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Le mystère autour de l’absence prolongée de Paul Biya au Cameroun

Publié le 3 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La discrétion prolongée de Paul Biya, à la tête de l’État camerounais depuis 1982, continue de dominer l’actualité politique à Yaoundé. Le silence du palais d’Etoudi concernant les activités présidentielles, couplé à une diminution notable de ses apparitions publiques, engendre un climat d’incertitude qui dépasse désormais les cercles habituels. Sur les plateformes numériques, au sein des rédactions et dans les représentations diplomatiques, une question revient avec insistance : où se trouve le président, et dans quelles conditions exerce-t-il ses fonctions ?

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Un chef d’État nonagénaire au cœur d’une opacité persistante

À 91 ans, Paul Biya totalise plus de quatre décennies à la tête de l’appareil d’État camerounais. Sa longévité, souvent présentée par ses partisans comme un gage de stabilité, se heurte aujourd’hui à une réalité biologique que l’entourage présidentiel peine à dissimuler. Les rumeurs concernant sa santé, récurrentes ces dernières années, ont pris une ampleur sans précédent lors de ses récents séjours prolongés hors du pays, notamment en Europe. Les communications officielles, souvent laconiques, n’ont guère réussi à apaiser la curiosité publique.

La rareté des sorties officielles pose un véritable défi institutionnel. Le fonctionnement de l’exécutif camerounais repose sur une centralisation extrême autour du président, arbitre des décisions majeures qu’elles soient administratives, sécuritaires ou budgétaires. Sans sa signature présidentielle, une partie significative de la machine étatique ralentit. Plusieurs dossiers économiques et diplomatiques importants attendent, selon des observateurs locaux, des arbitrages qui se font désirer.

Une opinion publique gagnée par le doute

Au sein de la société camerounaise, l’inquiétude n’est plus l’apanage de l’opposition. Des voix, y compris au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, admettent en privé leur perplexité face à l’absence d’un discours présidentiel structurant. Le gouvernement, contraint de gérer la situation en silence, a tenté à plusieurs reprises de démentir les rumeurs les plus alarmistes, sans parvenir à établir une communication crédible sur le quotidien du chef de l’État.

Cette opacité nourrit les spéculations autour d’une éventuelle transition. La Constitution camerounaise, modifiée en 2008, stipule qu’en cas de vacance de la présidence, l’intérim est assuré par le président du Sénat, actuellement Marcel Niat Njifenji, lui-même octogénaire. Un scénario juridiquement encadré mais politiquement délicat, compte tenu de la fragilité de l’équilibre des clans au sein du régime. Les prétendus successeurs, œuvrant discrètement au sein des administrations et des cercles militaires, avancent avec prudence.

Un enjeu régional pour l’Afrique centrale

Au-delà des frontières camerounaises, l’incertitude entourant Paul Biya suscite un intérêt direct dans les capitales voisines. Le Cameroun représente le moteur économique de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), contribuant de manière significative au produit intérieur brut de la sous-région. Toute déstabilisation à Yaoundé aurait des répercussions immédiates sur le franc CFA d’Afrique centrale, sur les axes commerciaux vitaux pour le Tchad et la République Centrafricaine, ainsi que sur la coopération sécuritaire dans la lutte contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.

Les partenaires internationaux, notamment la France, les États-Unis et la Chine, suivent la situation avec une attention discrète mais soutenue. Paris, historiquement proche du régime, perçoit le Cameroun comme un pilier de sa politique africaine résiduelle. Pékin, de son côté, a investi massivement dans les infrastructures portuaires et énergétiques du pays, à l’image du port en eau profonde de Kribi. Ces engagements à long terme rendent la stabilité institutionnelle de Yaoundé indissociable des intérêts stratégiques extérieurs.

Sur le plan intérieur, la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, débutée en 2016, demeure sans résolution. Le conflit avec les mouvements séparatistes, les tensions dans l’Extrême-Nord et les fragilités économiques exigent un leadership politique constant. L’absence visible du chef de l’État accentue le sentiment d’un pouvoir en pilotage automatique, à la merci d’un événement qui pourrait précipiter les échéances.

Il reste à déterminer combien de temps ce statu quo pourra être maintenu sans déclencher une crise ouverte. Les prochains mois s’annoncent déterminants pour la trajectoire politique du Cameroun et, par ricochet, pour l’ensemble de l’Afrique centrale.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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