Un déséquilibre financier qui fragilise le secteur pétrolier nigérien
Le Niger traverse une zone de turbulences dans le domaine des hydrocarbures. La créance que la SONIDEP doit à la SORAZ a atteint un palier sans précédent : 418 milliards de francs CFA. Un tel encours fait peser une menace sérieuse sur la régularité des approvisionnements en carburant et sur l’équilibre du marché intérieur. Retour sur les origines de cette situation et ses implications pour le pays.
Les ressorts d’une explosion spectaculaire
Il y a encore peu, la dette de la SONIDEP envers la SORAZ oscillait entre 40 et 50 milliards de FCFA. Son envolée au-delà des 418 milliards découle d’une conjonction de facteurs bien identifiés :
- Des encaissements en panne : la SONIDEP éprouve d’énormes difficultés à recouvrer les sommes dues par de grands clients institutionnels et des sociétés publiques, ce qui tarit sa trésorerie.
- La contrainte des prix administrés : les ajustements limités sur les prix à la pompe et la suspension de certains dispositifs de compensation ont considérablement réduit les marges de l’opérateur public.
- La montée en flèche des volumes : face à une demande intérieure en essence et en gasoil toujours plus forte, les enlèvements à la raffinerie de Zinder ont augmenté sans que les versements en trésorerie progressent au même rythme.
Conséquences pour la SORAZ et l’approvisionnement du pays
Pour la SORAZ, coentreprise stratégique associant l’État nigérien au groupe chinois CNPC, cette créance faramineuse constitue une véritable épée de Damoclès. Privée de ces fonds, la raffinerie peine à assumer ses charges d’exploitation, à régler ses sous-traitants et à planifier les opérations de maintenance pourtant indispensables.
Les effets se font déjà sentir sur le terrain : limitation des enlèvements, tensions autour des quotas et interruptions sporadiques à la sortie de la raffinerie. Ces perturbations engendrent des files d’attente dans les stations-service et des difficultés d’approvisionnement pour les consommateurs.
Quelles voies d’apurement envisager ?
Afin d’éviter une paralysie totale du secteur, les autorités de transition et les responsables des deux entités étudient plusieurs scénarios de règlement :
- Des calendriers de remboursement contraignants : instauration d’un échéancier strict de paiement progressif, indexé sur les enlèvements quotidiens.
- Des mécanismes de compensation étatique : mise en place d’accords tripartites permettant d’éteindre une partie de la dette via les créances croisées du Trésor public.
- Un contrôle renforcé des recettes : refonte du circuit de collecte des ventes au détail pour affecter en priorité les fonds au paiement direct de la facture d’approvisionnement de la raffinerie.
Quel avenir pour le modèle pétrolier nigérien ?
La question demeure entière : cette crise de 418 milliards de FCFA marque-t-elle l’échec du modèle actuel ou peut-elle au contraire déclencher une refonte en profondeur ? L’enjeu est considérable pour la SONIDEP, la SORAZ et, au-delà, pour l’économie du Niger et le quotidien de ses citoyens.
