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Sahel : les raisons cachées du divorce avec la cour pénale internationale

Publié le 2 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le Sahel politique connaît une nouvelle étape significative avec l’officialisation du retrait de la Cour pénale internationale (CPI) par le Mali et le Burkina Faso, emboîtant le pas au Niger. Alors que les autorités militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) mettent en avant une défense de la « souveraineté » face à une justice qu’elles estiment « politisée », cette décision révèle une stratégie bien ancrée chez les régimes autoritaires : se soustraire aux mécanismes du droit international pour garantir l’immunité de leurs dirigeants.

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Ce triple mouvement, orchestré en quelques semaines, sonne comme un aveu. Après Niamey, ce sont Bamako et Ouagadougou qui ont formellement notifié aux Nations unies leur intention de se désengager du Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale.

Dans la rhétorique officielle des juntes, le discours est rodé : la CPI serait un simple outil « néocolonial », une justice à deux vitesses manipulée par les puissances occidentales. Cependant, derrière ce voile souverainiste et populiste se dissimule une réalité plus prosaïque et cynique. En rompant avec La Haye, ces régimes valident une tactique éprouvée des dictatures : institutionnaliser l’impunité pour consolider et maintenir leur pouvoir.

Le bouclier juridique des autocrates

La Cour pénale internationale a été instituée dans un but précis : intervenir lorsque les systèmes judiciaires nationaux se révèlent défaillants, refusent ou sont incapables de juger les crimes les plus graves, tels que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les génocides. En se retirant de cette juridiction, les dirigeants militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger cherchent manifestement à s’octroyer une forme d’assurance-vie juridique.

Dans une région en proie à des conflits asymétriques particulièrement destructeurs, les rapports des organisations de défense des droits humains s’accumulent. Ils documentent non seulement les exactions terrifiantes perpétrées par les groupes djihadistes, mais aussi l’augmentation des abus commis contre les populations civiles par les armées régulières et leurs auxiliaires, à l’image des mercenaires russes de l’ex-groupe Wagner au Mali. En fermant la porte à la CPI, les chefs de ces juntes tentent de s’assurer qu’eux-mêmes et leurs subordonnés ne seront jamais tenus de rendre des comptes devant une instance internationale.

Une rhétorique populiste pour masquer la crainte du juge

L’argument d’une « justice sélective » ciblant uniquement l’Afrique a longtemps résonné sur le continent. S’il a pu trouver un écho légitime par le passé, il est aujourd’hui détourné par ces régimes. La CPI poursuit désormais des criminels de guerre en Ukraine ou au Proche-Orient, démontrant ainsi que son champ d’action s’étend bien au-delà des frontières africaines.

En réalité, l’histoire contemporaine révèle que le retrait d’un État de la CPI est presque systématiquement lié à une dérive autoritaire ou à une peur panique de voir ses dirigeants inculpés. Le Burundi, sous la présidence de Pierre Nkurunziza, avait montré la voie en 2017, alors que le régime était accusé de violences de masse. Les juntes du Sahel appliquent aujourd’hui une stratégie similaire : criminaliser la dissidence interne, museler la presse et la société civile, et rompre les liens avec les observateurs internationaux pour opérer en vase clos. Ces Mali Burkina Niger nouvelles marquent un tournant inquiétant.

Les premières victimes : les populations civiles

Ce regain de « souveraineté » proclamé par les régimes de l’AES s’opère directement au détriment des citoyens sahéliens. Ce sont les populations locales, prises en étau entre la terreur terroriste et la violence d’États sans contre-pouvoirs, qui se retrouvent privées de leur ultime recours. Cette situation est au cœur de l’actualité Sahel francophone.

En quittant la CPI, ces régimes n’effacent pas le passé, car les procédures déjà ouvertes ou les crimes commis lorsque le traité était en vigueur restent théoriquement de la compétence de la Cour. Cependant, ils envoient un signal désastreux pour l’avenir de la région : celui d’un blanc-seing accordé à la violence d’État. L’histoire a pourtant démontré que l’impunité n’a jamais garanti la stabilité d’une dictature ; elle ne fait qu’en retarder la chute, en rendant l’addition finale plus lourde pour le peuple. Une Sahel analyse approfondie révèle que cette quête d’impunité est rarement payante sur le long terme.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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