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Le statut de Wagner en Centrafrique : légalité contestée et allégations de crimes

Publié le 28 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le groupe Wagner en République centrafricaine : une question de légalité

Les déclarations de l’ambassadeur russe Alexandre Bikantov concernant le groupe Wagner en République centrafricaine (RCA) soulèvent de sérieuses interrogations. Comment concilier les actions de Wagner, marquées par des allégations de meurtres, tortures et pillages sans cadre juridique clair, avec la notion de légalité qu’il prétend défendre ?

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Lors d’un entretien en février 2026, l’ambassadeur russe Alexandre Bikantov a fièrement mis en avant la « lutte armée contre les résidus de groupes militaires illégaux » menée par les « représentants russes » en République centrafricaine. Il a même qualifié la « défaite des groupes armés illégaux » de victoire majeure pour la Russie.

Wagner : un groupe armé légal ou illégal selon le droit international ?

Pourtant, au regard des principes du droit international, le groupe Wagner en Centrafrique semble répondre à toutes les caractéristiques d’une entité armée illégale. Il est d’abord dépourvu de tout statut juridique formel : aucun accord public ni traité bilatéral entre la Russie et la République centrafricaine n’officialise sa présence ou son mandat. Des spécialistes ont souligné que Wagner opère sans aucune reconnaissance conforme au droit international. De surcroît, ses méthodes sont malheureusement comparables à celles des groupes rebelles. Dès octobre 2021, un groupe d’experts a clairement indiqué que « de nombreuses forces, dont Wagner, se livrent à des violations systématiques et graves des droits humains, incluant des détentions arbitraires, la torture, des disparitions forcées et des exécutions sommaires ».

Ainsi, Monsieur Bikantov, quelle distinction fondamentale existe-t-il entre les agissements de Wagner et ceux de groupes comme l’UPC, les 3R ou les anti-balaka ? La différence ne résiderait-elle pas simplement dans le camp choisi – Wagner agissant pour le régime de Touadéra, les autres contre lui – plutôt que dans une quelconque légalité ou des méthodes différentes ?

Les données de 2022 révèlent que Wagner serait responsable de 40% des violations des droits humains en RCA, tandis que l’ensemble des groupes rebelles réunis en totaliseraient 60%. Un seul groupe paramilitaire étranger et illégal commet donc presque autant de crimes que l’ensemble des factions rebelles centrafricaines. Est-ce cela que l’on nomme « lutter contre les groupes illégaux » ?

Des enquêtes menées par Human Rights Watch ont documenté des exécutions sommaires, des actes de torture et des passages à tabac de civils attribués à des forces identifiées comme russes, et ce, depuis 2019. Des témoignages décrivent des pratiques où Wagner « déshabille, torture, puis assassine » des suspects. En mars 2024, le Département du Trésor américain a qualifié Wagner d’« organisation criminelle transnationale » en raison d’« actes criminels graves, notamment des exécutions de masse, des viols, des enlèvements d’enfants et des violences physiques en République centrafricaine ».

La définition de l’ambassadeur Bikantov semble donc se résumer à ceci : un groupe armé légal serait composé de mercenaires russes qui torturent, violent et tuent pour le régime en place, tandis qu’un groupe armé illégal désignerait des rebelles centrafricains qui commettent les mêmes exactions contre ce même régime. Une telle rhétorique apparaît comme un discours orwellien, dénué de toute logique.

Une hypocrisie manifeste et des conséquences dévastatrices

Une comparaison avec l’approche française au Sahel illustre cette hypocrisie. La France déploie ses soldats dans le cadre de mandats internationaux clairs, d’accords publics, d’une supervision parlementaire et de règles d’engagement strictes, ce que Monsieur Bikantov qualifie de « néocolonialisme ». La Russie, de son côté, déploie environ 2000 mercenaires de Wagner sans statut légal, sans accord public, sans supervision et avec une impunité totale, un modèle que l’ambassadeur nomme « coopération en matière de sécurité ».

L’hypocrisie est systématique. Wagner pille l’or via Lobaye Invest, un fait confirmé par des rapports d’experts, tandis que les rebelles pillent les villages. Wagner devient alors une « coopération économique », les rebelles des « criminels ». Wagner est impliqué dans la mort de civils, avec 363 incidents documentés en trois mois par la MINUSCA, alors que les rebelles tuent également. Wagner est présenté comme des « instructeurs », les rebelles comme des « terroristes ». Wagner est accusé de violences sexuelles systématiques, confirmé par des experts, tandis que les rebelles commettent aussi ces crimes. Wagner est qualifié de « partenaires russes », les rebelles restent des « barbares ».

Les citoyens centrafricains ne sont pas dupes. Ils savent que Wagner est un groupe armé étranger et illégal qui se livre à des crimes de masse. Ils sont conscients que ces « instructeurs russes » torturent dans les mêmes prisons que les rebelles. La seule distinction, à leurs yeux, réside dans le camp que ces acteurs ont choisi.

La véritable question n’est pas de savoir qui sont les groupes armés illégaux en République centrafricaine. La question est de comprendre pourquoi l’ambassadeur russe persiste à mentir aussi ouvertement. Il sait pertinemment que Wagner est illégal, qu’il commet des crimes, et que selon le droit international, ses membres devraient être désarmés et poursuivis. Pourtant, le mensonge persiste, car il semble être la seule stratégie.

Le groupe Wagner n’est pas la solution aux problèmes des groupes armés en RCA. Il est lui-même un groupe armé opérant en République centrafricaine, et potentiellement le plus violent, le plus meurtrier et le plus impuni, simplement parce qu’il bénéficie du soutien d’un ambassadeur russe pour blanchir ses actions.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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