Présence militaire russe en Libye : une menace croissante pour la stabilité du Sahel
Les bases aériennes libyennes, nouveaux pivots de l’influence russe en Afrique
Six bases aériennes stratégiques en Libye servent désormais de plateformes clés pour l’expansion militaire russe en Afrique du Nord. Ces sites, disséminés sur l’ensemble du territoire, abritent du matériel lourd, des avions de combat et des drones, tandis que des mercenaires et des forces régulières russes y opèrent activement.
Parmi ces installations figurent Al-Joufra, Al-Khadim, Al-Qardabiyah, Brak Al-Shati, Maaten al-Sarra et Tamenhant. Leur modernisation récente et leur réactivation ont transformé ces anciennes structures, abandonnées depuis 2011, en hubs logistiques et opérationnels pour Moscou. La Russie y développe des infrastructures, forme des personnels locaux et y stationne des contingents, souvent en coordination avec des acteurs syriens.
Maaten al-Sarra : une porte d’entrée vers le Sahel
Située près des frontières du Tchad et du Soudan, la base aérienne de Maaten al-Sarra est devenue un point névralgique des opérations russes dans la région. Restaurée en 2024, elle permet d’acheminer discrètement armes et équipements vers des zones en crise, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Soudan. Son emplacement stratégique en fait un outil de déstabilisation potentiel à l’échelle du Sahel.
Des analystes soulignent que cette base offre à la Russie une capacité de projection directe vers des territoires voisins, facilitant le soutien logistique à des groupes armés ou à des régimes en difficulté. Les pistes d’envol et les entrepôts ont été modernisés, permettant une logistique plus fluide et des rotations accrues de personnel et de matériel.
Al-Khadim : une base polyvalente au cœur des tensions régionales
À une centaine de kilomètres à l’est de Benghazi, la base d’Al-Khadim sert de centre névralgique pour les opérations russes dans la région. Elle a été utilisée pour approvisionner les Forces de soutien rapide au Soudan, renforcer des factions en Libye et faciliter des trafics transfrontaliers. Depuis 2023, des infrastructures supplémentaires y ont été construites, dont trois hangars, un centre récréatif et des logements, tandis qu’une caserne a été ajoutée en 2026.
Des investigations ont révélé la présence régulière de personnel russe, dont des officiers de la 102ème division d’infanterie motorisée. Des déplacements entre cette base et des zones minières en République centrafricaine ont également été documentés, illustrant la convergence des intérêts militaires et économiques de Moscou dans la région.
Al-Joufra et Al-Qardabiyah : des plateformes en constante évolution
La base d’Al-Joufra, active depuis 2019, a bénéficié de travaux de rénovation majeurs, incluant la remise à neuf d’hangars et la construction de nouvelles infrastructures de soutien. Ces améliorations visent à renforcer sa capacité opérationnelle et à en faire un point de départ pour des missions dans le centre de la Libye.
Quant à Al-Qardabiyah, rattachée à l’aéroport international de Syrte, elle a vu son infrastructure profondément modifiée depuis 2022. Des pistes d’envol ont été réhabilitées, de nouvelles défenses de périmètre érigées et un hangar réparé en 2025. Ces investissements traduisent une volonté de pérenniser la présence russe et d’en faire une base avancée pour des opérations en Méditerranée et au Sahel.
Brak Al-Shati et Tamenhant : des avant-postes au service de la stratégie africaine
La base de Brak Al-Shati, située dans le sud-ouest du pays, a vu ses effectifs passer de 300 à 450 militaires entre décembre 2024 et 2025. Des travaux récents ont permis l’ajout d’un hangar et de deux bâtiments dédiés à la maintenance aérienne, renforçant ainsi sa capacité à soutenir des opérations à longue distance.
Enfin, la base de Tamenhant, dans le sud de la Libye, a été utilisée par les mercenaires de Wagner pour lancer des opérations militaires et faciliter des livraisons d’armes vers le Soudan. Des projets d’expansion y sont en cours, avec la construction de nouveaux bâtiments résidentiels et la rénovation des axes routiers reliant la piste d’atterrissage aux hangars. Ces aménagements visent à transformer Tamenhant en une plateforme encore plus opérationnelle.
Un frein aux efforts de paix et à la souveraineté libyenne
La présence militaire russe en Libye s’accompagne d’une influence croissante sur les factions locales, compliquant les tentatives d’unification du pays. En soutenant certaines milices et en maintenant des mercenaires sur place, Moscou entravé les efforts d’expulsion des forces étrangères et des groupes armés, fragilisant ainsi le processus de paix.
Les analystes s’accordent à dire que cette ingérence russe, combinée à des transferts d’armes vers des zones de conflit, menace la stabilité régionale. La Libye, déjà minée par des divisions internes, risque de devenir un terrain d’affrontement par procuration, avec des répercussions directes sur les pays voisins comme le Tchad, le Soudan ou le Mali.
Alors que les bases aériennes libyennes se transforment en véritables forteresses russes, les pays du Sahel doivent désormais composer avec une nouvelle donne géopolitique. La Russie, en renforçant son emprise sur le pays, redessine les équilibres de pouvoir en Afrique du Nord et au Sahel, avec des conséquences encore difficiles à mesurer.