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Paul biya de retour au Cameroun : le gouvernement lève le voile sur son absence prolongée

Publié le 3 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Cinquante-six jours d’absence, des rumeurs persistantes et une nation camerounaise suspendue à chaque nouvelle. Le gouvernement a finalement rompu le silence ce dimanche 2 août, confirmant ce que beaucoup espéraient sans oser y croire : Paul Biya est bel et bien en vie et son retour au Cameroun est annoncé comme « imminent ». Pourtant, malgré cette déclaration officielle, les interrogations restent entières.

Écoutez cet articleEnviron 10 min

Un silence de plus de deux mois enfin brisé

Deux mois. Quatre-vingt-quatre jours exactement. C’est la durée pendant laquelle le Cameroun a vécu dans l’attente, scrutant chaque communiqué, chaque image, chaque silence. Un vide médiatique qui a nourri les spéculations les plus diverses et alimenté une tension palpable dans tout le pays.

Sur les ondes ce dimanche, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a mis fin à cette période d’incertitude. « Le président est en vie », a-t-il affirmé avec force. « Il n’y a aucune vacance du pouvoir ». Des mots simples, mais qui ont résonné comme une libération pour certains, et comme une énigme pour d’autres.

Paul Biya, un chef d’État au parcours exceptionnel

Pour saisir l’ampleur de cette absence, il faut comprendre qui est Paul Biya. À 93 ans, il incarne une longévité politique record : quarante-trois années à la tête du Cameroun, depuis 1982. Un record absolu qui en fait le doyen des dirigeants en exercice dans le monde.

Son départ pour un « court séjour privé en Europe », le 7 juin 2026, devait être bref. Pourtant, les jours ont passé, les semaines se sont succédé, et le Cameroun s’est retrouvé face à une situation inédite. Aucune image, aucune déclaration, aucune apparition publique. Juste un silence assourdissant, que les réseaux sociaux et la presse ont tenté de combler par des interprétations parfois contradictoires.

Un vide institutionnel qui alimente les tensions

Officiellement, l’activité de la présidence s’est limitée à quelques décrets militaires et à des messages protocolaires, comme des félicitations adressées à Emmanuel Macron pour la fête nationale française. Mais aucune communication directe du président. Aucun signe tangible de sa présence ou de son état de santé. Une absence qui a poussé l’opposition à s’interroger sur la légitimité même du pouvoir en place.

Jean-Michel Nintcheu, député d’opposition, a saisi le Conseil constitutionnel pour demander la constatation d’une vacance du pouvoir. Une démarche soutenue par l’UDC, qui a dénoncé un « vide institutionnel » et rappelé l’absence de vice-président, un poste vacant depuis la révision constitutionnelle d’avril 2026.

« Le Lion n’est pas parti » : la réponse du pouvoir

Face à la montée des critiques, le parti présidentiel, le RDPC, avait tenté de rassurer dès le 15 juillet. « Le pouvoir n’est pas vacant. Le Lion n’est pas parti », avait déclaré Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du parti, dans un éditorial. Mais ces mots n’ont pas suffi à apaiser les craintes d’une partie de la population et des responsables politiques.

C’est dans ce contexte tendu que René Emmanuel Sadi est intervenu. Lors d’une interview, il a balayé toute hypothèse de vacance du pouvoir. « Les figures de l’opposition devraient avoir une lecture plus rigoureuse et objective de la Constitution », a-t-il souligné. Il a rappelé que le Conseil constitutionnel ne s’était pas prononcé sur une vacance et que Paul Biya n’avait pas démissionné.

Quant à la date de son retour, le ministre est resté évasif. « Je ne peux pas vous dire avec exactitude quand le président reviendra. Et même si je le savais, il ne m’appartient pas de l’annoncer ici ». Une seule certitude : « Il revient très bientôt ».

Une absence historique aux conséquences politiques

Cette absence de 56 jours dépasse largement toutes celles observées jusqu’ici. En quarante-trois ans de pouvoir, Paul Biya aurait passé près de sept années à l’étranger, un record parmi les chefs d’État africains. Une situation qui soulève des questions sur la gestion du pouvoir et la préparation de l’après-Biya.

Certaines sources évoquent la présence de membres de sa famille en Suisse, sans confirmation officielle. Une information qui, bien que non vérifiée, a alimenté les débats sur l’état réel du président et sur la gouvernance du pays en son absence.

La Constitution camerounaise face à l’épreuve du silence

Le débat juridique s’est intensifié. L’opposition a demandé au Conseil constitutionnel de constater une vacance du pouvoir, arguant qu’au-delà de 45 jours d’absence, une telle procédure devait être engagée. Pourtant, la réalité constitutionnelle camerounaise est moins tranchée : aucun texte ne fixe de limite à la durée des séjours du président à l’étranger.

Le gouvernement s’abrite derrière cette ambiguïté juridique, tandis que l’opposition dénonce un « vide institutionnel ». Une situation qui met en lumière l’absence de mécanismes clairs pour gérer les absences prolongées d’un chef de l’État, surtout à un âge où la santé devient un sujet de préoccupation publique.

Un pays en attente : entre soulagement et scepticisme

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont contrastées. Certains Camerounais expriment leur soulagement, d’autres leur incrédulité. « Paul Biya est le président le plus chanceux au monde : il peut faire ce qu’il veut, quand il veut, sans aucune conséquence », commente un internaute. D’autres soulignent que cette absence record de 50 jours alimente les rumeurs sur son état de santé.

L’annonce d’un retour « imminent » suffira-t-elle à calmer les esprits ? Rien n’est moins sûr. Le flou persistant sur les raisons de ce séjour prolongé et l’absence de date précise pourraient, au contraire, relancer les demandes de transparence et de réformes institutionnelles.

L’ombre de l’après-Biya plane sur le Cameroun

Au-delà de l’immédiateté, une question plus profonde se pose : que deviendra le Cameroun après Paul Biya ? À 93 ans, son âge et ses absences répétées rendent cette interrogation inévitable. L’UDC a appelé à « l’ouverture d’un chantier institutionnel » pour encadrer les séjours prolongés du chef de l’État, une demande qui interroge directement la gouvernance future du pays.

« La stabilité d’une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions », rappelle le parti. Une phrase qui résume l’inquiétude d’une partie de la classe politique et de la société civile face à un système où le pouvoir semble reposer sur une seule personne.

Ce que l’on sait… et ce que l’on ignore encore

Malgré l’annonce officielle, de nombreuses zones d’ombre persistent :

  • Où se trouve exactement Paul Biya ? La presse évoque la Suisse, mais aucune confirmation n’a été apportée.
  • Quelle est la nature exacte de son séjour ? Présenté comme « privé », son prolongement interroge.
  • Quand reviendra-t-il ? Le ministre parle d’un retour « très bientôt », sans préciser de date.
  • Quel est son état de santé ? Seule certitude : il est « en vie ».

Une communication tardive et des questions sans réponses

L’intervention du gouvernement est intervenue tardivement, après deux mois de silence. Trop tardive pour certains, trop vague pour d’autres. René Emmanuel Sadi a défendu la position officielle, rappelé les fondamentaux constitutionnels et promis un retour proche. Pourtant, dans un pays où l’information est contrôlée et le pouvoir personnalisé, les mots d’un ministre peinent parfois à rivaliser avec le silence d’un président.

Pourtant, cette déclaration marque un tournant. Elle met fin à une période d’incertitude et ouvre une nouvelle phase : celle de l’attente du retour de Paul Biya. Un retour qui, espère-t-on, apportera enfin des réponses aux questions qui minent le Cameroun depuis près de deux mois.

En attendant le « Lion » : quelles perspectives pour le Cameroun ?

Le Cameroun retient son souffle. L’annonce d’un retour imminent est désormais très attendue. Elle pourrait, enfin, mettre un terme à deux mois d’angoisse et de spéculations.

Mais au-delà de ce retour, c’est toute la question de la gouvernance camerounaise qui se pose. Un pays dirigé par un président de 93 ans, dont les absences prolongées et répétées soulèvent des interrogations légitimes sur la stabilité institutionnelle et l’avenir politique.

« La stabilité d’une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions », rappelle l’UDC. Une leçon que le gouvernement camerounais ferait bien de méditer, alors que le Cameroun attend, dans l’expectative, le retour de son président.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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