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Mali : quand le pragmatisme l’emporte sur les alliances, quelles conséquences pour les citoyens et l’économie ?

Publié le 18 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le Mali face à l’échec de la solution russe : une sécurité toujours hors de contrôle

Depuis le départ des forces françaises en 2022, Bamako avait placé tous ses espoirs sécuritaires dans la Russie. Wagner, puis l’Africa Corps, ont officiellement pris le relais. Pourtant, les chiffres sont implacables : en 2022 comme en 2023, les violences terroristes ont atteint des records. Les offensives jihadistes, les opérations antiterroristes musclées et les attaques contre les civils ont fait de ces années les plus meurtrières de l’histoire récente du Mali. Les promesses de Moscou de rétablir l’ordre se heurtent à une réalité brutale : le terrorisme prospère, et les Maliens paient le prix fort.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Les revers militaires russes qui forcent Bamako à revoir sa copie

En avril 2026, une offensive conjointe du JNIM et de groupes touaregs a infligé une défaite cuisante aux forces maliennes et à leurs alliés russes. Le ministre malien de la Défense, formé en Russie, a été tué lors d’un attentat. Pire encore, les groupes jihadistes ont repris le contrôle de Kidal, une ville stratégique du nord du pays qu’ils avaient perdue en 2023. Ces échecs répétés ont ébranlé la crédibilité de l’Africa Corps comme pilier de la sécurité nationale. Les analystes soulignent désormais l’incapacité de Moscou à endiguer la menace, alors que les attaques contre les civils se multiplient sous la bannière russe.

En 2025, les données compilées par ACLED révèlent une violence sans précédent : les forces maliennes et les paramilitaires russes auraient causé la mort de 918 civils, contre seulement 232 attribués aux groupes jihadistes. Ces chiffres, bien que partiels, illustrent l’ampleur du drame humain et remettent en question la légitimité d’une alliance devenue un fardeau.

Washington fait son retour par la petite porte… et avec des atouts majeurs

Si Bamako n’a pas officiellement tourné le dos à Moscou, les signaux en direction de Washington se multiplient. En février 2026, les États-Unis ont levé les sanctions contre plusieurs hauts responsables maliens, dont le ministre de la Défense, ouvrant la voie à un réchauffement diplomatique. Un mois plus tard, des discussions étaient en cours pour autoriser des vols de surveillance américains au-dessus du territoire malien, afin de traquer les déplacements des groupes jihadistes, notamment le JNIM affilié à Al-Qaïda.

Ce rapprochement n’est pas anodin. Pendant des années, les autorités maliennes avaient rejeté toute collaboration avec l’Occident, présentant la Russie comme l’unique alternative souveraine. Pourtant, l’échange de renseignements entre Washington et Bamako a déjà permis des opérations ciblées contre des figures du JNIM. Aujourd’hui, le Mali cherche désespérément des capacités que Moscou ne lui fournit pas : un renseignement aérien et satellitaire de pointe, des technologies de surveillance avancées et une expertise en contre-terrorisme.

Le pragmatisme malien : ne plus dépendre d’un seul partenaire

La stratégie actuelle de Bamako semble s’articuler autour d’un nouveau principe : ne plus miser sur un seul bailleur de fonds sécuritaire. Après avoir sacrifié les partenariats occidentaux au profit de la Russie, les autorités reconnaissent désormais que Moscou ne peut combler à lui seul les lacunes du Mali en matière de renseignement et de sécurité. Washington, de son côté, propose une alternative crédible, sans les lourdeurs bureaucratiques ni les controverses liées à l’interventionnisme occidental.

Économie et société : les répercussions concrètes de ce virage

Les conséquences de ce réalignement dépassent le cadre géopolitique. Pour les Maliens, cette réorientation s’accompagne de promesses et de risques. D’un côté, un accès potentiel à des aides humanitaires et économiques accrues, ainsi qu’à des investissements dans des secteurs clés comme l’or ou le lithium. De l’autre, une méfiance persistante envers l’Occident, alimentée par des années de tensions et de désillusions. Les communautés locales, déjà exsangues, pourraient percevoir ce rapprochement comme une trahison de la rhétorique souverainiste des dernières années.

Sur le plan économique, le Mali espère tirer profit de la rivalité entre Washington et Moscou pour négocier des accords plus avantageux. Mais la réalité est complexe : les investissements américains pourraient s’accompagner de conditions politiques, tandis que les projets russes, bien qu’aléatoires, restent ancrés dans des secteurs stratégiques comme l’énergie. Le défi pour Bamako sera de manœuvrer habilement entre ces deux puissances sans aliéner ni l’une ni l’autre.

Un jeu d’équilibriste qui ne convainc pas encore

Malgré les avancées avec Washington, la Russie conserve une influence majeure au Mali. Les projets miniers, les contrats énergétiques et les alliances politiques sont autant de leviers que Moscou n’est pas près de lâcher. Pourtant, les échecs militaires répétés et l’absence de résultats tangibles en matière de sécurité commencent à faire douter. Les Maliens, eux, attendent des actes concrets : la fin des attaques jihadistes, la sécurisation des axes routiers et le retour de la confiance dans les institutions.

En mars 2026, Bamako a libéré 200 détenus présumés liés aux jihadistes, dans une tentative désespérée de négocier une trêve temporaire. Une initiative qui en dit long sur l’urgence de la situation. Pourtant, le JNIM continue de menacer les convois de carburant et de miner le pays, rappelant que le Mali reste sous pression.

L’avenir en suspens : entre espoir et désillusion

Le Mali se trouve donc à un carrefour. D’un côté, la tentation de renouer avec l’Occident pour obtenir des moyens concrets de lutte antiterroriste. De l’autre, le risque de s’aliéner la Russie, dont les intérêts économiques et politiques sont colossaux. L’équation est redoutable : comment diversifier ses alliances sans perdre le soutien de l’un ou de l’autre ?

Une chose est sûre : le monopole russe sur la sécurité malienne est bel et bien mis à l’épreuve. Mais pour les Maliens, le vrai test ne sera pas diplomatique. Ce sera celui de la paix retrouvée, de la sécurité quotidienne et de la prospérité économique. Jusqu’ici, les promesses n’ont pas suffi. Il reste à voir si ce nouveau chapitre apportera des réponses.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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