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Le grand invité Afrique – Mali: «Le terrorisme est la négation de la paix, on ne peut plus ignorer la responsabilité du pouvoir»

Publié le 4 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
Le grand invité Afrique

Mali: «Le terrorisme est la négation de la paix, on ne peut plus ignorer la responsabilité du pouvoir»

Publié le : 04/06/2026 – 06:14

Écoutez cet articleEnviron 10 min

Au Mali, cela fait un mois que Mountaga Tall, avocat, ancien ministre et défenseur de la démocratie, a été enlevé par la Sécurité d’État, et qu’il est détenu au secret en dehors de tout cadre légal. Son fils a subi le même sort, ainsi que d’autres militants pro-démocratie, des militaires et des religieux. Ces enlèvements ont commencé après les attaques massives du 25 avril, menées par les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA. Mamadou Ismaïla Konaté est avocat, ancien ministre malien de la Justice et opposant des militaires au pouvoir depuis six ans sans élections. Interrogé par David Baché, il évoque le sort de Mountaga Tall, l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste et la soumission de la justice malienne. Il rappelle également son aversion pour le terrorisme jihadiste, la responsabilité du régime de transition et explique les raisons pour lesquelles il n’a pas rallié la Coalition des forces pour la République (CFR), la coalition d’opposition de l’imam Dicko.

Mamadou Ismaïla Konaté, à Bamako, le 18 octobre 2017.
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RFI : Cela fait tout juste un mois que Maître Mountaga Tall a été enlevé et qu’il est détenu dans un lieu inconnu par la Sécurité d’État. Sa famille, ses avocats, la Conférence internationale des barreaux demandent en vain qu’il soit libéré ou présenté à un juge, le respect du droit. Pensez-vous que les autorités de Transition entendent ces appels ?

Maître Konaté : Si je suis personnellement sceptique, pour autant, ces autorités doivent entendre raison et loi. Elles doivent se rendre compte que nul ne doit être privé de sa liberté en dehors du cadre de la loi. Même si dans le contexte actuel on n’est pas dans un État de droit, il faut quand même rappeler à ces autorités que l’État de droit se mesure notamment à la manière dont il traite ses opposants, ses critiques et ses avocats. Il est inadmissible qu’un citoyen, politique par ailleurs mais avocat de son état, n’ait jamais été visité, ni par des médecins, encore moins par des avocats et encore moins par le bâtonnier de l’ordre des avocats. Après le communiqué virulent du bâtonnier lui-même, les autorités militaires du Mali n’ont pas trouvé mieux que de s’en prendre à son fils et de l’enlever. C’est une escalade qui n’est pas supportable. 

Effectivement, après Mountaga Tall, son propre fils et d’autres opposants politiques ont connu le même sort. Des militaires et des responsables religieux aussi. On sait que la Justice militaire enquête sur des soupçons de complicité avec les groupes armés lors des attaques du 25 avril. Aucun lien n’a été fait officiellement entre cette enquête et ces enlèvements, mais la stratégie implicite des autorités, relayée par leurs soutiens, c’est de justifier cette pratique par la lutte antiterroriste… Et ça semble convenir à une partie des Maliens, non ?

Il faut expliquer à ces Maliens que la lutte contre le terrorisme ne saurait justifier l’insécurité juridique. Un camp militaire n’est pas une juridiction. La détention régulière se prouve, l’arbitraire, lui, se dissimule et on est dans un contexte d’arbitraire total. Aujourd’hui, il s’agit de Mountaga Tall mais, demain, il s’agira de bien d’autres personnes et c’est bien pour cela que même dans un contexte de lutte contre le terrorisme, il est important que le cadre juridique soit préservé, que la justice soit au début et à la fin.

Justement, au-delà de cette affaire, on voit que la justice malienne a condamné l’ancien premier ministre Moussa Mara à un an de prison ferme pour un tweet – il exprimait son espoir que « le jour » succède à « la nuit » –, alors que les soutiens de la Transition peuvent appeler à lyncher des militants pro-démocratie ou à brûler les boutiques tenues par des Mauritaniens. Est-ce que la justice malienne est acquise ou soumise aux autorités de Transition ?  

Bien évidemment, cette justice, qui doit préserver l’ordre et la sécurité publique, donne l’impression de se coucher et d’être plutôt soumise aujourd’hui. Et cette justice doit prendre conscience qu’elle n’est pas au service d’un régime, fut-il militaire. Elle est au service de l’État, de la nation, des populations. Il ne faut pas que les juges perdent ce principe de vue. 

Mais est-ce que les juges ont le choix ? Est-ce qu’ils n’ont pas peur, eux aussi ?

La loi donne aux juges la possibilité de se mettre en retrait. Au-delà de tout, sous le couvert de la peur, les juges aujourd’hui se laissent aller, jouent un rôle qui est maléfique pour eux, qui est maléfique pour l’idée même de justice. Et de ce point de vue-là, qu’ils se rendent compte simplement qu’aujourd’hui est aujourd’hui, mais demain la justice sera.

Après les attaques du 25 avril, la mort du ministre Sadio Camara, la prise de Kidal, certains ont cru les militaires au pouvoir au Mali fragilisés. Finalement le pouvoir ne semble pas vaciller tant que ça ?

Il vacille ! Évidemment, le terrorisme n’a pas sa place dans la cité, il constitue la négation même du pacte social, du droit et de la paix civile. Mais il devient difficile aujourd’hui d’ignorer la responsabilité d’un pouvoir qui, lui, est issu de la force et qui se maintient par la force et la terreur. Et l’exposition du pays, de ses citoyens, à des périls grandissants ne saurait être dissociée des décisions qui sont prises par ceux-là qui gouvernent depuis six ans.

Vous êtes un opposant, on l’a bien compris, aux autorités maliennes de transition, mais vous n’avez pas rallié la CFR (Coalition des forces pour la République), la coalition de l’imam Dicko. Pourquoi ?

Pour la simple raison qu’aujourd’hui, on est entre le képi et la chéchia. Le képi, c’est la prise du pouvoir par la force, c’est l’exercice de ce pouvoir de façon autoritaire. Et en face, nous avons les chéchias, et faut-il leur rappeler, 2012 est passée par là. 2012, c’est quand même des mains et des pieds coupés dans les régions du nord du Mali… 

Pendant la période d’occupation par les groupes djihadistes… 

Exactement. Ces pieds et mains coupés sont encore dans l’esprit des gens. Alors, je veux bien qu’au nom de l’unité nationale, au nom du dialogue, on se mette tous ensemble aujourd’hui dans le but ultime de rétablir l’ensemble national. Mais pour moi, il y a des préalables qui sont absolus. On ne peut pas sortir d’un terrain de guerre, muni d’armes et de munitions, pour venir se retrouver autour de la table et faire table rase de tout ce qui s’est passé. De la même manière que je combats avec la dernière vigueur ce régime militaire, violateur de tous les droits et de toutes les libertés, de cette même manière, je ne saurais véritablement accompagner des actes de terreur et les terroristes. Il y a un préalable absolu : il faut que l’on évoque 2012. Il faut que cette jonction maléfique entre le FLA et le Jnim, on l’évoque. Il faut aujourd’hui qu’il y ait des préalables d’adhésion à des principes et des valeurs absolues qui, pour moi, fondent la République, fondent la démocratie, fondent la justice. 

Les régimes de l’AES, au Mali, au Niger et au Burkina, martèlent que s’opposer à eux, c’est s’opposer à la souveraineté de ces trois pays, c’est être du côté des ennemis de la nation, des terroristes, des ingérences extérieures, de la guerre médiatique… Vous êtes Maliens. Vous en pensez quoi, vous répondez quoi ?

Personne ne peut aujourd’hui me décoller le label de Malien d’une part, de patriote d’autre part et de citoyen engagé. Ce qui gêne ces régimes en place, qui eux-mêmes sont issus de l’illégalité et de la fraude, c’est qu’ils ne supportent pas qu’on leur rappelle ce que c’est que le droit. Ils ne supportent pas qu’on leur rappelle leurs propos, leurs engagements. Mais les vrais antipatriotes, c’est ceux qui affament les citoyens et qui aujourd’hui pervertissent les libertés et anéantissent le droit. 

À lire aussiMali: frappes aériennes de l’armée dans le centre et dans le nord du pays, arrivée de citernes à Bamako

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Par : David Baché

Par Zara Hassane — Grand reporter

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