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Recherche scientifique : le Gabon mise sur l’innovation pour son indépendance alimentaire

Publié le 8 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Libreville, lundi 8 juin 2026 – Le pari peut paraître audacieux, mais il est désormais au cœur de la stratégie économique du Gabon.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Alors que le pays ambitionne de réduire fortement sa dépendance aux importations alimentaires et d’arrêter l’entrée massive de poulets de chair étrangers d’ici 2027, la bataille se joue aujourd’hui loin des marchés et des ports. Elle se déroule dans les champs expérimentaux du Centre national de la recherche scientifique et technologique à Kougouleu.

La visite effectuée par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et porte-parole du gouvernement, Charles Edgar Mombo, sur ce site stratégique marque bien davantage qu’une simple inspection administrative. Elle révèle une orientation nouvelle où la recherche scientifique devient un outil direct de transformation économique et un levier de souveraineté nationale.

Dans un pays où les importations alimentaires absorbent encore une part importante des dépenses extérieures, la capacité à produire localement les matières premières nécessaires à l’élevage apparaît désormais comme un enjeu aussi stratégique que l’exploitation minière ou énergétique.

La recherche au cœur du projet national

L’objectif fixé par les autorités est clair : construire une filière avicole capable de répondre à la demande nationale tout en réduisant progressivement les importations.

Pour atteindre cette ambition, la question de l’alimentation animale est centrale. Le maïs et le soja représentent en effet les principaux composants de la provenderie utilisée dans l’élevage industriel de volailles. Tant que ces matières premières demeurent largement importées, l’autonomie du secteur reste fragile.

À Kougouleu, les chercheurs du CENAREST travaillent précisément sur cette équation. Onze variétés de maïs font actuellement l’objet de programmes d’expérimentation destinés à identifier les semences les plus adaptées aux conditions pédoclimatiques gabonaises.

L’enjeu dépasse largement la simple performance agricole. Il s’agit de sélectionner des variétés capables d’assurer des rendements suffisants pour alimenter durablement une industrie avicole nationale en pleine expansion.

Les équipes scientifiques ont également engagé des essais sur onze variétés de soja introduites dans le cadre d’une coopération internationale avec des centres de recherche du Malawi. Des expérimentations complémentaires sont conduites dans la province de la Nyanga, notamment à Tchibanga, afin d’évaluer les performances selon les différents écosystèmes du pays.

Cette démarche traduit une évolution importante. Longtemps perçue comme un secteur éloigné des préoccupations économiques immédiates, la recherche devient aujourd’hui un acteur opérationnel du développement.

L’ambition d’une filière intégrée

La stratégie gouvernementale repose sur une logique simple : produire localement les intrants indispensables à l’élevage afin de réduire les coûts de production et renforcer la compétitivité des producteurs gabonais.

Cette vision rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains confrontés à l’explosion de leur facture alimentaire. Selon les institutions internationales, la dépendance aux importations demeure l’un des principaux facteurs de vulnérabilité économique du continent.

Le Gabon dispose pourtant d’atouts considérables : des terres fertiles, des ressources hydriques abondantes et des conditions climatiques favorables à de nombreuses cultures.

Pour Charles Edgar Mombo, les résultats observés sur le terrain démontrent déjà le potentiel du pays. Le ministre a salué l’engagement des chercheurs et souligné la capacité du système national d’enseignement supérieur à accompagner concrètement les grandes orientations fixées par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Au-delà de l’aspect agricole, le message est politique. La science n’est plus appelée à produire uniquement de la connaissance. Elle doit désormais contribuer directement aux priorités nationales.

Une souveraineté qui reste à construire

Les avancées enregistrées sont encourageantes. Elles ne doivent cependant pas masquer les défis qui demeurent.

Les chercheurs eux-mêmes soulignent la nécessité d’étendre les surfaces expérimentales afin d’améliorer la qualité des essais et d’augmenter les volumes de production. Le passage de l’expérimentation scientifique à la production industrielle constitue souvent l’étape la plus délicate.

L’enjeu financier reste également important. La modernisation agricole nécessite des investissements massifs, des infrastructures adaptées, des mécanismes de financement accessibles aux producteurs ainsi qu’une meilleure organisation des chaînes de valeur.

Mais pour la première fois depuis longtemps, le Gabon semble engager une réflexion cohérente reliant recherche, agriculture, industrie et souveraineté économique.

La visite ministérielle à Kougouleu symbolise ainsi un changement de paradigme. Dans la nouvelle vision portée par les autorités, l’indépendance alimentaire ne sera pas seulement le résultat d’investissements ou de décisions administratives. Elle passera aussi par les laboratoires, les centres de recherche et l’innovation scientifique.

À l’horizon 2027, si les objectifs sont atteints, le Gabon pourrait démontrer qu’en Afrique, la souveraineté alimentaire se construit autant avec les chercheurs qu’avec les agriculteurs. Une transformation silencieuse mais potentiellement décisive pour l’avenir économique du pays.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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