dépendance aux importations

La souveraineté sanitaire passe aussi par la production locale de médicaments et d’intrants. Le ministre Garba Hakimi souligne l’importance de fabriquer sur place des produits essentiels, comme le sérum, en utilisant des ressources disponibles au Niger. Cette orientation s’appuie sur des réformes structurelles au sein de l’Office national d’approvisionnement en produits pharmaceutiques et en consommables (ONPPC), permettant d’atteindre des taux de couverture élevés en médicaments vitaux.

Parallèlement, la relance de l’industrie pharmaceutique locale amorce une dynamique prometteuse, tandis que la mise en place d’unités de production d’oxygène médical sur l’ensemble du territoire met fin à une dépendance critique et garantit un accès gratuit à cet intrant essentiel.

Maillage sanitaire : rapprocher les soins des populations

Pour corriger les disparités territoriales, le ministère mise sur une approche progressive mais déterminée. La construction de centres de santé intégrés de type 2, mieux équipés et autonomes, constitue une priorité. Avec la création de 36 nouveaux centres en 2025 et l’amélioration du taux de couverture sanitaire, l’objectif est clair : ancrer les soins au plus près des citoyens.

À Niamey, la décentralisation des services obstétricaux désengorge les structures saturées et améliore la prise en charge des urgences. Cette stratégie s’accompagne d’un renforcement des ressources humaines, avec des recrutements et des formations, même si les besoins restent colossaux face à l’expansion des services.

Prévention et hygiène : agir sur les causes des maladies

Le ministre insiste sur le passage d’une logique curative à une approche préventive. La lutte contre le paludisme illustre cette transition : il ne s’agit plus seulement de soigner, mais d’éradiquer le vecteur de la maladie. De même, les actions en matière d’hygiène publique, d’accès à l’eau potable et de gestion des déchets médicaux visent à s’attaquer aux racines des problèmes sanitaires.

Renforcement de la gouvernance et défis à relever

Malgré ces avancées significatives, Garba Hakimi reconnaît les limites persistantes du système. L’éthique médicale, la qualité de l’accueil des patients et la discipline professionnelle nécessitent des améliorations. Des mécanismes de contrôle, d’inspection et de sanction ont été renforcés, mais la transformation des comportements reste un chantier de longue haleine.

La formation des professionnels de santé, le développement des écoles médicales et la régulation du secteur privé figurent parmi les priorités à venir. Ces réformes structurelles sont indispensables pour pérenniser les progrès accomplis.

Coopération régionale : mutualiser les forces au sein de l’AES

La dimension régionale s’affirme comme un levier stratégique dans cette quête d’autonomie sanitaire. La coopération avec les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Bénin, Burkina Faso, Mali, Niger et Togo — ouvre la voie à une mutualisation des compétences, des équipements et des politiques de santé. À terme, cette dynamique pourrait aboutir à une organisation sanitaire commune, renforçant l’autonomie collective face aux défis sanitaires.

Un système de santé en pleine mutation

L’interview du ministre révèle une réalité incontestable : le système de santé nigérien est en pleine mutation. Entre les contraintes structurelles et les ambitions affichées, il évolue vers un modèle plus autonome, plus accessible et mieux intégré. Si les défis restent nombreux, la trajectoire engagée témoigne d’une volonté ferme : faire de la santé un pilier de la souveraineté nationale.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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