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Le Niger prend le contrôle de son uranium : TSUMCO succède à Orano à Arlit

Publié le 20 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La République du Niger a récemment formalisé la création de la Timersoï Uranium Mining Company (TSUMCO), une nouvelle entreprise publique destinée à superviser l’extraction des vastes réserves d’uranium situées à Arlit, dans la région septentrionale du pays. Cette initiative d’envergure coïncide avec la clôture de la concession de longue date détenue par le géant français Orano, anciennement Areva, sur ce gisement minier crucial pour le Sahel. Cette démarche s’inscrit pleinement dans la politique de reprise en main des richesses naturelles, impulsée par les dirigeants de la transition à Niamey.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

TSUMCO : une ère nouvelle pour l’uranium nigérien

La mise en place de la TSUMCO reflète la détermination des autorités nigériennes à maîtriser l’intégralité de la chaîne de valeur de ce minerai stratégique qu’est l’uranium. Le complexe d’Arlit, en activité depuis le début des années 1970, a joué un rôle prépondérant dans l’approvisionnement de la France en combustible nucléaire civil durant des décennies. Désormais, sa gestion par une entité publique nigérienne modifie profondément l’équilibre actionnarial : le gouvernement, autrefois partenaire ou actionnaire minoritaire, assume désormais le rôle d’opérateur principal.

Ce changement de paradigme soulève toutefois d’importantes interrogations d’ordre opérationnel. L’extraction d’uranium requiert une expertise technique de pointe, le respect strict de normes de radioprotection et l’accès à des marchés commerciaux stables. La TSUMCO se voit donc confrontée à la nécessité de définir rapidement ses orientations stratégiques, notamment concernant la réintégration du personnel local, l’entretien des infrastructures existantes et l’identification de potentiels collaborateurs techniques pour les étapes de transformation et d’exportation du minerai.

Orano : l’épilogue d’un demi-siècle au Niger

La cessation de l’exploitation à Arlit marque, pour Orano, la conclusion d’une présence de plus de cinquante ans au Niger. Le conglomérat, issu de la Cogema puis d’Areva, gérait ses opérations nigériennes via des entités clés telles que la Société des mines de l’Aïr (Somaïr) et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), cette dernière ayant déjà mis fin à ses activités en 2021. Depuis les événements politiques de juillet 2023 et la détérioration subséquente des liens diplomatiques entre la France et le Niger, le statut des investissements français sur le territoire n’a fait que s’affaiblir.

L’annulation du permis d’exploitation du site d’Imouraren, rendue publique en 2024, avait déjà préfiguré cette évolution. La décision concernant Arlit vient confirmer l’intention du Niger de clore définitivement le chapitre de la collaboration minière avec son partenaire historique français. Il est envisageable que ce litige se déplace sur le plan juridique international, Orano ayant déjà initié des recours arbitraux pour d’autres dossiers concernant le Niger.

Souveraineté minière et réalignements stratégiques au Sahel

Cette démarche s’inscrit dans une dynamique régionale plus vaste, reflétant les nouvelles impulsions observées au Mali et au Burkina Faso. Les autorités de transition militaire de ces pays ont également procédé à des révisions de leurs codes miniers, renégocié des accords et accru la participation publique dans les projets extractifs. Ce triptyque sahélien, désormais regroupé au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), affirme une vision souverainiste de la rente minière, marquant un tournant dans la Sahel politique et l’actualité Sahel francophone.

Pour Niamey, l’objectif consiste également à élargir le cercle de ses partenaires commerciaux. La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs nations du Golfe sont fréquemment mentionnées comme de potentiels acquéreurs pour les minerais stratégiques du Sahel. L’uranium nigérien, qui contribuait à près d’un cinquième des besoins de l’Union européenne ces dernières années, est susceptible de voir ses circuits de distribution profondément modifiés. Les engagements à long terme établis avec EDF et d’autres fournisseurs d’énergie européens devront être réévalués à l’aune de cette nouvelle configuration géopolitique.

La problématique des revenus budgétaires demeure centrale. L’uranium, souvent critiqué pour sa contribution jugée insuffisante aux caisses de l’État nigérien par le passé, a le potentiel de générer des bénéfices accrus sous une gestion nationale directe. Cela dépendra toutefois de la capacité de la TSUMCO à garantir des marchés rémunérateurs et à optimiser ses dépenses. Dans l’immédiat, les enjeux prioritaires incluent la pérennité des opérations, la préservation des emplois sur place et la garantie de la sécurité radiologique du complexe.

Ce dossier met en lumière l’ampleur du réalignement géoéconomique actuellement à l’œuvre dans le Sahel central. Au-delà de sa portée symbolique, l’établissement de la TSUMCO propulse le Niger sur une voie ambitieuse, où l’affirmation de sa souveraineté devra impérativement se concrétiser par des résultats industriels palpables.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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