Le retour de Macky Sall au Sénégal ravive les tensions politiques
Le retour de Macky Sall au Sénégal, après une période de discrétion à l’étranger suite à la fin de son mandat présidentiel en avril 2024, a immédiatement ravivé les clivages au sein de la sphère politique nationale. Yoro Dia, figure influente de l’Alliance pour la République (APR) et ancien conseiller en communication de la présidence, a saisi cette occasion pour offrir une analyse particulièrement offensive du contexte actuel. Pour lui, ce retour marque la fin d’un « intermède » symbolisé par l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko, leader du parti Pastef.
Une rentrée politique majeure pour Macky Sall
Depuis la passation de pouvoir à Bassirou Diomaye Faye, Macky Sall s’était largement retiré de l’actualité sénégalaise, résidant principalement hors du pays. Ses rares apparitions publiques se limitaient à des engagements internationaux, notamment dans le cadre de ses fonctions au Pacte de Paris pour les peuples et la planète. Sa réapparition à Dakar est donc perçue par ses partisans comme un moment charnière, potentiellement capable de structurer une opposition face au duo exécutif Faye-Sonko.
Yoro Dia, personnalité reconnue de l’APR, a opté pour une rhétorique délibérément clivante. En affirmant que le Sénégal « retrouve son âme et ses valeurs », il ancre ce retour dans un discours quasi-restaurationniste. La critique virulente envers le Premier ministre Ousmane Sonko, dépeint comme l’incarnation d’une « négation du Sénégal », révèle l’intensité du ressentiment d’une partie de l’ancienne classe politique, écartée du pouvoir depuis mars 2024.
La cohabitation difficile entre Pastef et l’ancien régime
Ces déclarations surviennent dans un climat politique sénégalais qui demeure tendu. Le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko a lancé plusieurs initiatives sensibles, dont des audits visant des hauts fonctionnaires de l’ancienne administration et la publication d’un rapport de la Cour des comptes dont les conclusions sont vivement contestées par les responsables de l’ex-régime. Plusieurs anciens ministres et directeurs généraux ont déjà été auditionnés par la justice ou frappés d’interdictions de sortie du territoire.
Dans ce contexte de forte polarisation, chaque prise de parole d’un cadre de l’APR revêt une importance capitale pour l’Sénégal politique. La formule choisie par Yoro Dia dépasse le simple cadre partisan pour soulever une question de légitimité historique : à qui appartient le récit national ? Le pouvoir en place prône une rupture souverainiste, une réappropriation des ressources naturelles et une refondation institutionnelle. À l’inverse, les héritiers politiques de Macky Sall mettent en avant le bilan de douze années de gouvernance, marquées par de grands projets d’infrastructures, tels que le Train express régional et le nouveau pôle urbain de Diamniadio.
Un duel narratif qui résonne au-delà des frontières
L’affrontement entre les visions de Macky Sall et Ousmane Sonko dépasse largement l’agenda intérieur. L’ancien chef de l’État conserve une stature régionale significative, notamment au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), où il a incarné une approche de dialogue avec les régimes militaires du Sahel politique. Ousmane Sonko, quant à lui, défend une posture panafricaniste plus affirmée, caractérisée par une volonté de rééquilibrer les relations avec les partenaires traditionnels, notamment la France, et d’affirmer une souveraineté monétaire et sécuritaire renforcée.
Cette opposition de projets se manifeste désormais à travers les mots et les déclarations. Cependant, la scène politique sénégalaise, traditionnellement marquée par une culture du débat contradictoire, parvient généralement à absorber ces surenchères verbales sans basculer dans l’affrontement ouvert. Les élections législatives anticipées de novembre 2024, largement remportées par Pastef, ont établi un rapport de force institutionnel clair, que les manœuvres de l’opposition peinent pour l’instant à contester efficacement.
Pour les investisseurs et les partenaires diplomatiques, la présence physique de Macky Sall représente néanmoins un signal à surveiller. Elle pourrait redonner de la visibilité à une opposition jusqu’ici fragmentée, tout en réactivant des dossiers judiciaires susceptibles d’accroître la polarisation. Concrètement, la capacité du gouvernement Sonko à mettre en œuvre son agenda économique, dans un contexte budgétaire contraint et sous la surveillance du Fonds monétaire international, dépendra aussi de sa gestion politique de ce nouvel équilibre. Ces déclarations de Yoro Dia ont été prononcées lors des rassemblements organisés en l’honneur de l’ancien président à son retour.