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Sénégal : restructuration de la dette, un défi économique sous haute tension

Publié le 12 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le dossier de la restructuration de la dette du Sénégal s’impose aujourd’hui comme la priorité absolue de l’agenda économique de la présidence de Bassirou Diomaye Faye. Les révélations de la Cour des comptes, mettant en lumière un endettement bien plus lourd que les chiffres officiels communiqués par le gouvernement précédent, placent Dakar face à une équation financière bien plus complexe que prévu. Avant même d’entamer les négociations avec les créanciers, une étape cruciale s’impose : désigner un conseiller technique, juridique et diplomatique capable de piloter cette opération délicate.

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Un endettement réévalué qui redessine les équilibres budgétaires

La révision à la hausse du stock de dette publique, couplée à un ratio dette/PIB dépassant largement les seuils autorisés par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), a profondément modifié la donne financière. Le programme conclu précédemment avec le Fonds monétaire international (FMI) est désormais suspendu, en attendant qu’un nouvel accord soit négocié sur la base de données actualisées. Cette suspension prive temporairement le pays d’un précieux sésame auprès des investisseurs internationaux et complique l’accès à des financements à taux préférentiels.

La charge de la dette grignote une part toujours plus importante des recettes fiscales, réduisant d’autant les marges de manœuvre disponibles pour concrétiser les ambitions du référentiel Sénégal 2050. Deux impératifs se concurrencent : honorer les engagements à court terme, notamment les eurobonds et les prêts bilatéraux, tout en maintenant les investissements stratégiques dans les secteurs clés comme l’énergie, les infrastructures et la souveraineté alimentaire. Sans une restructuration maîtrisée, le risque de dégradation de la note souveraine s’accentuerait, comme en attestent les récentes mises en garde des agences de notation à travers plusieurs abaissements de note.

Le conseiller financier : un acteur clé pour une opération réussie

Le choix d’une banque-conseil ou d’un cabinet spécialisé en restructuration de dette marque le coup d’envoi opérationnel de cette refonte financière. Les expériences africaines récentes fournissent plusieurs modèles inspirants. Le Ghana a par exemple mobilisé Lazard et Hogan Lovells pour mener à bien la renégociation de sa dette extérieure entre 2023 et 2024. De son côté, la Zambie a également fait appel à Lazard, tandis que le Tchad et l’Éthiopie ont opté pour d’autres cabinets dans le cadre du Cadre commun du G20. Ces mandats combinent expertise financière, maîtrise des aspects juridiques et diplomatie souveraine.

Pour le Sénégal, l’enjeu va bien au-delà de la simple technique. Le futur conseiller devra orchestrer un dialogue simultané avec les détenteurs d’eurobonds, les créanciers bilatéraux — notamment la Chine et la France — ainsi que les institutions multilatérales. Il devra également tenir compte des banques régionales, fortement exposées à la dette souveraine sénégalaise sur le marché des titres publics de l’UEMOA. La discrétion entourant la procédure de sélection reflète la sensibilité politique du dossier, dans un contexte où le Premier ministre Ousmane Sonko défend une posture de fermeté envers les créanciers traditionnels.

Relancer le dialogue avec le FMI et rassurer les investisseurs

La reprise d’un programme avec le FMI constitue le pilier central de toute solution crédible. Sans un nouvel accord, comme une facilité élargie de crédit, la négociation d’une restructuration avec les créanciers privés perdrait en solidité. Les marchés exigent traditionnellement une validation de la trajectoire budgétaire par l’institution de Bretton Woods avant d’envisager toute participation. La question de l’égalité de traitement entre créanciers, principe fondamental du Club de Paris, s’imposera inévitablement lors des discussions.

Sur le marché secondaire, les titres de dette sénégalaise s’échangent avec des décotes marquées, reflétant les anticipations d’un rééchelonnement ou d’une réduction de la valeur nominale. Cette situation ouvre théoriquement la porte à des opérations de rachat opportunistes, mais leur mise en œuvre nécessiterait des liquidités que l’État peine à mobiliser facilement. L’exploration de mécanismes innovants, comme les échanges dette-nature ou dette-développement déjà testés au Gabon et au Cabo Verde, pourrait figurer parmi les options étudiées par le futur conseiller.

Reste la dimension politique. Le tandem Diomaye-Sonko a bâti son leadership sur la promesse d’une souveraineté retrouvée et d’une gestion rigoureuse des finances publiques. Une restructuration bien menée renforcerait cette narrative ; un échec technique ou un accord perçu comme désavantageux exposerait le gouvernement à une opposition renforcée. Les semaines à venir seront déterminantes pour savoir si Dakar saura transformer cette contrainte financière en opportunité de crédibilité.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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