Le 2 décembre 2026 restera une date charnière dans l’histoire politique du Sénégal. Ce jour-là, le président de la République pourra dissoudre l’Assemblée nationale, une arme constitutionnelle jusqu’ici verrouillée. Un tournant décisif qui pourrait redessiner l’échiquier politique et bouleverser l’équilibre des pouvoirs.
Une date clé gravée dans la Constitution
L’article 87 de la Constitution est formel : le chef de l’État ne peut dissoudre l’Assemblée nationale qu’après les deux premières années de la législature. Or, l’actuelle Assemblée, dominée par le Pastef d’Ousmane Sonko, a été élue en novembre 2024 et a installé son bureau le 2 décembre 2024. Le 2 décembre 2026 marque donc l’ouverture de cette fenêtre juridique. Un compte à rebours qui s’achève dans un peu plus de deux mois.
Un contexte politique explosif
Depuis la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Pastef, le 22 mai 2026, la majorité parlementaire a basculé dans l’opposition. Ousmane Sonko, ancien Premier ministre, préside désormais l’hémicycle, tandis que le chef de l’État a formé un nouveau gouvernement et lancé son propre parti, Kiiraay. Une cohabitation inédite où deux anciens alliés se livrent une guerre de position. Le président a perdu sa majorité, et chaque texte de loi devient un champ de bataille.
Ce que dit le pouvoir, ce que murmurent ses proches
Interrogé à New York, Bassirou Diomaye Faye a joué la carte de la prudence : « nous ne sommes pas encore au 2 décembre », a-t-il rappelé, sans fermer la porte à une dissolution. Mais dans son entourage, les langues se délient. Dès la mi-août, le ministre du Commerce, Serigne Guèye Diop, annonçait que le pays se dirigeait vers de nouvelles élections législatives, accusant les députés de sabotage. Entre le silence du président et l’empressement de ses ministres, la menace d’une dissolution plane sur les débats parlementaires.
Le calendrier électoral en question
Si le président signe le décret dès les premiers jours de décembre, la Constitution impose un scrutin dans un délai de soixante à quatre-vingt-dix jours, soit entre fin janvier et début mars 2027. Mais un autre rendez-vous s’invite : les élections territoriales, fixées au 17 janvier 2027 par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo. Deux scrutins nationaux rapprochés poseraient un casse-tête logistique et politique. Un couplage est évoqué, mais les délais légaux compliquent l’équation. La société civile surveille déjà de près ce scénario.
Le statu quo, une option sous tension
Ne rien faire, c’est aussi un choix. La dissolution est un droit, pas une obligation. Mais gouverner avec une Assemblée hostile a un coût. La loi de finances rectificative, liée à l’accord avec le FMI, a déjà été reçue le 18 septembre, et Ousmane Sonko a exigé des clarifications. Le budget 2027 s’annonce comme un nouveau bras de fer. Le statu quo ne serait pas une paix, mais une guerre de position, avec les territoriales de janvier comme premier juge de paix.
Le coût financier d’une dissolution
Organiser des législatives anticipées a un prix. Le précédent de 2024 est éclairant : le ministre des Finances avait chiffré le scrutin du 17 novembre à 20 milliards de FCfa, dont plus de 11 milliards pour le seul matériel électoral. À titre de comparaison, la présidentielle de mars 2024 avait coûté environ 14 milliards. Une nouvelle dissolution imposerait donc une dépense d’au moins 20 milliards, à ajouter aux territoriales. Un responsable de Kiiraay à Kaolack a déjà jugé cette dépense irresponsable face à l’urgence sociale.
Les gains et les risques pour Diomaye Faye et Kiiraay
Pour le chef de l’État, une dissolution réussie serait le seul moyen de retrouver une majorité et de gouverner sans entraves jusqu’à la fin de son mandat. C’est tout l’enjeu de Kiiraay, lancé en juillet pour structurer sa majorité. Mais le risque est immense : le parti n’a que deux mois d’existence et n’a jamais affronté les urnes. Une défaite laisserait le président face à une Assemblée relégitimée et plus hostile encore. Les territoriales de janvier serviront de baromètre avant de jouer la carte de la dissolution.
Pastef, entre domination et piège
Avec 130 sièges sur 165, Pastef part d’une position dominante. Une élection anticipée ne lui offrirait presque rien à gagner en sièges, mais beaucoup à perdre. Pourtant, une victoire nette validerait la thèse de ses militants et ferait d’Ousmane Sonko le véritable centre de gravité politique. Le parti ne s’y trompe pas : au moment où le président lançait Kiiraay, Sonko menait une tournée nationale pour vendre les cartes de membre de PASTEF. Chaque camp se prépare à la bataille électorale.
L’opposition en embuscade
Pour les formations écrasées en 2024, une recomposition serait une aubaine. La division de l’ancienne majorité ouvre un espace inédit. Une élection anticipée offrirait à l’opposition l’occasion de retrouver une représentation parlementaire digne de ce nom. Mais elle devra choisir son camp face à deux blocs qui revendiquent tous deux l’héritage de la rupture de 2024. L’alliance tactique avec l’un ou l’autre pourrait devenir la clé du prochain scrutin.
Au fond, le 2 décembre ne marque pas le jour d’une décision, mais le moment où toutes les options deviennent possibles. Le président peut dissoudre dès ce jour, attendre le verdict des territoriales, ou garder la menace en réserve comme moyen de pression. D’ici là, l’examen de la loi de finances rectificative et du budget 2027 dira beaucoup du climat entre les deux têtes de l’ancien tandem. Une chose est sûre : 2027 s’ouvrira sous le signe des urnes, et c’est peut-être là que se jouera le véritable arbitrage entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
