Projet ferroviaire Cameroun-Tchad : N’Djamena refuse le tracé imposé par Yaoundé
projet ferroviaire Cameroun-Tchad : N’Djamena s’oppose au tracé choisi par Yaoundé
Le choix d’un tracé ferroviaire unilatéral par le Cameroun pour relier Ngaoundéré à N’Djamena a provoqué une vive réaction des autorités tchadiennes. Une divergence qui dépasse la simple question technique et soulève des enjeux économiques et géopolitiques majeurs pour l’Afrique centrale.
un projet stratégique au cœur des ambitions régionales
Lors d’une réunion tenue début juin au Palais de l’Unité à Yaoundé, le Comité de pilotage camerounais a validé un corridor ferroviaire de plus de 900 kilomètres. Ce tracé, passant par Garoua, Figuil, Maroua et Kousséri avant de franchir la frontière tchadienne, doit relier les deux pays en traversant le Grand Nord camerounais. Pour Yaoundé, cette option présente l’avantage de désenclaver les régions septentrionales et de renforcer le rôle du Cameroun comme porte d’entrée maritime vers l’hinterland sahélien.
Pourtant, N’Djamena a immédiatement réagi en rappelant qu’aucun accord définitif n’avait été trouvé. Dans un communiqué officiel, le ministère tchadien des Transports a souligné que plusieurs variantes restaient encore à l’étude, contestant la légitimité d’une décision prise sans concertation approfondie.
des enjeux économiques colossaux pour les deux pays
Ce projet ferroviaire s’inscrit dans la stratégie de développement des corridors multimodaux promue par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Avec un coût estimé à plusieurs milliards de dollars, il représente l’un des plus importants investissements transfrontaliers de la sous-région.
Pour le Tchad, pays enclavé dont 80 % du commerce extérieur transite par le corridor Douala-N’Djamena, cette infrastructure pourrait réduire significativement les coûts logistiques. Le rail permettrait d’accélérer le transport des hydrocarbures, du coton, des céréales et des marchandises conteneurisées en provenance des ports de Douala et de Kribi. Les entreprises des deux pays pourraient ainsi gagner en compétitivité tandis que les échanges commerciaux gagneraient en fluidité.
Les responsables tchadiens soulignent cependant que le tracé privilégié par Yaoundé ne répond pas suffisamment à leurs besoins économiques. Ils défendent une variante susceptible de mieux desservir les zones productives du pays, notamment agricoles, afin que les bénéfices du corridor ne se concentrent pas uniquement sur la capitale.
une bataille pour les retombées économiques et territoriales
Derrière ce différend se cache une question fondamentale : qui bénéficiera le plus de ce projet ? Le tracé validé par le Cameroun favoriserait le développement de pôles logistiques et industriels dans les villes du Grand Nord camerounais comme Garoua ou Maroua. Pour Yaoundé, il s’agit d’un outil d’aménagement du territoire autant que de transport.
Du côté tchadien, l’enjeu est tout aussi crucial. Le choix du parcours déterminera l’emplacement des futures plateformes logistiques, zones industrielles et activités de services. Les autorités de N’Djamena insistent sur la nécessité de maximiser les retombées économiques sur l’ensemble du territoire national, et non seulement sur la capitale.
l’intégration régionale face à ses limites
Cet épisode illustre les difficultés persistantes de la coopération économique en Afrique centrale. Malgré les discours favorables à l’intégration régionale, les grands projets d’infrastructures sont souvent conçus selon des logiques nationales. Or, la réussite d’un corridor transfrontalier dépend de sa capacité à répondre aux intérêts de toutes les parties prenantes.
Les spécialistes rappellent que les infrastructures régionales réussies reposent généralement sur des mécanismes de gouvernance partagés dès les phases de conception. Une approche concertée permettrait de garantir l’adhésion politique des différents partenaires et d’éviter les blocages qui menacent la viabilité du projet.
Alors que les études techniques et les consultations bilatérales se poursuivent, le futur chemin de fer Cameroun-Tchad reste suspendu aux négociations entre Yaoundé et N’Djamena. La question n’est plus seulement de savoir si ce projet se concrétisera, mais surtout comment il redessinera les équilibres économiques et politiques de l’Afrique centrale pour les décennies à venir.