Mayo-tsanaga : l’État camerounais face à l’agonie silencieuse sous les attaques de boko haram
Mayo-Tsanaga : quand l’absence de l’État laisse le champ libre à boko haram
Dans le département du Mayo-Tsanaga, au Cameroun, la terreur de Boko Haram ne se contente plus de menacer : elle ravage, détruit et force des milliers de familles à fuir. Depuis 2014, cette secte islamiste, originaire du Nigeria voisin, a transformé des dizaines de villages en zones fantômes, où ne subsistent que cendres et silence. Plus de 50 localités ont été abandonnées, des milliers de personnes déplacées, et l’État camerounais, malgré ses promesses, semble regarder ailleurs.
Des villages rayés de la carte, une population en exil
Le mont Gossi, près de Tourou, à 35 km de Mokolo, fut l’une des premières cibles de Boko Haram en territoire camerounais. Depuis, le scénario se répète : attaques, destructions, exactions. Les terroristes ciblent tout : champs, marchés, écoles, centres de santé, postes de gendarmerie. Résultat ? Des villages vidés de leurs habitants, des terres abandonnées, et une économie locale en ruine.
En 2022, le bilan était déjà accablant : une dizaine de villages désertés, sept régulièrement attaqués, et deux occupés par les terroristes. Trois ans plus tard, la situation n’a fait qu’empirer. À Gossi, Toufou 1 et 2, Roum et Hitawa, les habitants ont fui en masse, laissant derrière eux des maisons brûlées et des souvenirs réduits en cendres.
Une nuit sans abri, un jour sans sécurité
Les habitants du Mayo-Tsanaga vivent dans une peur permanente. Dès la nuit tombée, les hommes quittent leurs foyers pour se réfugier dans les montagnes, partageant grottes et précarité avec la faune locale. Au petit matin, ils redescendent pour tenter de sauver ce qui peut l’être : leurs champs, leurs commerces, ou simplement leur dignité. Mais que valent deux soldats contre des terroristes lourdement armés ?
Lors d’une attaque récente à Ldamang et Ldubam, seulement deux militaires étaient présents pour protéger les villageois. Face à des assaillants équipés de fusils d’assaut, les habitants n’ont d’autre choix que de se défendre avec des machettes et des bâtons. Les comités de vigilance, souvent composés de civils, sont en première ligne, mais leur courage ne suffit pas à combler le vide laissé par l’État.
Des élites silencieuses, des promesses oubliées
Les élites locales, ces hauts cadres administratifs et politiques, se mobilisent rarement en dehors des périodes électorales. Leurs discours enflammés lors des meetings laissent place au silence quand Tourou brûle ou quand Koza pleure ses morts. Les visites ministérielles, les « rencontres fraternelles », les déclarations enflammées… tout cela reste sans lendemain. Les promesses s’envolent, mais les attaques, elles, persistent.
Les populations s’interrogent : « Sommes-nous des citoyens de seconde zone ? Pourquoi notre gouvernement nous abandonne-t-il ? » Leur colère est légitime. Dans un département où plus de 9 000 personnes ont été déplacées, l’absence de solutions durables aggrave une crise humanitaire déjà insoutenable.
Un exode qui s’étend, des vies brisées
L’exil des habitants du Mayo-Tsanaga dépasse les frontières du département. Des familles entières fuient vers des zones plus sûres, comme Kalfou, à 210 km de Mokolo. Elles abandonnent tout : leurs terres, leurs papiers d’identité, leurs enfants parfois. Dans la panique, des familles se séparent, des enfants se retrouvent seuls, sans école ni protection. Certains basculent dans le banditisme ou abandonnent leurs études. Les jeunes filles, privées d’avenir, voient leurs rêves s’effondrer.
L’agriculture s’effondre, les écoles ferment, et l’économie locale disparaît. Sans intervention urgente, le Mayo-Tsanaga risque de devenir un désert humain. Combien de villages devront encore être rayés de la carte avant que cette crise ne devienne une priorité nationale ? La question reste sans réponse, mais le temps presse.