Services intégrés pour les familles nomades du Tchad : une révolution sanitaire
Une nouvelle approche pour les communautés nomades du Tchad
À Mandjafa, en périphérie de N’Djamena, les familles nomades du Tchad accèdent enfin à des services de santé adaptés à leur mode de vie. Parmi elles, Afia a parcouru des kilomètres avec sa fille Fatma, âgée de quatre mois, pour profiter des soins proposés lors d’une campagne dédiée. Pour cette mère de cinq enfants, ces interventions sont vitales : « Les vaccins préservent la santé de mes enfants. Dès qu’ils tombent malades, je me rends immédiatement au centre de santé », confie-t-elle avec conviction.
Les communautés nomades, qui représentent environ 3,5 % de la population tchadienne, vivent principalement de l’élevage. Leur mobilité saisonnière et l’éloignement des centres de santé rendent souvent l’accès aux soins complexe. Pourtant, grâce à une stratégie innovante, ces défis sont progressivement surmontés.
L’approche « une seule santé » : une réponse adaptée aux réalités pastorales
Le Gouvernement tchadien a adopté l’approche « One Health », un modèle qui fusionne les secteurs de la santé humaine, de l’élevage, de l’environnement et de l’agriculture pour offrir des services intégrés aux populations nomades. Lors d’une campagne organisée le 9 juin 2026 à Mandjafa, 134 personnes, dont 11 enfants, ont bénéficié de vaccinations humaines et animales, ainsi que de compléments nutritionnels comme la vitamine A, des traitements antiparasitaires et des moustiquaires imprégnées. Parallèlement, 96 animaux ont été vaccinés, illustrant l’efficacité de cette méthode.
Le Pr Mahamat Béchir, Coordonnateur national de l’approche « One Health », explique les origines de cette initiative : « Les études menées au début des années 2000 ont révélé que l’accès à la vaccination était très limité dans certaines communautés nomades. Nous avons dû repenser nos stratégies pour les aligner sur leur quotidien », souligne-t-il. Les équipes ont également noté que les éleveurs sollicitaient déjà régulièrement les services vétérinaires. En combinant les interventions pour les humains et les animaux, il est devenu possible de toucher davantage de familles lors d’une seule opération, tout en limitant leurs déplacements.
Des bénéfices multiples pour les familles et leurs troupeaux
Youssouf Idriss, éleveur installé près de Mandjafa, possède des moutons, des bovins et des chameaux. Pour lui, la santé de ses animaux est indissociable de celle de sa famille : « Nos troupeaux nous nourrissent et nous permettent de vivre. Leur bien-être est une priorité absolue. » Les campagnes conjointes répondent ainsi à plusieurs besoins essentiels en une seule intervention, renforçant à la fois la santé des humains et celle du bétail.
Raphaël Neni, agent vétérinaire au ministère de l’Élevage, constate les effets positifs de cette approche depuis cinq ans : « Depuis que nous avons intensifié la vaccination, certaines maladies animales ont diminué. Les éleveurs constatent eux-mêmes l’amélioration de la santé de leurs bêtes », explique-t-il. Ces interventions réduisent également les risques de transmission de maladies entre animaux et humains, améliorant ainsi la sécurité sanitaire des communautés.
Une collaboration multisectorielle pour une santé publique renforcée
Au niveau national, la plateforme « One Health » coordonne les actions des ministères de la Santé, de l’Élevage, de l’Environnement et de l’Agriculture. Cette synergie vise à renforcer la prévention, la surveillance et la réponse aux menaces sanitaires. « Les défis sanitaires ne peuvent plus être traités de manière isolée. Les maladies zoonotiques, les changements climatiques et les enjeux environnementaux exigent une collaboration étroite pour mieux protéger les populations », insiste le Pr Béchir.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) soutient activement cette démarche depuis plusieurs années. Son appui porte sur le renforcement de la plateforme « One Health », l’évaluation du Règlement sanitaire international, la mise en œuvre du Plan national de sécurité sanitaire et le renforcement des capacités des acteurs locaux. Le Dr Tamadji Mbaïhol, en charge de la vaccination de routine à l’OMS Tchad, connaît bien ces communautés : « Les populations nomades adhèrent aux services de santé. Le vrai défi est de les atteindre là où elles se trouvent. Lorsque les interventions sont adaptées à leur réalité, leur participation est massive », observe-t-il.
Cette capacité à regrouper plusieurs services en une seule intervention est l’un des atouts majeurs de l’approche « One Health », particulièrement dans les zones où les communautés se déplacent fréquemment. Au fil des années, cette dynamique a reposé sur une collaboration étroite entre les différents ministères et leurs partenaires techniques et financiers. « L’accompagnement de l’OMS a permis de consolider cette plateforme et de renforcer la collaboration entre les secteurs. Aujourd’hui, nous avançons ensemble sur des priorités communes en matière de santé publique », déclare le Pr Mahamat Béchir.
Alors que les équipes poursuivent leurs activités auprès d’autres familles et éleveurs, Afia s’apprête à rentrer chez elle avec sa fille Fatma. Comme de nombreux parents présents ce jour-là, elle a pu accéder à plusieurs services en un seul déplacement. Son conseil aux autres parents est sans équivoque : « Dès qu’un enfant tombe malade, il faut l’emmener rapidement au centre de santé. Cela aide à le protéger et à préserver sa santé. »
À Mandjafa, l’approche « One Health » rapproche les services essentiels des communautés nomades. Elle facilite l’accès à des soins intégrés tout en contribuant à protéger la santé des populations et du bétail, pilier de leur subsistance.