Procès norbert zongo : un nouveau report en raison d’un pourvoi
Procès Norbert Zongo : la justice burkinabè face à un nouveau contretemps procédural
Plus de vingt-sept ans après le drame qui a coûté la vie au journaliste Norbert Zongo et à trois de ses proches, le Burkina Faso s’apprêtait à tourner une page douloureuse de son histoire judiciaire. Pourtant, l’espoir d’un procès semble une fois encore s’éloigner. Un pourvoi en cassation, déposé par la défense de l’un des accusés, vient d’ajouter un nouveau chapitre procédural à cette affaire emblématique.
Un pourvoi en cassation pour suspendre le renvoi en jugement
Le 31 juillet dernier, Me Paul Kéré, avocat de Yaro Banagoulo, a saisi la Cour de cassation en introduisant un pourvoi contre l’arrêt rendu la veille par la chambre de l’instruction de Ouagadougou. Cette décision confirmait le renvoi de trois individus devant une juridiction de jugement, après des années de tergiversations judiciaires.
Parmi les mis en cause figurent Wanga Christophe Combasséré, poursuivi pour assassinat et destruction de biens aggravée, Banagoulo Yaro, visé pour complicité dans ces mêmes chefs d’accusation, et Paul François Compaoré, inculpé d’incitation à commettre un meurtre. Leur renvoi devant le tribunal correctionnel avait été validé par la chambre de l’instruction, mais ce recours juridique vient désormais bloquer la procédure.
Le procureur général de Ouagadougou a tenu à rassurer : la justice s’engage à traiter ce dossier « avec diligence », tout en respectant les règles procédurales. Cependant, la tenue du procès est désormais suspendue en attendant que la Cour de cassation se prononce sur ce pourvoi.
Un symbole de la lutte contre l’impunité
Norbert Zongo, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant, a été assassiné le 13 décembre 1998 sur la route de Sapouy, à environ cent kilomètres au sud de Ouagadougou. Son frère Ernest Zongo, son chauffeur Abdoulaye Nikiéma (surnommé Ablassé) et son collaborateur Blaise Ilboudo ont également péri dans l’incendie du véhicule.
À l’époque, le journaliste enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du président Blaise Compaoré. Cette affaire, qui a pris une dimension politique, est devenue un symbole majeur de la lutte contre l’impunité au Burkina Faso. Elle incarne aussi le combat pour la liberté de la presse dans le pays.
Des rebondissements judiciaires en cascade
Les procédures autour de ce dossier ont connu de nombreux revirements. En 2006, un non-lieu avait été confirmé, provoquant l’indignation de la famille de la victime, des défenseurs des droits humains et d’une partie de la société civile burkinabè. Le dossier a été relancé après la condamnation du Burkina Faso par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples en mars 2014. La juridiction avait pointé les lacunes de la justice nationale et ordonné la reprise des investigations en juin 2015.
Norbert Zongo reste, plus de vingt-sept ans après sa disparition, une figure de résistance. Son affaire illustre les défis persistants du système judiciaire burkinabè et l’urgence d’une justice indépendante pour les crimes contre les journalistes.
La société burkinabè attend désormais la décision de la Cour de cassation, qui déterminera si ce procès tant attendu pourra enfin s’ouvrir.