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Les 8 000 entreprises au Togo : un boom économique ou un leurre financier ?

Publié le 8 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Lomé devient le théâtre d’une frénésie administrative sans précédent : plus de 8 000 entreprises enregistrées en seulement six mois. Les autorités togolaises brandissent ce chiffre comme la preuve d’un redressement économique spectaculaire, attribuant ce bond en avant à la digitalisation des démarches et aux réformes du Centre de formalités des entreprises (CFE). Pourtant, derrière cette performance statistique se cache une pratique bien plus inquiétante : l’émergence massive de sociétés écrans.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Des sociétés écrans, ces coquilles vides qui masquent des flux troubles

Ouvrir une SARL en quelques clics contre quelques milliers de francs CFA, sans salarié ni local, relève moins d’une réussite entrepreneuriale que d’une stratégie de dissimulation. Ces structures, dépourvues de substance économique réelle, ne génèrent ni emplois ni innovations. Elles sont conçues pour servir de paravents juridiques, permettant à leurs véritables propriétaires — souvent des personnalités politiques ou des hommes d’affaires influents — d’occulter l’origine de leurs fonds ou de fragmenter des transactions suspectes.

La rapidité avec laquelle ces entreprises sont immatriculées interroge. Dans un pays où la transparence des affaires reste un sujet sensible, cette prolifération instantanée ressemble étrangement à une fabrique industrielle de coquilles vides, prêtes à être mobilisées pour des usages moins avouables.

La Banque mondiale et ses 200 millions de dollars : une cible en or pour les détournements

L’enjeu prend une dimension encore plus critique lorsque l’on superpose ce boom des immatriculations avec l’octroi récent d’un financement de 200 millions de dollars par le Groupe de la Banque mondiale. Destiné au Programme d’amélioration des services logistiques et de transport dans le Grand Lomé, ce fonds international représente une manne colossale, difficile à détourner sans se faire repérer.

Or, les sociétés écrans offrent une solution quasi parfaite pour absorber discrètement cette enveloppe. Voici comment ce système pourrait fonctionner :

  • Le fractionnement des contrats : Les vastes chantiers logistiques prévus par le programme pourraient être divisés en centaines de micro-contrats — études bidon, livraisons de matériaux fictifs, prestations de services inexistantes — attribués à des entités légales en apparence légitimes.
  • L’opacité juridique : En s’appuyant sur un réseau de sociétés écrans gérées par des prête-noms ou des cabinets d’avocats complaisants, les véritables bénéficiaires des fonds disparaissent des radars des contrôleurs internationaux.
  • L’éparpillement des flux : En morcelant les retraits sur des centaines de comptes bancaires, les 200 millions de dollars pourraient être siphonnés sans déclencher les alertes des cellules de renseignement financier.

Un mirage économique aux conséquences lourdes

Célébrer la création de 8 000 entreprises comme un indicateur de prospérité revient à confondre quantité et qualité. Si ces structures ne sont que des outils juridiques destinés à infiltrer la commande publique et à capter les fonds internationaux, le Togo ne renforce pas son économie : il perfectionne son système de blanchiment et de détournement.

Pendant que les communiqués officiels mettent en avant un « climat des affaires dynamique », les 200 millions de dollars de la Banque mondiale risquent de se dissoudre dans ce réseau opaque de sociétés écrans. Les infrastructures promises pourraient attendre longtemps ; en revanche, l’industrie de la facturation fictive tourne déjà à plein régime.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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