Maroc : le journaliste Ali Lmrabet victime d’une nouvelle arrestation arbitraire

Maroc : le journaliste Ali Lmrabet victime d’une nouvelle arrestation arbitraire

Le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été appréhendé dès son atterrissage à l’aéroport de Tanger, dimanche 12 juillet, avant d’être transféré à Casablanca pour y être placé en garde à vue. Les autorités marocaines justifient cette mesure par une enquête ouverte pour « diffusion présumée d’informations mensongères » visant des individus et des institutions. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une nouvelle fois cette atteinte à la liberté de la presse et exige la libération immédiate du professionnel des médias.

De retour au Maroc pour des démarches administratives personnelles, Ali Lmrabet a été intercepté à son arrivée à Tanger. Transféré vers Casablanca, il a été entendu par la Brigade nationale de la police judiciaire. Selon les éléments communiqués par le procureur du Roi, plusieurs mandats d’arrêt liés à des publications en ligne jugées diffamatoires à l’encontre de personnalités et d’institutions pèsent sur lui. Son placement en détention provisoire s’accompagne d’une accusation de « diffusion présumée de fausses informations portant atteinte aux institutions constitutionnelles ».

Une voix critique muselée par la justice

« L’incarcération d’Ali Lmrabet est un signal alarmant et confirme une fois de plus l’instrumentalisation de la justice pour étouffer les opinions dissidentes. Nous exigeons sa remise en liberté sans délai. Ce journaliste a consacré toute sa carrière à défendre le droit à l’information, un engagement que le Maroc a pourtant endorsed publiquement. Réprimer un professionnel des médias au nom de la loi, c’est en réalité pervertir la justice pour servir la répression politique. »

Figure majeure du journalisme indépendant au Maroc, Ali Lmrabet a fondé les hebdomadaires Demain Magazine et Doumane. Son parcours est marqué par des persécutions répétées : en 2003, il est condamné à quatre ans de prison ferme pour « outrage au roi » après avoir publié des articles critiques envers le pouvoir. Grâcié l’année suivante, il subit en 2005 une interdiction d’exercer au Maroc à la suite d’une nouvelle condamnation pour « diffamation ». Malgré ces entraves, il poursuit son combat depuis l’étranger, notamment depuis la France et l’Espagne, où il réside depuis plusieurs années.

Son travail, souvent centré sur des sujets politiques sensibles au Maroc – comme les enjeux sécuritaires – a trouvé écho dans des médias espagnols de référence tels que El Mundo ou El País. Reconnu internationalement, il figure en 2014 parmi les 100 héros de l’information selon RSF pour son engagement inébranlable en faveur de la liberté de la presse. Parallèlement, il diffuse régulièrement des analyses et reportages sur sa chaîne YouTube, abordant l’actualité politique sous un angle critique.

Malgré les tentatives des autorités marocaines de le poursuivre devant les tribunaux espagnols et français entre 2008 et aujourd’hui, ces démarches ont systématiquement été rejetées. Au cours des deux dernières décennies, le journaliste a effectué plusieurs voyages au Maroc pour des raisons familiales, sans jamais faire l’objet de mesures restrictives. C’est ce qu’a confirmé son épouse, Laura Feliu, auprès des observateurs.

Le Maroc recule dans le classement mondial de la liberté de la presse

Avec une 105e place sur 180 pays dans l’édition 2026 du classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, le Maroc voit sa position se dégrader dans un contexte où les restrictions contre les médias indépendants se multiplient. Cette nouvelle arrestation d’Ali Lmrabet illustre une tendance alarmante : l’utilisation systématique de l’appareil judiciaire pour museler les voix critiques, au mépris des engagements internationaux du pays en matière de droits humains et de liberté d’expression.