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Sénégal : la tension entre legitimacy électorale et leadership du pastef s’intensifie

Publié le 3 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le Sénégal traverse une période politique complexe depuis l’investiture, en mars 2024, du tandem formé par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Longtemps perçus comme les piliers indéfectibles du projet du Pastef, les deux hommes voient leurs relations se tendre, révélant des divergences de plus en plus marquées entre le président de la République et le fondateur historique du parti.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Cette dynamique survient dans un contexte électoral chargé. En 2024, Ousmane Sonko, alors empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison de sa situation judiciaire, avait choisi de soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye, lui aussi incarcéré à l’époque. Leur victoire conjointe avait été interprétée comme l’aboutissement d’une lutte acharnée contre l’ancien régime de Macky Sall, ainsi qu’une promesse de renouveau politique pour le pays.

Cependant, l’exercice du pouvoir révèle souvent des réalités inattendues. Plus d’un an après cette alternance, les rapports entre les deux figures semblent s’être transformés. Les déclarations récentes d’Ousmane Sonko, ponctuées de critiques acerbes et de révélations sur les arrangements politiques ayant accompagné leur accession au pouvoir, laissent entrevoir une volonté claire de reprendre le contrôle de l’agenda politique.

À l’approche de la formation d’un nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Al Aminou Lo, Ousmane Sonko a pris une position forte : aucun membre du Pastef ne figurera dans cette équipe. Une décision qui symbolise une rupture avec la gouvernance issue de la victoire de 2024 et annonce une dissociation progressive entre les sphères étatique et partisane.

Cette situation soulève une question centrale : celle de la légitimité politique. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye puise sa légitimité dans le suffrage universel et l’exercice des institutions démocratiques. De l’autre, Ousmane Sonko reste, pour une partie des militants, l’architecte incontesté de la conquête du pouvoir et le pilier autour duquel s’est construite la dynamique du Pastef.

Cette dualité n’est pas sans précédent dans le paysage politique africain. Plusieurs mouvements ayant accédé au pouvoir ont été confrontés à des tensions similaires entre le détenteur de la légitimité électorale et celui qui conserve l’autorité politique au sein du parti. Lorsque ces deux pôles de pouvoir entrent en conflit, les risques de blocage institutionnel et de fragmentation politique deviennent réels.

Pour l’instant, il est encore trop tôt pour parler de rupture définitive. Les deux hommes partagent toujours une base électorale commune et un projet politique dont les grandes lignes restent largement plébiscitées par leurs partisans. Pourtant, l’escalade des tensions et la polarisation des discours indiquent qu’une recomposition du pouvoir est en marche.

L’enjeu dépasse désormais les ambitions individuelles. Il s’agit de préserver la stabilité institutionnelle du Sénégal tout en menant à bien les réformes économiques et sociales promises à la population. Dans un pays souvent salué comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, l’évolution des relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko pourrait redéfinir l’avenir du Pastef ainsi que l’équilibre politique national.

Les prochains mois seront déterminants : cette crise débouchera-t-elle sur une réconciliation stratégique, une cohabitation conflictuelle ou une séparation politique assumée entre les deux principaux artisans de l’alternance de 2024 ?

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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