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Massacres au Mali : l’armée et les milices dozos dans le viseur après des tueries de civils

Publié le 17 novembre 202525 septembre 2026 ParZara Hassane

Des exactions ciblées dans la région de Ségou

Au moins 31 civils ont été tués et des habitations réduites en cendres lors de deux attaques distinctes menées par l’armée malienne et des milices alliées début octobre. Ces événements, survenus dans des villages situés dans le centre du Mali, ont soulevé de vives inquiétudes quant au respect des droits humains dans une zone déjà fragilisée par les conflits.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Kamona : 21 hommes exécutés et des maisons incendiées

Le 2 octobre, des soldats maliens accompagnés de miliciens dozos ont pris d’assaut le village de Kamona. Selon les témoignages recueillis, ces derniers ont systématiquement recherché et exécuté des hommes, accusés de collaborer avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda. Au moins 21 hommes ont été tués et une dizaine de maisons incendiées. Les villageois, prévenus par les combattants du GSIM, avaient tenté de fuir, mais ceux qui n’ont pas pu le faire ont été rassemblés puis abattus sommairement.

Les corps de 17 hommes ont été retrouvés sous un arbre, et quatre autres ont été découverts non loin de là. Les victimes, toutes des hommes âgés de 20 à 65 ans, présentaient des blessures par balle et certains des traumatismes graves. Les habitants ont également rapporté que les soldats avaient détruit des huttes et des hangars appartenant à des membres de l’ethnie peule.

Balle : 10 civils tués et du bétail volé

Le 13 octobre, une nouvelle opération a visé le village de Balle, à environ 55 kilomètres de Kamona. Des soldats à bord de pick-ups et des miliciens dozos à moto ont fait irruption dans la localité, provoquant la fuite de plusieurs habitants. Les assaillants ont tué 10 civils, dont une femme de 55 ans, et volé plus d’une centaine de vaches. Les corps, criblés de balles et parfois mutilés, ont été retrouvés entassés au centre du village.

Un survivant a raconté avoir vu sa mère, accusée d’avoir protesté contre les violences, être séparée des autres villageois avant d’être abattue. Les autorités maliennes ont justifié cette opération en affirmant avoir neutralisé une vingtaine de « terroristes », mais les habitants de Balle, sous contrôle du GSIM depuis des années, ont dénoncé une logique de culpabilité collective.

Des accusations graves et un appel à la justice

Les massacres d’octobre dans la région de Ségou s’ajoutent à une longue liste d’exactions attribuées à l’armée malienne et à ses alliés. Les autorités sont désormais sous pression pour mener des enquêtes indépendantes et traduire les responsables en justice. Les témoignages recueillis, corroborés par des rapports locaux, soulignent l’urgence d’agir pour mettre fin à ces violences.

Les victimes, pour la plupart des hommes en âge de combattre, ont été exécutées après avoir été accusées de liens avec les groupes armés. Les survivants, traumatisés, ont décrit des scènes de terreur et des méthodes brutales, allant des exécutions sommaires aux destructions de biens. Les miliciens dozos, reconnaissables à leurs tenues traditionnelles et leurs amulettes, ont joué un rôle actif dans ces opérations.

Un contexte sécuritaire toujours plus dégradé

Depuis 2012, le Mali est en proie à une insurrection islamiste qui a fait des milliers de morts et déplacé plus de 400 000 personnes. Les attaques du GSIM contre des infrastructures civiles, comme l’usine sucrière de Siribala en août, ont aggravé la situation sécuritaire. En réponse, l’armée et ses milices alliées multiplient les opérations de contre-insurrection, souvent au prix de violences contre les populations civiles.

Les Nations unies rappellent que toutes les parties au conflit doivent respecter le droit international humanitaire. Les crimes de guerre, incluant les meurtres de civils et les traitements cruels, peuvent être poursuivis devant la Cour pénale internationale, malgré le retrait du Mali de cette institution en septembre 2025. L’Union africaine est également interpellée pour renforcer ses actions en faveur de la justice et de la protection des populations.

Des questions en suspens

Les autorités maliennes n’ont pas encore réagi publiquement aux accusations portées contre leurs forces. Les familles des victimes attendent des explications et des mesures concrètes pour éviter de nouveaux drames. Dans un climat de méfiance généralisée, la crédibilité des opérations militaires est plus que jamais remise en cause.

Les survivants, quant à eux, vivent dans la peur de nouvelles représailles. Les villages de Kamona et de Balle, autrefois paisibles, sont désormais marqués par l’horreur. La communauté internationale est appelée à se mobiliser pour mettre un terme à cette spirale de violence et garantir la sécurité des civils dans le centre du Mali.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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