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Mali : Bruno Fuchs propose des négociations avec le JNIM pour stabiliser le pays

Publié le 23 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La stratégie française face à la crise complexe que traverse le Mali se précise, notamment à travers les déclarations de Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Accompagnant régulièrement le président Emmanuel Macron, le député centriste a partagé une perspective audacieuse concernant l’avenir du pays et les potentielles négociations avec le JNIM.

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Au-delà des affirmations optimistes sur le renouveau de l’influence française en Afrique – conditionné à la suppression des « irritants » comme le franc CFA ou les visas – l’analyse de Fuchs révèle une contradiction profonde. Il y a un désir d’abandonner les vestiges de la « Françafrique », tout en manifestant une volonté persistante de reconquérir l’influence perdue face à la Russie sur le continent.

Le point le plus frappant concerne le Mali. Fuchs, faisant écho à certains stratèges militaires et politiques français, anticipe un scénario précis : « Les Russes sont en train de négocier leur départ du Mali et la junte au pouvoir à Bamako va tomber dans quelques semaines ou quelques mois. »

Interrogé sur une éventuelle satisfaction française face à un échec militaire russe dans le nord du Mali, Fuchs a habilement évité une réponse directe, paraphrasant le Président Macron : « D’avoir sorti le partenaire français, c’est contre-productif. » Le message est clair : la décision de la junte malienne de se séparer de la France est perçue comme une erreur stratégique. Le parlementaire a ensuite réaffirmé son pronostic : « La junte malienne, je pense, a quelques jours à vivre ou quelques semaines à vivre. Aujourd’hui, elle est en position de faiblesse par rapport au FLA et au JNIM. Et donc le régime au Mali va changer dans quelques semaines, quelques mois, c’est inéluctable. »

Le député s’est ensuite aventuré sur des propositions délicates. Il estime que les Maliens se retrouvent face à un choix crucial : entre les djihadistes intégristes (un concept qu’il nuance, suggérant qu’ils ne le sont pas « pour tous ») et les rebelles du FLA d’un côté, et de l’autre, un retour à la vie démocratique et aux libertés publiques d’avant la crise. Il insiste sur un « changement » imminent, ignorant la décennie et demie de conflit déjà vécue par les populations maliennes.

Comment intégrer le JNIM dans la vie politique du Mali ?

Avec une assurance notable, Bruno Fuchs a esquissé deux scénarios pour l’avenir politique du Mali. Le premier implique que Bamako accepte de négocier. « Si la junte et le président Assimi Goïta sont raisonnables, ils ouvrent les négociations. Il y aurait une période de transition de trois à six mois avec l’un des militaires de la Transition – je ne vais pas donner de noms, mais qui ne serait pas Assimi Goïta –, qui va jusqu’aux élections avec une période électorale dans trois ou six mois. » Au-delà du calendrier qui semble irréaliste, une telle transition, potentiellement sous la pression du JNIM, soulèverait une question fondamentale : « la question se pose : dans la gouvernance, dans le travail commun, comment intégrer le JNIM ? » Cette proposition est d’autant plus audacieuse que le JNIM est affilié à Al-Qaida et que son chef, Iyad Ag Ghali, fut longtemps une cible prioritaire pour les forces françaises au Sahel.

Sur le JNIM, Bruno Fuchs affirme détenir des informations privilégiées, suggérant que le groupe serait prêt à déposer les armes et à cesser la lutte armée, à condition de participer à la vie politique du pays, sans pour autant en prendre le contrôle. Cette affirmation soulève un dilemme majeur pour les acteurs européens et français : « la question qui va se poser pour nous, Européens ou Français, que fait-on ? Supporte-t-on cette transition dans laquelle le JNIM a un rôle politique ou on ne la supporte pas ? Je n’ai pas la réponse, mais c’est un vrai problème de conscience et un vrai problème politique. » Une interrogation qui concerne avant tout les Maliens.

Le scénario du pire : un Afghanistan au Sahel

  • Un deuxième scénario, qualifié de « pire », est également envisagé par Bruno Fuchs. Il s’agit d’une situation où la junte malienne refuserait toute négociation et se retrouverait affaiblie. Avec le départ des Russes, qui « négocient leur départ, contrairement à ce qu’ils disent », la junte finirait par tomber. Un tel dénouement, sans négociation, serait « certainement pire que s’il y avait eu une négociation », sans préciser si ce serait pire pour le Mali, la région ou la France.

Revenant au premier scénario, le député a détaillé les potentielles issues des négociations espérées. Il évoque un « schéma à la mauritanienne », c’est-à-dire un régime religieux, ou un « schéma nigérian », avec un État fédéral au Mali où certains États appliqueraient la charia et d’autres non. Ce dernier, un État fédéral garantissant la représentativité et le rôle de chaque communauté, semble avoir la préférence de Fuchs. Cependant, la mise en œuvre d’un tel modèle, dans un pays où les communautés partagent le même espace, reste floue.

Le « schéma ultime » est celui de l’Afghanistan. Bruno Fuchs exprime son souhait de ne pas voir un « Afghanistan en plein cœur du Sahel », craignant des conséquences désastreuses sur toute la zone, y compris les pays voisins comme la Guinée, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Une perspective qu’il juge « compliquée ».

Les Russes seraient prêts à se retirer du Mali

Face à ces révélations, la question de la véracité du départ russe a été soulevée. Bruno Fuchs a affirmé sans hésitation : « Ils négocient. Ils ont replié leurs positions. Il y a des négociations actuellement. » L’issue de ces discussions dépendrait du JNIM et de la junte. Il est convaincu que les Russes « seraient prêts à rentrer », à condition d’obtenir des garanties sur les actifs qu’ils exploitent au Mali, notamment les mines d’or, dont la légitimité d’exploitation est jugée « assez discutable » par le député.

Bien que Bruno Fuchs prône la fin de la « Françafrique », ce « comportement qui date de la colonisation » et cette manière d’imposer « nos vérités et nos vues », il n’en demeure pas moins qu’il a une opinion tranchée sur la légitimité d’exploitation des ressources maliennes. Le sous-entendu est clair : la France, ou plus largement l’Europe, serait plus légitime que la Russie. Il justifie cette position en arguant que la France « est fiable dans ses engagements », contrairement aux Américains et aux Russes qui « sont en train de quitter le Mali parce que cela ne se passe pas bien pour eux. » Il cite l’exemple de la Centrafrique, où les relations avec le président Faustin Archange Touadéra ont été normalisées malgré la présence russe, affirmant qu’il faut « apprendre à travailler avec tout le monde. » Une ouverture qui semble toutefois exclure les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel, jugés indésirables.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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