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Massacres de civils au Mali : l’armée et les milices dozos dans le viseur

Publié le 17 novembre 202525 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Dans la région de Ségou, au centre du Mali, l’armée malienne et des milices alliées ont perpétré des attaques d’une extrême violence les 2 et 13 octobre 2025. Selon les témoignages recueillis, ces opérations ont causé la mort d’au moins 31 civils et réduit en cendres plusieurs habitations. Les villages ciblés, Kamona et Balle, se trouvent dans une zone sous l’influence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

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Des exécutions sommaires et des destructions méthodiques

Le 2 octobre, vers 10 heures du matin, des soldats maliens accompagnés de miliciens dozos ont investi Kamona. Ces derniers, reconnaissables à leurs vêtements traditionnels et leurs amulettes, ont rassemblé les hommes du village sous prétexte de collaboration avec le GSIM. Vingt-et-un hommes ont été exécutés sommairement, tandis que dix maisons et trois hangars étaient incendiés. Les habitants, prévenus par les combattants du GSIM, avaient tenté de fuir, mais ceux qui n’ont pu le faire ont été rattrapés et tués. Parmi les victimes figuraient des hommes âgés de 20 à 65 ans. Un survivant a témoigné : « Ceux qui n’ont pas pu fuir ont été rassemblés et exécutés. »

Les corps de 17 hommes ont été retrouvés sous un arbre, criblés de balles, et quatre autres gisaient au nord du village. Un berger de 40 ans, témoin malgré lui de la scène, a déclaré : « Les gens avaient été criblés de balles. L’un d’eux avait la tête complètement fracassée. J’ai également vu plusieurs douilles de balles à côté des corps. » Les villageois ont enterré les victimes dans deux fosses communes avant de fuir par crainte de nouveaux assauts.

Balle : une autre journée de terreur

Treize jours plus tard, le 13 octobre, les mêmes forces ont frappé le village de Balle, situé à 55 kilomètres de Kamona. Vers 13 heures, des soldats à bord de cinq pick-ups et des miliciens dozos à moto ont envahi le village. Les habitants ont été molestés : des hommes ont été frappés à coups de pied et de poing avant d’être abattus. Au total, dix civils ont péri, dont une femme de 55 ans, et au moins 100 têtes de bétail ont été volées. Un homme de 33 ans a retrouvé les corps disposés en ligne : « Ils étaient les uns à côté des autres, criblés de balles. Certains avaient les jambes et les bras cassés. »

La fille de la victime féminine a relaté les derniers instants de sa mère : « Elle s’est dirigée vers les soldats en les accusant de maltraitance. Ils l’ont alors emmenée là où les hommes avaient été rassemblés, et l’ont abattue. » Les assaillants ont ensuite quitté les lieux, laissant derrière eux un village en proie à la désolation.

Des accusations de collaboration infondées

Les habitants de Balle, sous le contrôle du GSIM depuis plusieurs années, ont expliqué payer la zakat chaque année et régler leurs litiges via les djihadistes. Ils ont souligné l’absence totale de présence militaire ou policière dans leur village. « L’armée ne fait pas de distinction entre eux et nous », a déclaré un villageois. « Par conséquent, elle présume que nous sommes des combattants du GSIM. » Cette logique a conduit à des massacres aveugles de civils innocents.

Un contexte de tensions accrues

Ces attaques surviennent alors que le GSIM assiège Bamako depuis début septembre, privant la capitale de carburant et forçant les autorités à suspendre les cours dans tous les établissements scolaires. Depuis 2012, le conflit au Mali a fait des milliers de morts parmi les civils et entraîné le déplacement de plus de 400 000 personnes. Les forces maliennes, souvent soutenues par des milices locales comme les dozos, sont régulièrement pointées du doigt pour des exactions commises lors d’opérations de contre-terrorisme.

Le droit international humanitaire interdit formellement les attaques contre les civils, les meurtres sommaires et les traitements cruels. Pourtant, ces violations se multiplient au Mali, où les responsabilités restent rarement établies. Bien que le pays se soit retiré de la Cour pénale internationale (CPI) en septembre 2025, il reste sous la juridiction du Statut de Rome jusqu’en 2026. Une enquête de la CPI sur les crimes de guerre présumés commis depuis 2012 est toujours en cours.

L’inaction de la communauté internationale critiquée

L’Union africaine (UA) est également pointée du doigt pour son inertie face à l’escalade de la violence. Malgré son mandat de promotion de la paix et de la sécurité, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA s’est contenté de déclarations d’inquiétude sans passer à l’action. « Le Conseil devrait faire de ce conflit une priorité absolue », a réclamé une source proche du dossier. Elle a ajouté : « Il est temps de renforcer les efforts diplomatiques et de coordonner les actions régionales et internationales pour garantir que les responsables répondent de leurs actes. »

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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