Niger : comment la peur d’un nouveau coup d’état transforme-t-il le pouvoir de tiani ?
Depuis l’échec d’une tentative de putsch le 29 août dernier, le général Abdourahamane Tiani dirige le Niger sous le signe de l’urgence et de la méfiance. Les purges militaires, les limogeages et désormais la déchéance de nationalité de plusieurs figures politiques révèlent une stratégie de survie politique aux conséquences lourdes pour les citoyens et l’économie. Entre paranoïa sécuritaire et instrumentalisation des institutions, le régime semble s’enfermer dans un cercle vicieux où chaque mesure renforce ses propres fragilités.
Le 29 août : un putsch manqué qui change la donne
L’attaque simultanée du palais présidentiel, de la base aérienne 101 et de la télévision publique le 29 août 2026 a marqué un tournant brutal pour le général Tiani. Arrivé au pouvoir par un coup d’État en juillet 2023, il fait face pour la première fois à une menace venue de l’intérieur des rangs militaires. Les assaillants, visant à renverser son régime, ont surpris par leur capacité à mobiliser des soutiens au sein même de l’armée, obligeant le pouvoir à solliciter l’intervention de centaines de mercenaires russes pour reprendre le contrôle.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis cette date, plus de 200 soldats, principalement issus des forces spéciales, ont été arrêtés. Le général Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major des armées, a été limogé dès le 11 septembre. Quatre ministres ont également été remplacés en quelques jours, officiellement pour des raisons de réorganisation et de dysfonctionnements. Mais derrière ces changements, une logique se dessine : écarter les éléments jugés trop fragiles et consolider les soutiens indéfectibles.
Le décret du 17 septembre : une arme politique contre les anciens du régime Bazoum
Le 17 septembre, le général Tiani signe un décret sans précédent : cinq Nigériens, dont l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, sont provisoirement déchus de leur nationalité nigérienne. Les accusations, telles que formulées dans le texte officiel, incluent des soupçons d' »intelligence avec des puissances étrangères », la diffusion d’informations troublant l’ordre public et des atteintes à la sûreté de l’État. Ces motifs, encore non établis par une condamnation judiciaire, révèlent une volonté claire de cibler les proches de l’ancien président Mohamed Bazoum, renversé en 2023.
Avec ce décret, le pouvoir franchit une ligne symbolique. Jusqu’à présent, les purges et arrestations touchaient des militaires ou des figures politiques isolées. Désormais, ce sont des citoyens ordinaires qui se retrouvent privés de leurs droits fondamentaux, sur la base de motifs ambigus et sans procès équitable. Selon les dernières informations, le nombre de personnes concernées par ces déchéances atteint désormais 25, confirmant une escalade inquiétante.
Une machine à suspects : quand la sécurité devient prétexte à l’exclusion
Depuis le 29 août, le régime nigérien semble fonctionner selon une logique implacable : chaque crise doit être suivie d’une purge. Les arrestations massives, les limogeages en cascade et les déchéances de nationalité s’enchaînent, donnant l’impression d’un pouvoir en quête permanente d’ennemis internes. La menace, désormais, ne vient plus seulement des groupes armés ou des acteurs extérieurs : elle peut émerger des cercles les plus proches du pouvoir.
Cette paranoïa sécuritaire a des répercussions concrètes. Les militaires, autrefois unis sous le drapeau, sont désormais suspectés les uns des autres. Les anciens collaborateurs de Bazoum sont régulièrement ciblés dans des dossiers judiciaires ou administratifs. Les institutions, déjà fragilisées, peinent à maintenir leur légitimité. Et dans les rues de Niamey, la méfiance grandit : qui peut encore parler sans risque ? Qui peut encore contester sans être considéré comme un traître ?
Tiani face à son propre paradoxe : un pouvoir né du coup d’État, obsédé par le coup d’État
Le général Tiani incarne aujourd’hui une contradiction majeure. Il a accédé au pouvoir par la force, renversant Mohamed Bazoum. Aujourd’hui, son régime doit sa survie à la répression des menaces internes, qu’elles soient réelles ou exagérées. Chaque nouveau décret, chaque nouvelle arrestation, renforce l’impression d’un pouvoir aux abois, prêt à tout pour éviter de connaître le même sort que son prédécesseur.
Critiquer ce régime revient désormais à s’exposer à des accusations de complot. Servir sous Bazoum devient un stigma. Exprimer un désaccord équivaut à une trahison. Cette logique, si elle se poursuit, pourrait transformer le Niger en un État où la loyauté prime sur la compétence, où la peur dicte les règles et où chaque citoyen devient un suspect en puissance. Jusqu’où iront ces excès ? La question n’est plus seulement académique : elle engage l’avenir même du pays.
Les risques pour la société et l’économie nigérienne
Les conséquences de cette politique de méfiance généralisée dépassent le cadre politique. L’économie nigérienne, déjà éprouvée par des années d’instabilité, pourrait subir de nouveaux revers. Les investisseurs, déjà réticents, pourraient fuir un pays où les règles du jeu changent au gré des suspicions. Les services publics, minés par les purges et les remaniements constants, risquent de voir leur efficacité s’effriter. Et dans une société de plus en plus divisée, les fractures entre partisans et opposants du régime s’approfondissent, menaçant l’unité nationale.
Un pouvoir qui se protège… ou qui s’enferme ?
À force de voir des ennemis partout, le régime de Tiani pourrait bien se retrouver prisonnier de sa propre logique. En cherchant à éliminer toute zone d’incertitude, il affaiblit les institutions, isole le pays sur la scène internationale et nourrit un climat de défiance généralisée. Le décret du 17 septembre n’est pas seulement une mesure administrative : c’est un symptôme d’un pouvoir qui, au lieu de gouverner, se contente de survivre.
La question n’est plus de savoir si Tiani survivra à ses ennemis. Elle est de savoir jusqu’où il fera payer ce combat à l’ensemble de la société nigérienne.