Libreville — La performance d’un État repose sur sa capacité à mobiliser efficacement ses ressources internes. Au Gabon, cette équation prend une nouvelle dimension avec la modernisation de ses mécanismes de collecte fiscale et douanière.
En associant les deux principales régies financières du pays, les autorités gabonaises entendent transformer l’action publique. Cette initiative marque une rupture avec les pratiques administratives traditionnelles, où fiscalité et douanes évoluaient en silos. Désormais, leur coordination devient un pilier de la souveraineté budgétaire et de la transparence économique.
Le 14 juillet dernier, à Libreville, le Général de Brigade Hugues Modeste Odjangou, Directeur général des Douanes et Droits indirects, et Édith Laure Oyaya épouse Mbiguidi, Directrice générale des Impôts, ont officialisé leur collaboration. Leur objectif : renforcer l’efficacité des contrôles, partager les données et mutualiser les moyens pour lutter contre la fraude et les circuits économiques parallèles.
Vers une gestion intégrée des recettes publiques
Les économies modernes l’ont démontré : une fiscalité et une douane bien coordonnées améliorent significativement le rendement des recettes publiques. En mutualisant leurs outils et en croisant leurs informations, les deux administrations gabonaises visent à combler les lacunes qui favorisent l’évasion fiscale et les trafics illicites. Cette approche s’inscrit dans la stratégie nationale de mobilisation des ressources internes, essentielle pour financer les grands projets d’infrastructures et de diversification économique.
Parmi les mesures clés discutées lors de cette réunion, on note la création de mécanismes de partage d’informations en temps réel, la coordination des contrôles sur le terrain et l’harmonisation des procédures de détection des fraudes. Ces mesures répondent directement aux orientations du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui plaide pour une administration plus agile et orientée vers les résultats.
Un cadre juridique pour ancrer la réforme
Cette dynamique n’est pas le fruit du hasard. Elle s’appuie sur un texte officiel : l’arrêté n°073/MEFDPLVC du 10 avril 2026, qui institue une Commission mixte Impôts-Douanes. Ce dispositif permet notamment de mener des contrôles conjoints, conformément au Code des douanes de la CEMAC, et de fluidifier les échanges d’informations entre les deux régies. Une avancée qui place le Gabon au niveau des meilleures pratiques africaines, comme celles observées au Rwanda, au Maroc ou en Côte d’Ivoire.
Les prochaines étapes consisteront à installer officiellement cette commission et à définir son mode opératoire. Son rôle ? Piloter la nouvelle gouvernance, suivre l’application des décisions et superviser les opérations communes. Une étape cruciale pour concrétiser cette vision d’une administration financière unifiée et performante.
Une réforme aux répercussions multiples
Cette collaboration dépasse le simple cadre administratif. En rapprochant les deux régies, le Gabon envoie un signal fort à ses partenaires internationaux et aux investisseurs. Elle témoigne de sa volonté de moderniser sa gouvernance économique, de sécuriser ses ressources et d’améliorer la crédibilité de son système financier.
L’enjeu est de taille : sécuriser les recettes publiques sans alourdir la pression fiscale sur les contribuables honnêtes. La cible ? Les fraudeurs, les fausses déclarations et les circuits commerciaux opaques qui privent l’État de ressources indispensables à son développement. En mutualisant leurs forces, les Douanes et les Impôts forment désormais un rempart solide contre ces pratiques nuisibles.
Cette réforme s’inscrit dans une ambition plus large : celle d’un État capable de financer ses priorités nationales grâce à ses propres moyens. Une administration plus transparente, plus efficace et tournée vers la performance. En ce sens, la synergie entre fiscalité et douanes n’est pas qu’une simple alliance administrative. Elle représente l’un des fondements de la nouvelle architecture financière que le Gabon s’emploie à construire.
