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Niamey : quand le souverainisme de Tiani se mue en trahison nationale

Publié le 31 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La capitale du Niger, Niamey, a récemment été le théâtre d’événements qui marquent un tournant décisif dans la crise politique du pays. Le pouvoir en place, représenté par le général Abdourahamane Tiani et le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), avait érigé la « souveraineté retrouvée » en pilier de son discours. Pourtant, la nuit du 28 au 29 août a révélé une réalité bien différente. Face à une mutinerie de soldats de la base 101, des forces paramilitaires étrangères ont été déployées pour réprimer et éliminer des militaires nigériens, soulevant de graves questions sur la véritable nature du pouvoir à Niamey.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

L’emploi de combattants extérieurs pour s’opposer à ses propres forces armées dépasse largement le cadre d’une simple erreur stratégique. Dans toute démocratie respectueuse de l’État de droit, un tel acte, consistant à engager une puissance étrangère contre ses propres troupes, est unanimement qualifié de haute trahison.

L’imposture du récit souverainiste

Depuis juillet 2023, le discours dominant de la junte militaire mettait en avant le rejet des partenaires historiques, l’affirmation de la dignité nationale, le refus de toute ingérence extérieure et la valorisation des forces armées nigériennes. Cependant, l’analyse de cette nuit d’affrontements à Niamey révèle une dissonance frappante. En faisant appel à des contingents étrangers en renfort pour réprimer des soldats nigériens au sein même de leur capitale, le général Tiani expose une contradiction profonde qui interroge l’avenir du Sahel politique.

  • Une souveraineté compromise : La véritable souveraineté ne saurait se réduire à un simple échange de tutelle. Lorsqu’un dirigeant doit s’appuyer sur des forces étrangères pour assurer sa propre protection face à sa population et à son armée, son autorité perd toute légitimité souveraine, se transformant de facto en une forme d’occupation par procuration.
  • La sécurité nationale externalisée : Le pouvoir a sacrifié l’autonomie de sa chaîne de commandement militaire au profit d’une dépendance sécuritaire totale envers des intérêts extérieurs. Les soldats nigériens voient désormais avec amertume des éléments étrangers dicter le cours des événements politiques à Niamey.

Quand l’armée nigérienne devient la cible de son propre pouvoir

Comment un régime issu des rangs militaires peut-il en arriver à ordonner de tirer sur ses propres soldats ? Cette question centrale trouve sa réponse dans la paranoïa inhérente aux régimes d’exception. Ayant perdu la confiance des garnisons, lassées par une transition prolongée et une dégradation constante de la sécurité, la junte en est venue à percevoir chaque soldat nigérien comme une menace potentielle, un fait marquant l’actualité du Sahel francophone.

En mobilisant des forces mercenaires pour neutraliser des soldats nigériens en révolte, le général Tiani brise de manière irréversible le pacte de confiance essentiel qui unit un commandant en chef à ses troupes :

  • Un affront à l’institution militaire : Le fait de verser le sang de soldats nationaux par l’intermédiaire de forces étrangères sur le territoire national porte un coup fatal à la cohésion de l’armée et précipite les forces armées dans une crise identitaire sans précédent.
  • La légitimité militaire en ruine : L’argumentaire de « redressement national » s’effondre. Le pouvoir ne lutte plus contre le terrorisme aux frontières, mais se retrouve désormais à combattre l’armée nigérienne elle-même, au cœur de la capitale.

Le verdict de l’histoire

En s’associant activement à une puissance étrangère pour agir contre ses propres frères d’armes, le général Tiani s’est enfermé dans une impasse. L’image du « général patriote » s’est irrémédiablement effacée au son des coups de feu à Niamey. Le pouvoir en place découvre la dure réalité des régimes sous influence extérieure : sacrifier la souveraineté nationale pour maintenir son propre pouvoir mène inévitablement à la perte de l’autorité, du respect militaire et de l’honneur de la nation. L’histoire, comme en témoignent les récentes nouvelles du Mali, du Burkina Faso et du Niger, inscrira que ceux qui se posaient en libérateurs du Niger sont ceux qui ont finalement fait couler le sang de ses soldats par des mains étrangères.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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