Sénégal : mboup et lèye convoqués dans l’affaire de la cdc à kaolack

L’affaire judiciaire impliquant Fadilou Kéita, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) du Sénégal, franchit une nouvelle phase avec l’audition du maire de Kaolack, Serigne Mboup, et de Habibou Lèye, responsable du projet « Cœur de ville ». Les deux hommes ont été convoqués en début de semaine à la Sûreté urbaine de Dakar pour répondre aux accusations portées par le patron de la CDC, marquant un tournant dans ce dossier devenu emblématique.

Une procédure qui touche les rouages économiques de Kaolack

Serigne Mboup, ancien président de la Chambre nationale de commerce et maire depuis 2022, incarne une partie de l’élite économique sénégalaise. Son audition, réalisée dans le cadre d’une enquête sensible, souligne l’ampleur des tensions autour de cette plainte. Fadilou Kéita reproche à plusieurs personnalités kaolackoises des propos publics jugés diffamatoires, transformant un conflit local en enjeu judiciaire national.

De son côté, Habibou Lèye, acteur clé du projet « Cœur de ville » visant à moderniser le centre-ville de Kaolack, est également mis en cause. Son implication dans la procédure révèle que la plainte ne cible pas un incident isolé, mais un ensemble de déclarations coordonnées. Les enquêteurs devront établir la chronologie et l’impact de ces propos dans l’espace public.

Fadilou Kéita, un acteur controversé à la tête de la CDC

Nommé à la tête de la CDC après l’élection du tandem Diomaye Faye – Ousmane Sonko en 2024, Fadilou Kéita a adopté une posture offensive, publiant régulièrement des éléments de gestion qu’il juge problématiques. Membre du parti Pastef, il se présente comme le garant de la transparence des finances publiques, une ligne qui a suscité des tensions avec des élus locaux et des acteurs économiques.

La plainte déposée contre les responsables de Kaolack s’inscrit dans cette stratégie de communication directe. Plusieurs personnalités visées ont réagi en contestant les méthodes du directeur général de la CDC, déplaçant ainsi le conflit sur le terrain judiciaire. La Sûreté urbaine, saisie par le parquet, mène désormais l’instruction préliminaire.

Un enjeu politique dépassant le cadre judiciaire

Au-delà des aspects juridiques, cette affaire reflète les tensions persistantes entre les nouvelles autorités centrales et certaines mairies dirigées par des opposants politiques. Kaolack, troisième pôle économique du pays et carrefour commercial vers la Gambie et le Mali, devient ainsi un laboratoire des reconfigurations politiques en cours.

L’audition simultanée du maire et d’un cadre du projet « Cœur de ville » interroge également sur l’avenir de ce chantier urbain. Financé par des fonds publics et internationaux, le projet mobilise des ressources importantes et suscite de fortes attentes parmi la population. Toute instabilité parmi ses responsables pourrait ralentir sa mise en œuvre, alors que les délais d’exécution sont déjà sous surveillance.

Les prochaines étapes dépendront des décisions du parquet de Dakar. Trois scénarios sont possibles : un classement sans suite, l’ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge d’instruction, ou une citation directe devant le tribunal correctionnel. Le choix retenu aura une portée symbolique dans un contexte où les décisions judiciaires alimentent régulièrement les débats au Sénégal. Les deux personnalités ont répondu à la convocation ce mercredi matin.