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Niger : les zones d’ombre autour de la disparition de Moussa Kaka et de l’absence de Tiani

Publié le 14 septembre 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Un double mystère au sommet de l’État nigérien

Deux disparitions publiques. Deux silences persistants. Et une interrogation qui gagne du terrain : que se passe-t-il réellement au sommet du pouvoir au Niger ?

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Depuis le 31 août, Moussa Kaka, journaliste reconnu et correspondant de médias internationaux, ne s’est plus manifesté publiquement. Il aurait quitté les locaux de la Radio-télévision Saraounia (RTS), à Niamey, avant de devenir pratiquement introuvable.

Le timing interpelle. Sa disparition survient quelques jours seulement après la mutinerie qui a secoué la capitale. Aucun lien direct n’est établi à ce stade entre les deux événements. Mais dans un contexte où les informations sur les mouvements au sein de l’appareil sécuritaire sont devenues extrêmement difficiles à vérifier, cette coïncidence temporelle ne peut qu’alimenter les questions.

Où se trouve Moussa Kaka ? Est-il détenu ? Par quel service ? Pour quels motifs ? Et pourquoi aucune communication officielle claire ne vient-elle mettre un terme aux spéculations ?

Ces questions sont simples. Pourtant, elles demeurent sans réponse.

Un journaliste disparaît dans un pays sous tension

L’inquiétude dépasse désormais le cercle des proches du journaliste. Des organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse interpellent les autorités nigériennes pour qu’elles clarifient sa situation.

L’enjeu est de taille. Depuis le coup d’État de juillet 2023, l’espace médiatique nigérien s’est progressivement refermé. Les autorités de transition ont renforcé leur contrôle de l’espace public, invoquant la souveraineté, la sécurité nationale et la lutte contre les influences extérieures.

Mais cette logique atteint ses limites lorsque le silence devient la seule réponse.

Une transition militaire peut invoquer la sécurité. Elle ne peut pas transformer l’incertitude en mode de gouvernance.

Si Moussa Kaka est détenu, les autorités doivent pouvoir en expliquer les raisons. S’il ne l’est pas, elles doivent permettre de comprendre où il se trouve. Dans les deux cas, le silence prolongé nourrit davantage les soupçons qu’il ne protège l’État.

L’absence prolongée du général Tiani

L’autre élément qui retient l’attention est l’absence publique du général Abdourahamane Tiani.

Depuis la mutinerie survenue à Niamey fin août, le chef du régime n’aurait pas effectué d’apparition publique connue. Là encore, cette absence ne permet pas, à elle seule, de conclure à une perte de contrôle du pouvoir.

Mais elle intervient à un moment particulièrement sensible.

Après une mutinerie, alors que des interrogations circulent sur l’état de la chaîne de commandement et que plusieurs changements auraient touché l’appareil militaire, l’absence prolongée du principal dirigeant devient nécessairement un sujet politique.

Tiani dirige-t-il toujours directement le pays ? Les décisions sont-elles prises sous son autorité effective ? Ou le pouvoir fonctionne-t-il désormais à travers un cercle plus restreint de responsables militaires et sécuritaires ?

Pour l’instant, aucune information publique suffisamment solide ne permet de répondre définitivement.

Et c’est précisément là que le bât blesse.

Un pouvoir dans le brouillard

Dans une démocratie, l’absence de communication peut déjà être préoccupante. Dans un régime militaire né d’un coup d’État et confronté à des tensions internes, elle devient beaucoup plus lourde de conséquences.

Car lorsque le chef reste silencieux, que les journalistes disparaissent de l’espace public et que les informations sur les mouvements de l’appareil sécuritaire deviennent difficiles à vérifier, une question finit inévitablement par émerger : qui contrôle réellement la machine d’État ?

Le cas Moussa Kaka pourrait alors devenir davantage qu’une affaire de liberté de la presse. Il pourrait être le révélateur d’un système où l’information est devenue une variable stratégique du pouvoir.

Le silence protège-t-il le régime ou cherche-t-il à masquer ses fragilités ?

Ce que l’on sait… et ce que l’on ignore

Pour l’instant, plusieurs faits doivent être distingués des spéculations.

Moussa Kaka est porté disparu publiquement depuis le 31 août. Son sort demeure à clarifier. Des organisations demandent des explications aux autorités.

Tiani, de son côté, n’a pas été publiquement visible depuis les événements de fin août, selon les informations disponibles. Cela ne signifie pas qu’il a perdu le pouvoir, ni qu’il est écarté des décisions.

Mais une chose est certaine : le manque d’informations vérifiables laisse un vide que les rumeurs occupent immédiatement.

Et dans le Niger d’aujourd’hui, ce vide devient politiquement dangereux.

Car derrière la question « où est Moussa Kaka ? », une autre question, plus sensible encore, commence à apparaître :

« Où se trouve réellement le pouvoir nigérien depuis la mutinerie ? »

Tant que Niamey ne répondra pas clairement à ces deux questions, le doute continuera de s’installer.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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