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Mali : le Jnim intensifie son blocus économique autour de Bamako

Publié le 12 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Au Mali, l’étau se resserre autour de Bamako. Le Jnim, groupe jihadiste affilié à al-Qaïda, a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de pression en incendiant une dizaine d’autocars sur l’axe Ségou-Bamako, artère vitale reliant la capitale aux régions orientales. Parallèlement, des installations électriques liées au barrage de Manantali, dans la région de Kayes, ont été délibérément détruites. Malgré les opérations militaires menées par l’armée malienne, l’asphyxie économique du pays s’aggrave, sans que les forces de défense ne parviennent à inverser la tendance.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Manantali, un barrage sous le feu des jihadistes

L’attaque contre Manantali n’est pas un simple incident. Géré conjointement par le Mali, la Mauritanie et le Sénégal au sein de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), ce barrage représente un pilier du réseau électrique malien. En sabotant ses lignes de transmission, le Jnim ne se contente plus de cibler les forces armées : il frappe au cœur de l’économie urbaine, où les coupures prolongées paralysent administrations, commerces et industries.

Cette offensive s’inscrit dans une logique méthodique, amorcée depuis plusieurs semaines. Les convois de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire subissent des attaques répétées, transformant la pénurie d’hydrocarbures en arme politique. L’objectif ? Fragiliser la légitimité des autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, en exploitant le mécontentement croissant de la population. Bamako, autrefois relativement épargnée, devient désormais le théâtre d’une guerre d’usure sans précédent.

L’armée malienne entre riposte et précarité logistique

Face à cette pression multiforme, l’état-major malien affirme poursuivre des opérations terrestres et aériennes sur plusieurs fronts. Des escortes militaires ont permis, ces derniers jours, l’arrivée à Bamako de centaines de camions-citernes, apportant un soulagement temporaire aux stations-service en tension. Pourtant, cette amélioration reste fragile : chaque convoi exige des ressources colossales, et la sécurisation durable des axes routiers semble hors de portée à court terme.

Les Forces armées maliennes (FAMa) se retrouvent prises en étau. À l’ouest et au centre, le Jnim multiplie les embuscades et les sabotages d’infrastructures. Plus au nord, dans la région de Kidal, la situation se maintient dans un équilibre précaire, tandis que de nouveaux affrontements avec les groupes rebelles du Cadre stratégique permanent paraissent inévitables. Le pouvoir de Bamako doit ainsi gérer deux fronts distincts, avec des moyens humains et matériels en constante diminution.

Un blocus aux répercussions régionales

Le blocus imposé au Mali ne se limite plus aux frontières nationales. Les économies voisines, notamment celles du Sénégal, de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire, ressentent les effets de la dégradation des corridors commerciaux ouest-africains. Le ralentissement des échanges impacte directement les ports de Dakar et d’Abidjan, dont une part importante du trafic transite vers l’hinterland sahélien. La Confédération des États du Sahel, regroupant Mali, Burkina Faso et Niger, peine pour l’heure à coordonner une riposte efficace face à cette guerre économique menée par les groupes armés.

L’attaque contre Manantali soulève également des enjeux transfrontaliers. Toute aggravation des dommages pourrait compromettre l’approvisionnement électrique du Sénégal et de la Mauritanie, faisant de ce conflit un dossier bien plus large que le seul cadre malien. Les partenaires internationaux, qu’ils soient bailleurs de fonds ou fournisseurs militaires, devront arbitrer entre le soutien à la souveraineté malienne et la protection des infrastructures critiques partagées.

Sur le terrain, le décalage entre les annonces triomphales de l’armée et la réalité d’une capitale exsangue illustre l’ampleur de la crise. Le Jnim ne cherche plus seulement à contrôler des territoires : il vise à étouffer un État dans son ensemble. Les prochains jours pourraient voir de nouveaux affrontements, notamment autour de Kidal, où la tension reste à son comble.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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