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Le trésor camerounais mobilise 800 milliards FCFA sur le marché local

Publié le 31 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Au cours du premier semestre 2026, le Trésor public camerounais a réussi à lever un montant record de 800,7 milliards de francs CFA sur le marché intérieur, soit environ 1,4 milliard de dollars. Cette performance, révélée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA) dans sa dernière publication mensuelle sur la dette publique, marque un tournant dans la stratégie de financement domestique de Yaoundé. Le chiffre, bien que conséquent à l’échelle de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), indique un infléchissement notable des émissions souveraines.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un ralentissement des émissions sur le marché local

Comparé aux 1 525,9 milliards de FCFA mobilisés sur l’ensemble de l’année 2025, le volume levé en seulement six mois suggère un net ralentissement du recours au marché intérieur. Si cette tendance se confirme, l’État camerounais pourrait clôturer l’exercice 2026 autour de 1 600 milliards de FCFA, un niveau similaire à celui de 2025 mais bien en deçà des prévisions initiales. Les adjudications de titres publics, qu’il s’agisse de bons ou d’obligations du Trésor assimilables, semblent avoir été revues à la baisse, ou rencontrent une demande plus sélective de la part des investisseurs régionaux.

Plusieurs éléments expliquent ce recul. La liquidité bancaire en zone CEMAC, souvent dépendante des recettes pétrolières et des réserves de change gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), reste vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole. Par ailleurs, la concurrence accrue entre États de la sous-région, comme le Gabon, le Tchad ou la République du Congo, exerce une pression supplémentaire sur les capacités d’absorption des banques primaires, principaux souscripteurs des titres souverains.

Une gestion de la dette sous contraintes régionales

Le repli des montants levés s’inscrit dans un contexte où les autorités camerounaises cherchent à maîtriser le coût du service de la dette intérieure. Les taux appliqués aux dernières émissions de la CEMAC montrent une tendance à la hausse, reflétant à la fois la politique monétaire restrictive de la BEAC et la prime de risque exigée par les investisseurs. Pour le Trésor, ajuster le volume levé et le coût pondéré devient un exercice complexe, d’autant que la maturité moyenne des titres émis influence directement le profil de refinancement des années à venir.

La CAA, dans ses analyses mensuelles, met systématiquement en balance les besoins de trésorerie liés à l’exécution budgétaire, les échéances de dette et les ressources effectivement mobilisées. En tant que première économie de la CEMAC, le Cameroun joue un rôle d’émetteur de référence sur le marché des titres publics. Ce statut implique une responsabilité accrue : un ralentissement maîtrisé peut être perçu comme une gestion prudente, tandis qu’un recul involontaire pourrait alimenter les craintes quant à la soutenabilité des finances publiques.

Quelles évolutions pour la suite de l’année ?

Le calendrier des adjudications du second semestre sera déterminant pour évaluer la trajectoire d’endettement intérieur. Les prochaines opérations devront intégrer les échéances de remboursement à honorer et les impératifs de financement des programmes d’investissement public, notamment dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie. Le ministère des Finances, dirigé par Louis Paul Motaze, a régulièrement combiné appels au marché local et recours aux financements extérieurs, incluant des partenariats avec des institutions comme le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale.

Reste que la question de la profondeur du marché sous-régional reste entière. La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) peine à attirer des flux comparables à ceux des places financières ouest-africaines, comme la BRVM. Dans ce cadre, la capacité du Trésor camerounais à diversifier sa base d’investisseurs, en ciblant notamment des fonds panafricains ou des institutionnels non bancaires, sera un facteur clé pour la réussite des prochaines levées. Les six prochains mois s’annoncent donc décisifs pour la stratégie de financement domestique de Yaoundé.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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