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L’empreinte militaire chinoise se consolide au Gabon

Publié le 31 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Un nouveau chapitre s’ouvre dans la collaboration militaire entre la Chine et le Gabon avec l’arrivée d’un attaché de défense chinois à Libreville. Cette nomination intervient dans un contexte de projets d’infrastructures stratégiques majeurs. L’idée d’une base navale à Port-Gentil, la construction de casernes et des programmes de formation pour les officiers gabonais esquissent les contours d’un partenariat dont l’étendue exacte reste souvent discrète. Bien que plusieurs de ces initiatives soient encore à l’étude, l’influence de Pékin au sein de l’appareil de défense gabonais s’affirme et croît d’année en année.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Une présence militaire chinoise ancrée dans le temps

Au-delà de la récente nomination du nouvel attaché militaire de la République populaire de Chine à Libreville, se dessine une relation bilatérale de défense établie de longue date. Les échanges entre les forces armées des deux nations ne sont pas nouveaux : livraisons d’équipements, formations d’officiers gabonais en Chine, visites mutuelles et coopération technique ont jalonné une trajectoire continue, bien que discrète. Le renouvellement de ce poste d’attaché de défense s’inscrit ainsi dans une dynamique existante, plutôt qu’il ne l’initie.

La diplomatie militaire est devenue une pierre angulaire de la politique africaine de Pékin, complétant ses vastes investissements dans les secteurs minier, des infrastructures et des télécommunications. Le Gabon, riche en ressources naturelles et stratégiquement positionné sur le golfe de Guinée, s’intègre parfaitement dans cette logique. La coopération sécuritaire y apparaît comme le prolongement naturel d’intérêts économiques déjà solidement ancrés, notamment autour du manganèse, du bois et des hydrocarbures.

Port-Gentil, casernes et formation : les projets clés

Au cœur des attentions, se trouve la perspective d’une potentielle base navale à Port-Gentil, la capitale économique et pétrolière du pays, ouverte sur l’océan Atlantique. Une telle installation, si elle devait se concrétiser, offrirait à la marine chinoise un point d’appui stratégique rare dans le golfe de Guinée, une zone maritime connue pour ses défis liés à la piraterie, aux trafics illicites et à la sécurisation des routes énergétiques. Pour l’heure, cette hypothèse demeure au stade de projet, sans calendrier officiel ni confirmation opérationnelle.

À cette perspective s’ajoutent des discussions concernant la construction de casernes et de centres de formation destinés aux forces armées gabonaises. La collaboration intègre également un volet de lutte contre la piraterie, un domaine dans lequel Pékin souhaite affirmer un rôle constructif, en accord avec la protection de ses navires marchands et de ses ressortissants dans la région. Des échanges réguliers entre les marines des deux pays complètent ce dispositif, incluant escales, exercices conjoints et transferts de savoir-faire.

Un partenariat scruté par la France et les alliés occidentaux

L’accroissement de l’influence chinoise dans le secteur de la sécurité gabonaise ne peut être dissocié du repositionnement stratégique en cours en Afrique centrale. Depuis la transition politique d’août 2023, Libreville s’efforce de diversifier ses partenariats et d’affirmer une volonté d’autonomie décisionnelle, y compris dans le domaine de la défense. Cette évolution n’exclut pas Paris, historiquement présent via une base militaire réorganisée, mais elle crée un espace où d’autres acteurs, qu’ils soient chinois, turcs ou russes, peuvent désormais s’impliquer.

Une éventuelle facilité navale chinoise sur la façade atlantique gabonaise serait observée bien au-delà de la sous-région. Elle s’inscrirait dans la continuité de la logique initiée à Djibouti, où Pékin dispose depuis 2017 de sa première base militaire à l’étranger, et confirmerait la stratégie dite du « collier de perles » étendue au continent africain. Les capitales occidentales, avec les États-Unis en tête, considèrent avec une certaine inquiétude toute installation permanente de l’Armée populaire de libération sur la côte ouest-africaine, notamment en raison de ses implications sur la surveillance des flux énergétiques et la projection navale.

Souveraineté, transparence et décisions futures

Pour les autorités gabonaises, l’équation est complexe. La coopération avec Pékin apporte des équipements, des financements et des formations précieux pour la modernisation d’une armée souvent sous-dotée. Cependant, elle soulève des questions essentielles sur la transparence des accords, le degré d’autonomie stratégique préservé et les conditions d’accès accordées à une puissance étrangère sur des sites sensibles. La liste précise des projets en cours, leur financement et leur calendrier n’ont pas été détaillés publiquement.

Malgré tout, la trajectoire est enclenchée. La nomination du nouvel attaché de défense chinois, combinée à la multiplication des dossiers en discussion, indique que la coopération militaire sino-gabonaise entre dans une phase plus visible. Les mois à venir détermineront si les projets de Port-Gentil, de casernes et de centres de formation passeront du domaine des intentions à celui des réalisations concrètes.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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