Sénégal Maroc : la finale de la can qui divise l’afrique

Le sommet Afrique-France de Nairobi a servi de théâtre à une scène diplomatique tendue, quatre mois après la finale controversée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre le Sénégal et le Maroc. Sous les applaudissements nourris de l’assistance, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a brandi avec ironie la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS), déclarant : « Merci à vous pour ce verdict ! ». Une référence directe à l’attribution sur tapis vert de la victoire au Maroc (3-0), alors que les Lions de la Teranga avaient triomphé sur le terrain à Rabat (1-0 après prolongation).

Cette volte-face administrative, qualifiée de « braquage » par la Fédération sénégalaise de football (FSF), a relancé un contentieux qui empoisonne désormais les relations entre Dakar et Rabat. Les deux fédérations, soutenues respectivement par leurs États, ont porté l’affaire devant le TAS à Lausanne. Les mémoires de défense sont en cours d’examen, et l’issue pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire plus.

Diplomatie et football : une rencontre explosive à Nairobi

Le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, a assisté, visiblement mal à l’aise, à la démonstration de force de Diomaye Faye, entouré d’Emmanuel Macron et de plusieurs chefs d’État africains. Pendant ce temps, aucune délégation marocaine n’a daigné participer à la session dédiée au sport lors de ce sommet. « Ils n’ont pas jugé opportun de s’exprimer sur ce sujet », confie une source proche du dossier. Les discussions ont soigneusement évité le thème brûlant de la finale, comme si les deux camps préféraient enterrer la hache de guerre dans l’immédiat.

Interrogée sur place, la ministre déléguée française Eléonore Caroit a admis ne pas avoir perçu de tensions particulières autour de ce litige, malgré son ampleur. Son homologue, Jean-Noël Barrot, a nuancé : « Ce n’est pas qu’une affaire de football. » Une remarque qui souligne l’impact bien au-delà du sport.

Un contentieux sportif aux répercussions judiciaires et politiques

Au-delà des griefs sportifs, l’affaire a pris une dimension pénale. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, accusé d’avoir lancé une bouteille d’eau sur des forces de l’ordre lors des incidents dans les tribunes, a purgé trois mois de prison à Rabat avant d’être libéré le 18 avril, après confirmation de sa peine en appel. Trois des dix-huit supporters sénégalais condamnés pour violences et dégradations ont également été libérés à la même date, après avoir effectué un pèlerinage traditionnel près de Fès. Les quinze autres, écopant de peines allant de six mois à un an, restent incarcérés en attendant une éventuelle grâce royale, prérogative exclusive du roi Mohammed VI.

Les deux capitales minimisent l’impact, mais les tensions persistent

À Rabat, on insiste sur la nécessité de préserver les relations historiques et religieuses entre les deux pays, affirmant que « le football ne doit pas prendre le pas sur ces liens ». À Dakar, on adopte un ton plus modéré, évoquant une « querelle entre frères » et rappelant le respect de la souveraineté de chaque État. « La voie diplomatique doit jouer son rôle », a souligné un responsable sénégalais, tout en exigeant une réciprocité dans le respect mutuel.

Ce conflit a déjà laissé des traces au niveau mondial. Lors du dernier congrès de la FIFA à Vancouver, l’International Football Association Board (IFAB) a adopté une mesure surnommée la « loi Pape Thiaw », du nom du sélectionneur sénégalais. Cette réforme autorise désormais l’arbitre à sanctionner tout joueur quittant le terrain en signe de protestation ou tout membre du staff incitant à cette action. Un délégué de la CAF présent sur place a ironisé : « Nous voulons éviter une “sénégalisation” du football mondial. »

Entre recours judiciaires à Lausanne, prisonniers à Rabat et tensions diplomatiques à Nairobi, la finale de la CAN s’inscrit désormais comme l’une des plus longues et des plus complexes de l’histoire du football africain. Une ombre qui plane sur l’unité du continent et rappelle que, parfois, le sport peut diviser autant qu’il unit.

Points clés à retenir :

  • Finale CAN 2026 : Le Maroc a obtenu la victoire sur tapis vert (3-0), malgré sa défaite sur le terrain (1-0).
  • Litige en cours : La Fédération sénégalaise et la CAF ont porté l’affaire devant le TAS à Lausanne.
  • Incidents judiciaires : Un Français et des supporters sénégalais ont été condamnés à des peines de prison au Maroc.
  • Réforme FIFA : L' »affaire Pape Thiaw » a conduit à une nouvelle règle contre les protestations des joueurs.
  • Tensions diplomatiques : Le sujet a été évité lors du sommet Afrique-France à Nairobi.