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Sénégal : Sonko déclare la guerre au président Faye, une crise institutionnelle éclate

Publié le 14 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Les points clés de la crise

  • 12 juillet 2026 : Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, accuse publiquement Bassirou Diomaye Faye, le chef de l’État, de s’éloigner des principes fondateurs du Pastef lors d’une allocution à Touba.
  • Gestion économique : L’ancien Premier ministre met en lumière une dette publique jugée « quasi impayable » et l’absence d’un programme avec le Fonds monétaire international, évoquant une dette dissimulée de près de 11 milliards de dollars.
  • Menace parlementaire : Le leader du Pastef annonce son intention de déposer des motions de censure pour faire chuter le gouvernement « autant de fois que nécessaire ».
  • 14 juillet 2026 : Le bureau de l’Assemblée nationale se réunit pour débattre des répercussions de cette confrontation institutionnelle.

Le paysage politique sénégalais a connu une escalade majeure ce week-end. Le 12 juillet, depuis Touba, Ousmane Sonko a lancé une attaque frontale contre le président Bassirou Diomaye Faye, l’accusant de trahir les promesses qui les avaient portés ensemble au pouvoir. L’actuel président de l’Assemblée nationale et figure de proue du parti Pastef reproche au chef de l’État de privilégier la consolidation de sa propre base politique au détriment de la gestion d’une dette nationale qualifiée de « quasi impayable ».

Écoutez cet articleEnviron 10 min

« Le président ne place plus les préoccupations des Sénégalais au premier plan », a affirmé Sonko, soulignant l’absence de collaboration avec le Fonds monétaire international comme un signe des défaillances économiques de l’exécutif. Cette critique est d’autant plus cinglante qu’elle émane de celui qui fut l’architecte principal de la victoire présidentielle de Faye en 2024.

Une stratégie de censure immédiate

Loin de se contenter de simples reproches, Ousmane Sonko a brandi une menace claire. Fort de la majorité parlementaire détenue par le Pastef à la suite des dernières législatives, le président de l’Assemblée nationale a déclaré qu’il n’hésiterait pas à faire tomber le gouvernement « autant de fois que nécessaire » par le biais de motions de censure. Cette déclaration révèle une détermination sans équivoque de Sonko à user de son pouvoir institutionnel contre son ancien allié.

Cette montée des tensions intervient alors que le bureau de l’Assemblée nationale se rassemble ce 14 juillet pour évaluer les conséquences de cette crise. L’ombre de l’instabilité gouvernementale plane désormais sur le Sénégal, une nation longtemps perçue comme un exemple de démocratie stable en Afrique de l’Ouest. Cette situation est scrutée attentivement dans l’actualité Sahel francophone.

La réplique de la coalition présidentielle

La coalition Diomaye Président a rapidement riposté. Dans un communiqué publié le 13 juillet, elle a qualifié les propos de Sonko de « scandaleux » et de nature « crypto-personnelle », insistant sur le fait que le président Faye « œuvre activement pour améliorer les conditions de vie » des citoyens sénégalais. L’emploi du terme « crypto-personnel » suggère que l’entourage présidentiel perçoit cette offensive de Sonko comme motivée par des ambitions personnelles plutôt que par un véritable débat sur la gouvernance. Ce contraste est frappant avec l’image d’unité affichée par les deux hommes durant la campagne présidentielle de 2024. Faye, alors candidat du Pastef après l’inéligibilité de Sonko, était présenté comme le bras exécutif d’un duo où Sonko incarnait la vision idéologique.

Les origines profondes de la discorde

La rupture entre les deux hommes n’est pas récente. Le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a démis Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre, marquant la fin officielle de leur collaboration. Sonko a par la suite été élu président de l’Assemblée nationale, une position qui lui confère un pouvoir de blocage considérable face à l’exécutif.

Des informations font état d’un accord secret conclu en prison, où Faye se serait engagé à ne pas se représenter en 2029. La révélation d’une dette cachée de près de 11 milliards de dollars aurait également exacerbé les tensions entre les deux leaders, chacun se rejetant la responsabilité de cette situation budgétaire délicate.

Le 9 juillet, le Conseil constitutionnel a invalidé une réforme visant à restreindre les pouvoirs présidentiels, portée par Sonko, suite à une saisine du président Faye lui-même. Cette décision a été interprétée par les partisans de Sonko comme une manœuvre du président pour préserver ses prérogatives.

Accusations d’ingérence et de trahisons économiques

Les griefs exprimés par Sonko ne se limitent pas aux questions institutionnelles. Il accuse Bassirou Diomaye Faye de manœuvrer et d’exercer des pressions sur des directeurs généraux issus du Pastef afin qu’ils se désolidarisent de lui, les menaçant de révocation s’ils maintiennent leur loyauté envers l’ancien Premier ministre.

Sur le plan économique, Sonko a dénoncé ce qu’il qualifie de trahison du projet souverainiste du Pastef. Il reproche à l’exécutif d’avoir renoncé à la renégociation de contrats stratégiques avec des multinationales, notamment dans le secteur des phosphates, un pilier essentiel de l’économie sénégalaise. « Nous avions promis de reprendre le contrôle de nos ressources naturelles », aurait-il déclaré, « et aujourd’hui, rien n’a changé ».

Le Sénégal dans un contexte régional volatil

Le Sénégal, avec ses 18 millions d’habitants, a longtemps été cité en exemple pour sa stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest. Depuis son indépendance en 1960, le pays n’a jamais connu de coup d’État, contrastant fortement avec plusieurs de ses voisins du Sahel. L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 avait suscité un immense espoir de rupture avec les pratiques de l’ancien régime de Macky Sall.

Cependant, la crise actuelle souligne la fragilité de la transition politique. Le Pastef, un parti de gauche panafricaniste, avait bâti son succès sur la promesse d’une souveraineté économique retrouvée et d’une prise de distance avec les institutions financières internationales. L’absence de programme avec le FMI, critiquée par Sonko comme une défaillance, était paradoxalement un engagement de campagne du mouvement. Cette situation est une illustration des défis complexes du Sahel politique.

L’économie sénégalaise repose majoritairement sur l’agriculture (arachide), la pêche, les phosphates et, plus récemment, la découverte de gisements offshore de gaz et de pétrole. La dette publique, qui aurait été sous-estimée de près de 11 milliards de dollars selon les révélations de Sonko, pèse lourdement sur les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement.

Réactions internationales à la fracture

La crise sénégalaise n’a pas échappé à l’attention internationale. Des reportages ont documenté cette rupture entre Faye et Sonko, soulignant que la stabilité du Sénégal, souvent présentée comme un modèle pour la région, est désormais mise à l’épreuve. Pour la France, qui entretient des liens historiques et économiques profonds avec Dakar, cette crise est suivie de près. Le Sénégal est un partenaire privilégié de Paris en Afrique de l’Ouest, et toute déstabilisation politique dans une région sahélienne déjà fragilisée par les bouleversements au Mali, au Burkina Faso et au Niger, suscite de vives inquiétudes dans les capitales européennes. Une analyse Sahel plus large est nécessaire pour comprendre l’impact régional.

Les prochaines étapes décisives

Les jours à venir s’annoncent déterminants. La réunion du bureau de l’Assemblée nationale ce 14 juillet pourrait clarifier la volonté de Sonko de concrétiser ses menaces. Si une motion de censure était effectivement déposée, le gouvernement devrait obtenir la confiance de l’Assemblée pour se maintenir. Avec une majorité Pastef acquise à Sonko, l’issue d’un tel vote apparaît incertaine.

Bassirou Diomaye Faye, quant à lui, devra choisir entre une stratégie d’apaisement ou une confrontation directe avec son ancien mentor. La dissolution de l’Assemblée nationale demeure une option constitutionnelle, mais elle risquerait d’aggraver davantage la crise institutionnelle. La situation reste ouverte, et aucun signe de compromis n’est visible entre les deux camps pour le moment.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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