Skip to content

Sahel Voice

Actualités et analyses francophones du Sahel, pour mieux comprendre les transformations de la région.

  • Accueil
  • Guides
  • Études de cas
  • Analyses
  • Opinions
  • Chronique
  • Basculer la recherche

Pénurie d’essence à Agadez : le litre flambe à 1 500 FCFA au Niger, pays producteur de pétrole

Publié le 8 avril 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Niamey, 8 avril 2026
Alors que le Niger exporte chaque jour près de 90 000 barils de pétrole brut via le pipeline vers le Bénin, les citoyens font face à une pénurie inédite d’essence. À Agadez, dans le nord du pays, le litre se négocie désormais jusqu’à 1 500 FCFA sur le marché parallèle, contre 700 FCFA il y a encore quelques semaines. Un paradoxe criant pour un État sahélien devenu producteur d’or noir depuis 2011.

La situation est particulièrement tendue dans la région d’Agadez, où les pompistes ambulants et les vendeurs informels ont vu leurs prix exploser en quelques jours. « On cherche de l’essence partout, mais les stations sont vides. Quand on en trouve chez les revendeurs, c’est le double ou le triple du prix officiel », témoigne un chauffeur de taxi local, joint par téléphone. Des files d’attente interminables se forment devant les rares stations encore approvisionnées, et de nombreux véhicules restent immobilisés.

Pourtant, le Niger n’est pas en reste sur le plan pétrolier. Sa production brute a été multipliée par cinq ces dernières années, passant de 20 000 à plus de 110 000 barils par jour grâce à la phase II du bloc d’Agadem et au nouveau pipeline Niger-Bénin. Le pays exporte la grande majorité de ce brut vers les marchés internationaux via le port de Sèmè au Bénin. Mais la capacité de raffinage reste bloquée à 20 000 barils par jour à la seule raffinerie du pays, la SORAZ de Zinder, inchangée depuis plus de dix ans. La consommation nationale, estimée à environ 7 000 barils par jour, explose depuis les baisses de prix décidées par les autorités en juillet 2024.

Le Niger, qui produit du pétrole, continue d’importer une grande partie de son essence raffinée, notamment du Nigeria voisin. Or, la suppression des subventions nigérianes en 2023 a asséché le marché de contrebande qui alimentait traditionnellement le Niger à bas coût. Ajoutez à cela les tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui perturbent les approvisionnements mondiaux, et les stations nigériennes se retrouvent à sec. Officiellement, le litre d’essence Super reste fixé à 499 FCFA à la pompe – l’un des prix les plus bas d’Afrique de l’Ouest –, mais cette mesure de soutien au pouvoir d’achat tourne au cauchemar logistique.

Le contraste saisissant avec le Bénin voisin

À quelques centaines de kilomètres seulement, au Bénin, la situation est radicalement différente. Le litre d’essence à la pompe est maintenu stable à 695 FCFA depuis janvier 2025, sans aucune augmentation malgré la flambée des cours internationaux du brut. Le gouvernement béninois, qui subventionne activement les produits pétroliers, assume le différentiel pour préserver le pouvoir d’achat de ses citoyens.

« C’est une question de choix politique », explique un économiste ouest-africain sous couvert d’anonymat. « Le Bénin, qui n’est pas un grand producteur, investit massivement dans les subventions et dans la gestion des stocks. Le Niger, lui, priorise les exportations de brut pour générer des recettes budgétaires, mais néglige le raffinage local et la sécurisation de l’approvisionnement intérieur. » Ironie du sort : c’est précisément le pétrole nigérien qui transite par le territoire béninois avant d’être exporté vers l’Europe ou l’Asie.

Cette disparité alimente déjà les tensions sociales au Niger. Motocyclistes, transporteurs et petits commerçants voient leurs coûts exploser, tandis que l’inflation générale s’accélère. À Niamey comme à Maradi, les files d’attente devant les stations deviennent un spectacle quotidien. Les autorités nigériennes promettent un « ravitaillement imminent » et affirment que la SORAZ tourne à plein régime, mais sur le terrain, la réalité est tout autre.

Face à ce paradoxe pétrolier, de nombreux observateurs appellent à une refonte du secteur : augmentation des capacités de raffinage, diversification des sources d’approvisionnement et meilleure régulation du marché parallèle. Car, comme le souligne un analyste local, « produire du pétrole ne suffit pas. Encore faut-il que les Nigériens puissent en faire le plein sans se ruiner ».

L’essence à 1 500 FCFA à Agadez n’est pas seulement une question de prix. C’est le symbole d’un modèle énergétique qui, pour l’instant, profite davantage aux exportations qu’aux citoyens. Pendant ce temps, à Cotonou, le plein reste accessible à 695 FCFA. Une leçon de voisinage qui interroge toute la région.
La rédaction

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

Écoutez cet articleEnviron 5 min
Flux de la rubrique :
A la UneDernières actus
A la Une

Navigation

Previous Post: Visite officielle d’une délégation marocaine en Mauritanie : renforcement des liens militaires
Next Post: L’évolution géopolitique en afrique de l’ouest : la montée en puissance de Moscou dans le Sahel

Archives

  • octobre 2026
  • septembre 2026
  • août 2026
  • juillet 2026
  • juin 2026
  • mai 2026
  • avril 2026
  • mars 2026
  • février 2026
  • janvier 2026
  • décembre 2025
  • novembre 2025
  • octobre 2025
  • septembre 2025
  • août 2025
  • juillet 2025
  • juin 2025
  • mai 2025
  • avril 2025
  • mars 2025
  • février 2025
  • janvier 2025
  • novembre 2024
  • octobre 2024
  • septembre 2024
  • août 2024
  • juillet 2024
  • juin 2024
  • mai 2024
  • mars 2024
  • février 2024
  • octobre 2023
  • août 2023
  • mai 2023
  • avril 2023
  • mars 2023
  • janvier 2023
  • octobre 2022
  • septembre 2022
  • mai 2022
  • mars 2022
  • août 2021
  • juin 2021
  • mai 2021
  • octobre 2020
  • septembre 2020
  • juin 2020
  • novembre 2019
  • juillet 2018
  • décembre 2014

Catégories

  • A la Une
  • Actualités
  • AES
  • Analyses
  • Carburant
  • Chronique
  • Culture
  • Épinglé
  • Études de cas
  • Guides
  • International
  • Lifestyle
  • Actualités
  • Opinions
  • Politique
  • Société

Articles récents

  • JOJ Dakar 2026 : le tournant décisif que le Sénégal s’apprête à négocier
  • Espagne : l’incendie d’un AVE Madrid-Barcelone force un tournant dans la gestion des évacuations
  • Rwanda : le virage décisif vers un Grand Prix de Formule 1 à Bugesera
  • RDC : l’entrée en scène du FRN de Joseph Kabila fait basculer la crise
  • Réinsertion des migrants de retour au Mali : le grand tournant des 121 millions FCFA

Commentaires récents

Aucun commentaire à afficher.

Copyright © 2026 Sahel Voice.

Propulsé par WordPress

Sahel Voice

Actualités et analyses francophones du Sahel, pour mieux comprendre les transformations de la région.

À propos Contact Politique de confidentialité Mentions légales

© 2026 Sahel Voice — Tous droits réservés.

https://sahelvoice.com