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Le Gabon veut transformer sa richesse minière en puissance économique locale

Publié le 17 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba
Economie

Le Gabon veut transformer sa richesse minière en puissance économique locale

Par Redac chef 17 juillet 2026 97 No comment

Libreville, Vendredi 17 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Pendant des décennies, les économies extractives africaines ont été confrontées au même paradoxe. Des ressources abondantes quittaient le sous-sol national tandis qu’une partie importante de la valeur ajoutée, des emplois qualifiés et des opportunités industrielles s’évaporait vers l’étranger. Le Gabon entend désormais rompre avec cette logique historique.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Réunis sous l’impulsion de la ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, Zénaba Gninga Chaning, les acteurs publics, les entreprises privées, les institutions financières et les opérateurs miniers ont engagé une réflexion stratégique autour du contenu local, désormais présenté comme l’un des piliers de la transformation économique du pays.

Pour la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) et le groupe Eramet, il ne s’agit plus seulement de respecter une exigence réglementaire. L’ambition est beaucoup plus large. Transformer durablement la rente minière en compétences nationales, en entreprises compétitives, en emplois qualifiés et en prospérité partagée.

Le véritable enjeu n’est plus simplement d’extraire du minerai, mais de faire en sorte qu’une part croissante de la richesse créée demeure sur le territoire national et bénéficie directement aux populations gabonaises.

La fin du modèle extractif traditionnel

Le concept de contenu local s’impose progressivement comme l’un des grands débats économiques des pays producteurs de matières premières. L’idée est simple dans son principe mais complexe dans sa mise en œuvre. Chaque investissement minier doit devenir un accélérateur du développement des entreprises nationales, des compétences locales et des capacités industrielles domestiques.

Dans cette perspective, les marchés attribués aux entreprises nationales ne constituent qu’un point de départ. L’objectif consiste désormais à faire émerger de véritables champions nationaux capables d’innover, d’exporter leurs savoir-faire et de conquérir de nouveaux marchés régionaux et internationaux.

La journée de réflexion organisée autour de cette problématique a permis d’identifier plusieurs obstacles persistants qui limitent encore l’émergence des PME gabonaises. L’accès au financement demeure l’une des principales contraintes, tout comme les exigences de conformité administrative et fiscale, le manque de visibilité sur les opportunités de marchés, les besoins de certification ou encore l’insuffisance des compétences spécialisées.

Les participants ont également souligné l’importance d’améliorer l’environnement des affaires et de renforcer les mécanismes de coopération entre administrations, entreprises, banques, structures de formation et organisations patronales.

Construire un écosystème plutôt qu’un marché

L’originalité de la démarche engagée réside dans sa méthodologie. Inspirée des principes du Design Thinking, elle privilégie l’identification de solutions directement issues des réalités de terrain plutôt qu’une approche exclusivement descendante. Les consultations préalables ont ainsi associé administrations publiques, établissements bancaires, institutions de microfinance, organisations professionnelles et centres de formation dans une logique de co-construction.

Cette approche traduit une évolution profonde de nouvelles politiques industrielles. Le contenu local ne peut réussir s’il repose uniquement sur des obligations contractuelles imposées aux grandes entreprises minières. Il exige au contraire l’émergence d’un véritable écosystème économique capable de répondre aux standards internationaux en matière de qualité, de sécurité, de compétitivité et de gouvernance.

La question du capital humain apparaît dès lors centrale. Formation technique, certification professionnelle, mentorat, transfert de compétences et professionnalisation des PME deviennent les véritables infrastructures invisibles de la souveraineté économique. Les participants ont unanimement reconnu qu’aucune politique de contenu local ne peut prospérer sans un investissement massif dans les compétences nationales.

Une dynamique déjà visible mais appelée à changer d’échelle

Les chiffres présentés par la Compagnie minière de l’Ogooué témoignent déjà d’une évolution significative. L’entreprise référence aujourd’hui 780 fournisseurs et prestataires locaux, dont près des trois quarts sont des sociétés de droit gabonais. Plus de 37 % des achats de l’entreprise sont réalisés sur le marché national, représentant près de 56,8 milliards de francs CFA injectés directement dans l’économie locale.

Les activités de sous-traitance génèrent également plus de 3 000 emplois directs auprès des entreprises partenaires. Ces résultats illustrent l’existence d’une dynamique réelle mais encore insuffisante au regard du potentiel du secteur minier gabonais.

L’ambition affichée consiste désormais à changer d’échelle. Davantage de richesse créée et conservée localement, des PME plus robustes, des milliers d’emplois qualifiés supplémentaires, un capital humain renforcé et des partenariats durables entre secteur public et secteur privé constituent les principaux objectifs fixés par les participants.

Le contenu local apparaît ainsi comme bien davantage qu’une politique industrielle sectorielle. Il devient progressivement un projet national de transformation économique.

Dans un monde où les matières premières critiques deviennent un enjeu géopolitique majeur, les pays qui réussiront demain ne seront probablement pas ceux qui extraient le plus de ressources. Ils seront ceux qui sauront transformer ces ressources en entreprises, en savoir-faire, en technologies et en prospérité durable. Le Gabon semble avoir choisi d’appartenir à cette seconde catégorie.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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