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Le Village de Bamboula : un scandale colonial ravivé par le Capitaine Ibrahim Traoré

Publié le 18 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Certaines pages de l’Histoire traversent les décennies sans perdre leur force. Non pas parce qu’elles appartiennent au passé, mais parce qu’elles continuent d’interroger la conscience collective.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Loin des expositions coloniales du XIXème siècle, cette histoire se déroule en 1994, en France. À Port-Saint-Père, près de Nantes, un parc animalier ouvre un espace présenté comme un «village africain ». Derrière le décor construit autour de cases traditionnelles et le discours officiel d’une rencontre culturelle, se cache une réalité beaucoup plus sombre.

Vingt-cinq ressortissants notamment ivoiriens, hommes, femmes et enfants, quittent leur pays avec l’idée de participer à une expérience culturelle. Ils pensent partager leurs traditions et contribuer à faire connaître leur patrimoine.

Mais une fois sur place, la réalité prend une autre tournure. Selon les récits rapportés à l’époque, leurs documents de voyage leur sont confisqués et leurs conditions de vie deviennent progressivement incompatibles avec l’image d’un simple échange culturel.

Pendant plusieurs mois, ils vivent sous le regard des visiteurs venus observer leur quotidien dans un décor présenté comme représentatif de l’Afrique. Leur existence devient un spectacle organisé autour de représentations stéréotypées.

Des enfants grandissent éloignés du cadre scolaire normal, tandis que les adultes doivent répondre aux attentes d’un public venu découvrir une vision folklorisée de l’Afrique. Ce qui marque profondément dans cette affaire, c’est moins seulement l’existence du Village de Bamboula que la période à laquelle elle survient.

Lire également À Depuis la Région de Yaadga, le cri de ralliement du Capitaine Ibrahim Traoré pour une souveraineté intégrale

Nous ne sommes plus à l’époque de la traite négrière ni des grandes expositions coloniales. L’événement intervient après l’abolition de l’esclavage en France, après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et plusieurs décennies après les indépendances africaines.

Pourtant, en 1994, des personnes pouvaient encore être présentées comme une attraction publique. Face aux critiques, des associations, des intellectuels et des défenseurs des droits humains dénoncent les pratiques du parc. La polémique grandit jusqu’à conduire à la fermeture du Village de Bamboula. Mais la fermeture d’un site ne suffit pas à effacer les traces laissées dans les mémoires.

Un rappel sur la force de la mémoire

En évoquant cet épisode à Ouahigouya, le camarade capitaine Ibrahim Traoré ne s’est pas limité à rappeler un fait historique. Son intervention s’inscrit dans une réflexion plus large sur la mémoire, la dignité et la nécessité pour les peuples africains de connaître leur propre histoire.

Le Village de Bamboula apparaît ainsi comme un symbole des rapports de domination et des représentations déshumanisantes qui ont marqué certaines périodes des relations entre l’Afrique et l’Europe.

Se souvenir de cette histoire ne signifie pas cultiver la rancœur, mais comprendre les mécanismes qui ont permis de telles pratiques afin d’éviter leur répétition. Car le Village de Bamboula n’est pas seulement l’histoire d’un parc disparu. Il est le rappel qu’aucune société n’est définitivement protégée contre les atteintes à la dignité humaine.

La mémoire, lorsqu’elle est assumée, devient alors un outil de vigilance : elle permet aux générations présentes et futures de défendre une valeur essentielle, celle du respect de chaque être humain.

Aurelle KIENDREBEOGO
Burkina 24

Par Zara Hassane — Grand reporter

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