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Le Gabon renforce sa gouvernance financière : la Cour des comptes dévoile ses outils stratégiques

Publié le 17 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

La lutte contre la corruption ne se limite pas à de simples déclarations ou à des opérations de communication. Elle se mesure concrètement à la capacité des institutions à établir des règles solides, des méthodes efficaces, une jurisprudence claire et une culture de la responsabilité, capables de résister aux changements politiques.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

En présentant officiellement quatre instruments stratégiques qui structureront son action jusqu’en 2030, la Cour des comptes du Gabon adresse un message clair à ses partenaires internationaux, aux investisseurs et à ses citoyens : la gouvernance financière du pays entre dans une phase de maturité institutionnelle avancée.

Le 16 juillet dernier, à Libreville, une réunion d’importance a eu lieu, rassemblant les plus hautes autorités de la République autour du premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou. L’événement a marqué la présentation du Code d’éthique et de déontologie, du Plan stratégique 2026-2030, du Plan de formation des magistrats et du Recueil de jurisprudence des juridictions financières.

La présence du Vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, du ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions, Jean-François Ndong Obiang, de la secrétaire générale de la Présidence, Murielle Minkoué Mezui, du président de la Cour constitutionnelle, Dieudonné Aba’a Owono, ainsi que du bâtonnier Raymond Obame Sima et d’anciens responsables de la juridiction financière, a conféré à cette cérémonie une portée bien au-delà du cadre administratif.

Une architecture renouvelée pour le contrôle public au Gabon

À travers ces quatre documents fondamentaux, la Cour des comptes ne vise pas seulement à moderniser ses propres mécanismes internes. Elle ambitionne de redéfinir en profondeur le rôle du contrôle financier dans l’édification de l’État gabonais.

Le Code d’éthique et de déontologie établit désormais les principes directeurs pour chaque magistrat dans l’exercice de ses fonctions. Indépendance, impartialité, intégrité et responsabilité deviennent les piliers d’une institution appelée à jouer un rôle capital dans la préservation des finances publiques.

Le Recueil de jurisprudence, quant à lui, compile les décisions et avis les plus marquants émis par les juridictions financières. Il constitue une mémoire institutionnelle essentielle pour assurer la cohérence des jugements futurs et renforcer la sécurité juridique des gestionnaires publics.

Le Plan stratégique 2026-2030 représente l’épine dorsale de cette transformation. Il définit les priorités, les objectifs et les méthodes qui permettront à la Cour des comptes d’adapter ses missions aux exigences actuelles de la gouvernance publique.

Enfin, le Plan de formation incarne une conviction simple : aucune réforme institutionnelle durable ne peut réussir sans un investissement conséquent dans le développement des compétences humaines.

Le défi de la crédibilité internationale

Le contexte actuel confère à cette initiative une importance particulière. Selon l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique, le Gabon se classe actuellement trente-deuxième sur cinquante-quatre pays africains, avec un score global de 44,6 sur 100. Cette position met en lumière les défis persistants, sans occulter les progrès récents.

Depuis 2023, le pays est passé du statut de candidat à celui de pays conforme aux exigences de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives. Une évolution notable pour une économie fortement dépendante des ressources naturelles.

Dans un environnement international où les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont devenus déterminants pour l’accès aux financements, la qualité des institutions de contrôle constitue désormais un facteur de compétitivité économique, en plus d’être un impératif démocratique.

La crédibilité budgétaire d’un État se forge aujourd’hui aussi bien devant les agences de notation que devant ses propres citoyens.

L’heure des résultats concrets

Pour Alex Euv Moutsiangou, ces nouveaux outils répondent aux attentes des citoyens, soucieux d’une gestion rigoureuse des deniers publics, des administrations, en quête de repères juridiques clairs, mais aussi du Parlement et du gouvernement, qui attendent une expertise indépendante et un conseil éclairé.

L’enjeu dépasse donc la seule Cour des comptes. Il s’agit désormais de savoir si cette nouvelle architecture institutionnelle produira des résultats tangibles dans la gestion quotidienne des finances publiques, dans la qualité des politiques publiques et dans la confiance accordée aux institutions.

En effet, la véritable mesure du succès ne résidera pas dans la simple publication de ces textes, mais dans leur application effective. La gouvernance moderne ne se décrète pas ; elle s’organise, se contrôle et se démontre par des actions concrètes.

Avec ces quatre instruments de référence, le Gabon vient de poser les bases d’un contrôle financier plus exigeant. Il reste désormais à transformer cette ambition institutionnelle en une culture durable de responsabilité publique.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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