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Sénégal : le basculement économique vers l’Asie et le Moyen-Orient

Publié le 12 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
Sénégal : le basculement économique vers l’Asie et le Moyen-Orient
Ports, stades, hôtels, zones industrielles… En deux décennies, le centre de gravité des grands contrats sénégalais a profondément évolué. Là où les acteurs français détenaient une position dominante, les entreprises chinoises, turques, tunisiennes et émiraties se partagent désormais les opportunités.

Les acteurs économiques français voient leur part sur les grands chantiers publics au Sénégal se réduire considérablement. Désormais, ils ne représentent qu’environ 5% des marchés publics, tandis que les entreprises chinoises dominent plus de 30% des projets structurants du pays, marquant une nette transition dans l’influence économique.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Au sud de Dakar, le chantier du premier port en eau profonde du Sénégal à Ndayane, un projet colossal de plus de 2 milliards de dollars, symbolise cette transformation. Conçu pour accueillir les plus grands porte-conteneurs de l’Atlantique, cet ouvrage est perçu comme un catalyseur pour la logistique, l’emploi et la connectivité du Sénégal, le propulsant vers l’avenir, selon Clarence Rodrigues, directeur général de DP World Dakar.

Bien que le projet soit piloté par la société émiratie DP World, sa réalisation a été confiée à un consortium majoritairement chinois. David Gruar, directeur du chantier pour DP World, a expliqué que plusieurs entreprises internationales, y compris de nombreuses firmes françaises, étaient en compétition. Cependant, l’offre d’un groupement français, mené par Eiffage, était environ 20% plus onéreuse, ce qui a conduit à son exclusion.

À quelques kilomètres de là, la ville nouvelle de Diamniadio, conçue pour désengorger Dakar, présente un tableau similaire. Les appels d’offres pour le stade, la gare, les hôtels et la plupart des logements ont été remportés principalement par des entreprises turques. Une plateforme industrielle, visant à attirer les investisseurs étrangers, complète ce complexe. Bohoum Sow, secrétaire général de l’APROSI, a observé la présence d’entreprises tunisiennes et chinoises sur la plateforme, tout en soulignant l’absence d’entreprises françaises.

La Chine s’aligne sur les besoins sénégalais

Selon Bohoum Sow, les entreprises chinoises ont démontré une meilleure compréhension des attentes des autorités et du marché local. Un exemple frappant est une usine d’emballages en carton où des techniciens chinois forment des employés sénégalais. Ce type d’industrie, inexistant auparavant, répond à des besoins spécifiques et témoigne de la flexibilité et de la diversification des acteurs chinois.

L’investissement massif de la Chine en Afrique depuis deux décennies s’inscrit dans une stratégie diplomatique et économique clé. Cette présence accrue se traduit par une relation «gagnant-gagnant», où le Sénégal bénéficie des infrastructures nécessaires et la Chine renforce son influence. Bohoum Sow reconnaît que «les temps ont changé, et les partenaires aussi».

Historiquement, les grands contrats sénégalais, qu’il s’agisse d’infrastructures, d’énergie ou de services bancaires, étaient majoritairement attribués à des groupes français. Aujourd’hui, leur part ne dépasse guère les 5% des marchés publics, tandis que les entreprises chinoises en captent plus de 30%. Ce rééquilibrage est également accentué par la montée en puissance de nouveaux partenaires comme la Turquie, les Émirats arabes unis et la Tunisie.

Comment les entreprises françaises tentent de s’adapter

Malgré cette tendance, certaines sociétés françaises parviennent à décrocher des contrats en adoptant de nouvelles stratégies. Le groupe Ragni, une entreprise familiale spécialisée dans l’éclairage public, en est un exemple. Il déploie au Sénégal 36 000 lampadaires solaires de dernière génération, fabriqués en France, dans le cadre d’un projet de 70 millions d’euros, partiellement financé par la Banque de Développement française.

Pour s’imposer, le groupe Ragni a dû s’implanter localement et transférer son savoir-faire. Une filiale sénégalaise a été créée, dirigée par un cadre local. Birama Diop, directeur de cette filiale, souligne les facteurs de succès : «la flexibilité, la qualité et le coût. Et ça a été la bonne composition. Et les emplois locaux, surtout».

Caroline Richard, responsable de l’antenne de Proparco au Sénégal, estime que les entreprises françaises conservent des atouts, à condition d’intégrer ce nouveau modèle. Elle anticipe leur croissance sur les marchés où les exigences sont élevées, un domaine où elles excellent. L’Afrique offre des marchés de main-d’œuvre et des potentiels de croissance importants.

Ce déploiement de réverbères solaires illustre un nouveau paradigme : les groupes français sont désormais contraints à plus de flexibilité, à la multiplication des partenariats locaux et à une compétitivité prix accrue face à la concurrence féroce des acteurs chinois, turcs ou émiratis, désormais solidement établis.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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