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Mali : comment la guerre structure l’État et ses institutions

Publié le 21 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Mali : comment la guerre structure l’État et ses institutions

Depuis le départ des forces françaises et la remise en cause des partenariats sécuritaires traditionnels, Bamako revendique haut et fort une souveraineté retrouvée. Les autorités maliennes présentent cette transition comme une victoire historique, celle d’un pays ayant repris le contrôle de son destin après des années de tutelle étrangère. Pourtant, cette rhétorique officielle masque une réalité bien plus complexe : loin de mettre fin à la dépendance sécuritaire, elle en a simplement déplacé les leviers.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

l’armée au cœur du pouvoir : une militarisation durable de l’État malien

Le coup d’État de 2022 a marqué un tournant. Depuis, les militaires occupent tous les postes clés, transformant la gestion des affaires publiques en une affaire purement sécuritaire. La guerre n’est plus seulement un défi à relever : elle est devenue l’épine dorsale du fonctionnement politique. Les budgets alloués à la défense explosent, les appareils militaires gagnent en influence institutionnelle, et la menace djihadiste sert de justificatif permanent pour reporter les réformes démocratiques.

Cette militarisation croissante ne se limite pas aux institutions. Elle s’étend à l’économie politique du pays, où les circuits de financement liés au conflit occupent une place centrale. L’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, incarne cette nouvelle dynamique : une souveraineté affichée, mais une dépendance persistante aux acteurs locaux et internationaux capables de garantir la survie du régime.

des partenariats stratégiques aux nouvelles dépendances

Le vide laissé par le départ des forces occidentales a été comblé par de nouveaux acteurs. L’Africa Corps, un groupe de mercenaires, joue désormais un rôle clé dans la lutte contre les groupes armés. Plus récemment, la Russie est devenue un partenaire incontournable, offrant un soutien militaire sans les contraintes politiques des anciennes puissances coloniales. Cette alliance nourrit à la fois des espoirs de stabilisation et des craintes d’une nouvelle forme d’ingérence.

Pourtant, cette recomposition ne résout en rien les défis structurels du Mali. Les groupes djihadistes restent actifs dans plusieurs régions, les capacités logistiques de l’État restent limitées, et les populations subissent toujours les conséquences d’un conflit sans fin. Bamako se retrouve ainsi encerclé, non seulement par les groupes armés, mais aussi par les limites de sa propre stratégie.

la guerre comme ressource de gouvernement

La persistance de l’insécurité permet au pouvoir de justifier la concentration des pouvoirs, le report des élections et le contrôle accru des institutions. La guerre devient une infrastructure permanente de l’État, où la paix représenterait presque un risque politique. Une stabilisation réelle obligerait en effet à aborder des questions reportées depuis des années : corruption, gouvernance locale, place des civils dans le pouvoir, et reconstruction institutionnelle.

Le défi pour Bamako n’est donc plus seulement militaire. Il est politique et structurel. Tant que la souveraineté sera réduite à une capacité militaire, le Mali risque de remplacer une dépendance extérieure par une autre : celle d’un État organisé autour de la guerre, mais aussi sous l’influence de mercenaires et de puissances étrangères.

l’AES : une alliance fragile entre souveraineté et vulnérabilités

L’Alliance des États du Sahel incarne cette quête d’autonomie stratégique. Pourtant, elle repose sur des économies fragilisées, des tensions sociales fortes et un environnement régional instable. Les régimes sahéliens cherchent à construire une souveraineté sécuritaire, mais leur marge de manœuvre reste étroite face aux réalités économiques et sociales.

Le paradoxe est saisissant : la rupture avec les anciennes puissances coloniales peut procurer un gain symbolique de souveraineté. Mais tant que les structures de l’État continueront d’être organisées autour de l’urgence militaire, cette souveraineté restera limitée. La guerre, loin d’être résolue, devient le principal mode de fonctionnement du pouvoir.

Dans ce contexte, la question centrale n’est plus seulement celle de la présence étrangère. Elle est celle de la capacité du Mali à se reconstruire sans tomber dans le piège d’une économie de guerre permanente, où la paix serait perçue comme une menace plutôt qu’une solution.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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