Missile sol-sol lancé par des mercenaires russes en Centrafrique vers la rdc
Un missile américain oublié tiré depuis Obo vers la République démocratique du Congo
Des mercenaires russes du groupe Wagner ont utilisé un missile sol-sol américain abandonné dans une ancienne base militaire d’Obo, en Centrafrique, pour tirer vers la République démocratique du Congo (RDC). Cet événement, survenu dans la nuit du 26 février, a semé l’inquiétude des deux côtés de la frontière.
Des équipements militaires américains oubliés au cœur du Haut-Mbomou
Pour comprendre les circonstances de ce tir, il faut remonter à une mission militaire américaine menée entre octobre 2011 et avril 2017. L’Opération Observant Compass avait pour objectif de traquer Joseph Kony et sa Résistance de l’Armée du Seigneur (LRA), un groupe rebelle responsable de milliers de crimes dans la région. Des Green Berets américains, déployés depuis Obo et Djema en Centrafrique, avaient alors établi une base fortifiée équipée de systèmes de surveillance et de barrières.
À leur départ en 2017, une partie du matériel, dont des missiles sol-sol, a été laissée sur place dans des conteneurs, faute d’avoir pu capturer Joseph Kony. Ces équipements, jugés inutiles, ont été abandonnés jusqu’à l’arrivée des mercenaires russes de Wagner, invités par les autorités locales pour sécuriser la zone.
Wagner s’installe et découvre des armes oubliées
Les mercenaires russes ont pris possession de l’ancienne base américaine après en avoir chassé les Forces armées centrafricaines (FACA). Une fois sur place, ils ont entrepris de fouiller les conteneurs et de récupérer tout matériel encore utilisable. Selon des témoignages locaux, le préfet du Haut-Mbomou aurait même annoncé publiquement que des tirs d’essai étaient prévus pour tester la fiabilité des armes découvertes.
C’est lors de l’un de ces exercices, le 26 février, que les mercenaires ont installé un lanceur sur le terrain de football d’Obo, en plein centre-ville. Le projectile a été tiré en direction du sud, traversant la frontière congolaise avant de s’écraser près du village de Zapay, à environ cinq kilomètres de la frontière.
Un tir calculé pour éviter les zones habitées
Le choix de la trajectoire n’était pas anodin. En visant la RDC plutôt que le nord de la Centrafrique, les mercenaires ont évité de potentiels dégâts dans des zones peuplées comme Bambouti. La forêt congolaise a servi de zone de chute délibérée, limitant les risques pour les populations locales. Pourtant, à Zapay, l’impact a provoqué une vive inquiétude parmi les habitants, dont certains sont des réfugiés centrafricains ayant fui les exactions de Wagner.
Les habitants de Zapay ont passé la nuit sous le choc, redoutant un second tir. Aucun blessé n’a été signalé, mais la peur persiste : « Aucune frontière ne les arrête », confient des témoins.
Une démonstration de force et de maîtrise technique
Les experts s’accordent à dire que seule l’équipe Wagner était capable de manipuler un tel armement. Aucun autre groupe, ni les FACA ni une milice locale, ne dispose des compétences ou des équipements nécessaires pour tirer un projectile aussi puissant sur une aussi longue distance. Les mercenaires ont agi en pleine lumière, sans dissimulation, confirmant leur emprise sur la zone.
Ce tir rappelle également l’ampleur des ressources militaires abandonnées en Centrafrique après le départ des Américains. Des années plus tard, ces équipements resurgissent entre les mains de groupes armés, posant la question de la sécurité dans une région déjà instable.