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Sécurité au Mali : l’échec des alliances étrangères selon un expert

Publié le 13 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Au Mali, l’externalisation de la sécurité a montré ses limites, analyse Bakary Sambe du Timbuktu Institute

Le Mali fait face à une crise sécuritaire sans précédent, marquée par des attaques coordonnées le 25 avril dernier : six opérations simultanées ont coûté la vie au ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, et permis aux groupes armés de s’emparer de Kidal, dans le Nord du pays. Ces événements questionnent l’efficacité des stratégies mises en place, notamment le partenariat avec la Russie et l’Alliance des États du Sahel (AES). Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute à Dakar, décrypte les failles de ces dispositifs et leurs conséquences pour le régime de Bamako.

Écoutez cet articleEnviron 6 min
Un soldat du Front de libération de l'Azawad (FLA) dans un bâtiment endommagé à Kidal

Des attaques révélatrices des failles de la stratégie russe au Mali

L’attaque du 25 avril et la mort du général Sadio Camara symbolisent l’échec de l’Africa Corps russe à sécuriser le territoire malien. Bakary Sambe souligne que la sous-traitance de la sécurité à Moscou n’a pas permis de contrer une guérilla localement ancrée, après l’échec de l’opération Barkhane. « La mort du général Camara et le retrait chaotique de l’Africa Corps à Kidal illustrent l’effondrement de l’externalisation sécuritaire », déclare-t-il. Bien que l’Africa Corps reste présent aux côtés de l’armée malienne, les débandades de Kidal et Tessalit révèlent une incapacité à tenir face aux groupes armés. « Ces retraits montrent que la sous-traitance de la sécurité n’a pas fonctionné », insiste l’expert.

L’Alliance des États du Sahel (AES) en échec face à la crise

L’article 5 du pacte de défense de l’AES, comparable aux clauses de l’OTAN, n’a pas entraîné de soutien militaire concret après les attaques du 25 avril. Malgré les déclarations de solidarité des chefs d’État de l’AES, comme le président Traoré du Burkina Faso évoquant un « complot monstrueux », aucun déploiement militaire n’a été observé. « Les pays de l’AES étaient davantage préoccupés par leur propre sécurité intérieure », explique Bakary Sambe, citant les attaques récentes au Burkina Faso. Cette absence de mobilisation interroge sur la viabilité de l’alliance, conçue comme un rempart contre les groupes armés.

Un paradoxe malien : fragilité du régime et ralliement autour du drapeau

Si les promesses sécuritaires du régime de transition ne sont pas tenues, les attaques du 25 avril ont paradoxalement renforcé l’union nationale. Bakary Sambe note que la légitimité du pouvoir repose désormais presque exclusivement sur la promesse de sécurité. « Les Maliens se rallient derrière le drapeau, un phénomène difficile à comprendre pour les observateurs étrangers », observe-t-il. Ce paradoxe rappelle la crise de 2012, lorsque les groupes armés avaient conquis le Nord en quelques jours. « Le général Assimi Goïta voit son pouvoir temporairement consolidé, malgré l’inefficacité de la stratégie sécuritaire », analyse-t-il.

L’alliance entre le Jnim et le FLA : une coalition fragile et temporaire

Les attaques coordonnées du 25 avril ont révélé une alliance inédite entre le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim, lié à al-Qaïda) et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Bakary Sambe estime que cette coalition repose sur une convergence d’intérêts pragmatiques, notamment la lutte contre le régime de Bamako et les trafics. « Cette alliance n’est pas un mariage, mais une union tactique, sans projet politique commun », précise-t-il. Les divergences idéologiques entre la charia prônée par le Jnim et l’autonomie de l’Azawad défendue par le FLA rendent cette coalition peu durable. « Les objectifs des deux groupes sont incompatibles », souligne-t-il, ajoutant que « des éléments du Jnim pourraient ne pas s’engager pour l’indépendance de l’Azawad ».

Vers un dialogue national ? La question du dialogue avec les groupes armés

Face à l’endogénéisation du jihad et à la montée en puissance de ces groupes, le dialogue national inclusif s’impose comme une nécessité. Bakary Sambe rappelle que « les djihadistes ne sont plus des envahisseurs étrangers, mais des enfants du pays ». Selon lui, « il est temps que le Mali parle à tous ses enfants, y compris ceux considérés comme perdus ». Cette approche contraste avec la position des autorités de transition, qui privilégient une réponse militaire. « Le dialogue est devenu incontournable », conclut-il, soulignant que « le Jnim tente de se positionner comme un acteur politique national ».

Les attaques du 25 avril ont révélé les failles des stratégies sécuritaires au Mali, qu’elles soient basées sur des partenariats étrangers ou des alliances régionales. Alors que le régime de Bamako fait face à un double défi : maintenir sa légitimité malgré l’échec de sa politique de sécurité, et gérer une alliance fragile avec des groupes armés aux objectifs divergents.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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