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Sénégal : comment la crise entre Faye et Sonko divise le pays

Publié le 12 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Ce qu’il faut retenir

  • Crise politique : une vidéo récente dresse le portrait des tensions croissantes entre deux figures majeures du Sénégal
  • Réforme bloquée : le Conseil Constitutionnel a invalidé fin juin 2026 une modification constitutionnelle adoptée par l’Assemblée
  • Division du pouvoir : Bassirou Diomaye Faye (président) et Ousmane Sonko (premier ministre et président de l’Assemblée) s’opposent après leur victoire commune en 2024
  • Majorité absolue : le PASTEF détient 130 des 165 sièges à l’Assemblée Nationale

Ce dimanche, un reportage international met en lumière les tensions au sommet de l’État sénégalais. Intitulé Friends turned foes: The split reshaping Senegal, cette analyse visuelle révèle l’évolution d’une alliance politique autrefois solide en un conflit ouvert entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux personnalités centrales du paysage politique national.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

L’invalidation par le Conseil Constitutionnel d’une réforme adoptée fin juin par l’Assemblée Nationale a accentué les frictions entre les deux hommes. Cet épisode, survenu deux jours avant la diffusion du reportage, illustre l’intensité des divergences et marque un tournant dans la gouvernance sénégalaise, à moins de trois ans de l’échéance présidentielle de 2029.

Une alliance électorale devenue un champ de bataille politique

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont accédé au pouvoir en 2024 sous la bannière du PASTEF, un parti qui détient aujourd’hui une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale avec 130 sièges sur 165. Pourtant, cette configuration aurait dû favoriser une gouvernance apaisée, et c’est précisément cette contradiction qui retient l’attention.

Selon les observations rapportées, des divergences profondes sont apparues rapidement, notamment sur la gestion économique et les relations avec les institutions financières internationales. Des observateurs évoquent un véritable « affrontement fratricide » entre deux visions du pouvoir, où chaque camp cherche à imposer sa légitimité.

Ousmane Sonko, cumulant les fonctions de premier ministre et de président de l’Assemblée, concentre entre ses mains des pouvoirs législatifs et exécutifs rarement vus au Sénégal. Cette concentration, source de rivalités, est au cœur des tensions avec la présidence et explique en partie la volonté de Bassirou Diomaye Faye de s’opposer à toute réforme perçue comme une remise en cause de ses prérogatives.

La réforme constitutionnelle, épicentre d’un conflit institutionnel

Le 29 juin 2026, l’Assemblée Nationale a adopté une réforme constitutionnelle visant à renforcer les pouvoirs du Parlement et du premier ministre. Parmi les mesures phares figuraient l’interdiction pour le président de diriger un parti politique et la création d’une Cour Constitutionnelle de neuf membres, en remplacement du Conseil Constitutionnel existant.

Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil Constitutionnel dès le 7 juillet pour contester cette réforme. L’institution a rendu sa décision le 10 juillet, invalidant le texte au motif d’un non-respect des procédures et de l’absence de financement prévu pour la nouvelle Cour. Cette décision a été qualifiée de « s’impose à tous » par Ousmane Sonko, une déclaration qui ne suffit pas à apaiser les tensions.

Un duel politique scruté par la communauté internationale

La diffusion de ce reportage par un média international souligne l’importance accordée à cette crise. Le Sénégal, souvent cité comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, voit son image ébranlée par cette fracture au sommet de l’État.

Avec une population de près de 19 millions d’habitants, le pays reste un partenaire économique et diplomatique clé pour la France et d’autres acteurs régionaux. Les médias locaux, comme DAKARACTU.COM ou Sud Quotidien, ont largement relayé l’invalidation de la réforme, illustrant l’ampleur des divisions au sein du pouvoir. Des chaînes d’information ont même qualifié cette opposition de « duel au sommet », une formule reprise par plusieurs analystes.

Un système présidentiel sous pression

Le Sénégal fonctionne sous un régime présidentiel où le chef de l’État dispose traditionnellement de pouvoirs étendus. L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 avait marqué une alternance politique historique, portée par le mouvement PASTEF et l’influence d’Ousmane Sonko.

La situation actuelle, avec un premier ministre qui préside également l’Assemblée, est exceptionnelle et concentre entre ses mains des leviers législatifs et exécutifs majeurs. Cette configuration explique la volonté présidentielle de contester une réforme jugée comme un affaiblissement des prérogatives de la présidence.

Le pays fait face à des défis économiques majeurs, notamment la gestion de la dette publique et les négociations avec le FMI. Les divergences entre Faye et Sonko sur ces sujets reflètent des choix stratégiques profonds, bien au-delà des simples rivalités personnelles.

Horizon 2029 : une bataille pour le contrôle du pouvoir

Les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029 dessinent l’avenir politique du Sénégal. Les analystes s’accordent à dire que la rupture entre Faye et Sonko influencera fortement ces échéances, avec le risque d’une scission au sein du PASTEF ou d’une recomposition des alliances.

La majorité absolue du parti au Parlement complique la donne : aucun des deux hommes ne peut gouverner durablement sans l’autre, sous peine de paralysie institutionnelle. La question du contrôle réel du parti devient dès lors cruciale pour l’avenir politique du pays.

Ce reportage met en lumière une réalité : la crise actuelle n’est pas un épisode passager, mais le début d’une confrontation prolongée pour le leadership politique. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les deux hommes parviendront à coexister ou si la rupture deviendra irréversible.

La décision du Conseil Constitutionnel offre un répit temporaire à Bassirou Diomaye Faye, mais ne résout pas les désaccords de fond. La scène politique sénégalaise entre dans une phase d’incertitude, observée de près par les partenaires régionaux et internationaux.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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