Nouvelle loi anti-lgbtqia+ au Sénégal : répression et dangers pour les minorités
Alors que l’Europe célèbre les droits LGBTQIA+ lors de la Pride Parade de Bruxelles, le Sénégal adopte une loi encore plus répressive contre les personnes homosexuelles. Depuis Dakar, la réalité est alarmante : une nouvelle législation vient d’être promulguée, faisant du pays l’un des plus hostiles au continent africain envers cette communauté.
Une législation qui alourdit les peines et criminalise l’amour
Le président Bassirou Diomaye Faye a signé une loi qui double les sanctions pour les actes contre nature, portant la peine maximale de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Les amendes, quant à elles, ont été multipliées par dix, pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (plus de 15 000 euros). Ce texte, présenté comme un projet de souveraineté nationale, a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale sénégalaise le 11 mars 2026, avec 135 voix pour et aucune contre, scellant ainsi le destin de milliers de personnes.

Un climat de violence et de paranoïa généralisée
Les conséquences de cette loi sont immédiates et brutales. En quelques semaines seulement, plus d’une centaine de personnes soupçonnées d’homosexualité ont été arrêtées. Face à la montée des violences populaires, certains préfèrent la prison à la justice expéditive des foules.
« À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu es obligé de vivre caché. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas une vie. »
La peur s’installe dans les esprits. Un ingénieur français a récemment été arrêté dans des circonstances troublantes :
« Ils ont frappé à la porte, il a ouvert, ils l’ont attrapé. La tactique utilisée, c’est la rafle. »
Cette arrestation a choqué la communauté des expatriés, rappelant que personne n’est désormais à l’abri.
Une instrumentalisation politique et religieuse
La haine envers les personnes LGBTQIA+ est attisée par les plus hautes sphères du pouvoir. Le groupe religieux And Sàmm Jikko Yi, qui a milité pour l’adoption de cette loi, qualifie les homosexuels de danger public. Son président, l’imam Babacar Sylla, n’hésite pas à propager des mensonges, affirmant sans preuve qu’ils propagent délibérément des maladies.
Cette rhétorique a été reprise par le gouvernement pour détourner l’attention d’une crise économique persistante. L’homosexualité est présentée comme une importation occidentale, contraire aux valeurs sénégalaises, une stratégie pour mobiliser les masses.
Une régression alarmante des droits humains
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) tire la sonnette d’alarme :
« Une loi comme celle-ci ne protège personne : elle expose davantage encore des personnes déjà vulnérables aux violences, aux arrestations arbitraires et aux humiliations. »
Cette loi menace également la liberté d’expression en criminalisant toute forme de promotion ou de soutien aux droits des personnes LGBTQIA+. Les conséquences sanitaires sont dramatiques : les taux de dépistage du VIH chutent, car les personnes ont peur de se protéger ou de se faire soigner par crainte d’être traquées.
Le Sénégal, autrefois perçu comme un bastion de stabilité en Afrique de l’Ouest, rejoint désormais le triste club des pays où l’orientation sexuelle peut coûter une décennie de liberté. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seules options.
Sur le continent africain, 31 des 54 pays criminalisent l’homosexualité, tout comme 21 pays en Asie. Avec des voisins comme l’Ouganda et le Nigeria déjà parmi les pires contrevenants, cette répression marque un tournant sombre pour les droits humains en Afrique.