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Le Gabon et la Guinée-Bissau : un modèle de transition politique pour l’Afrique

Publié le 20 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le message émanant de Libreville dépasse désormais la simple expression de solidarité entre deux nations africaines. En accueillant la Guinée-Bissau lors des célébrations du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance gabonaise, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réaffirmé son engagement à soutenir le processus de transition en cours à Bissau depuis 2025. Une conviction fondamentale guide cette démarche : une transition n’acquiert une légitimité durable que si elle aboutit, dans les délais impartis, à un retour crédible à l’ordre constitutionnel.

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L’accueil réservé au dirigeant bissau-guinéen, marqué par des honneurs militaires, un défilé pédestre et motorisé de la Garde républicaine, revêtait une dimension hautement symbolique. La remise de la flamme au Président de la Transition est venue concrétiser ce soutien du Gabon au processus enclenché.

Au-delà du protocole, c’est une véritable approche politique que Libreville s’efforce de promouvoir.

De Libreville à Bissau, l’expérience gabonaise comme référence

Lors de la séance de travail entre les délégations des deux pays, Oligui Nguema a mis en avant trois principes qu’il juge essentiels pour la réussite d’une transition : la méthode rigoureuse, la discipline républicaine et le respect scrupuleux du chronogramme.

Le Gabon souhaite ainsi partager son propre cheminement récent au bénéfice d’un autre pays confronté aux défis complexes de la sortie de transition. Pour Libreville, l’objectif ne doit pas être de prolonger indéfiniment une période exceptionnelle, mais de la mettre à profit pour restaurer les conditions d’une légitimité institutionnelle durable.

Cette vision accorde une importance capitale au calendrier électoral bissau-guinéen. Un référendum constitutionnel est annoncé dans les prochains mois, précédant une élection présidentielle fixée au 6 décembre 2026. Pour le président gabonais, le respect de ces échéances constituera un indicateur majeur de la crédibilité du processus.

Le véritable enjeu résidera toutefois dans la qualité du scrutin. Une élection seule ne suffit pas à rétablir la confiance ; elle doit être libre, transparente, inclusive et suffisamment crédible pour que ses résultats soient acceptés par l’ensemble des acteurs.

C’est précisément sur ce terrain que se jouera le succès de la transition en Guinée-Bissau. Son aboutissement pourrait contribuer à restaurer la confiance internationale, à sécuriser l’environnement institutionnel et à créer les conditions propices au développement économique et à l’investissement.

Une coopération au-delà des enjeux politiques

La rencontre entre Libreville et Bissau ne s’est pas limitée aux questions institutionnelles. Le Général de Division Horta N’tam a exprimé sa gratitude pour l’accueil réservé à sa délégation et a rappelé les liens historiques unissant les deux peuples.

Les deux nations aspirent désormais à étendre leur coopération à des secteurs capables de générer des résultats tangibles. La préservation de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique et la formation professionnelle des jeunes figurent parmi les domaines identifiés.

Cette orientation est stratégique. Les transitions politiques ne peuvent engendrer une stabilité durable sans s’accompagner d’améliorations économiques et sociales concrètes pour les populations. La stabilité institutionnelle doit créer un cadre propice au travail, à l’investissement, à la formation de la jeunesse et à la valorisation des ressources nationales.

Les deux parties ont également convenu de renforcer leurs mécanismes de concertation gouvernementale. Le défi sera désormais de traduire la proximité politique affichée à Libreville en programmes concrets, assortis d’objectifs clairs, de financements et de résultats mesurables.

Une nouvelle doctrine gabonaise sur les transitions africaines

À travers son soutien à Bissau, Oligui Nguema cherche également à positionner le Gabon dans le débat continental sur les changements de pouvoir en Afrique. Le continent est confronté à une question délicate : comment accompagner les transitions sans banaliser leur prolongation et sans affaiblir l’objectif d’un retour à des institutions civiles légitimes ?

La réponse prônée par Libreville semble se structurer autour d’un principe simple : la transition doit être un passage, jamais une destination.

Pour être crédible, elle doit être dotée d’une feuille de route claire, d’échéances définies et d’une obligation de résultats. Elle doit également préparer le terrain pour une compétition politique ouverte plutôt que de simplement organiser la succession d’un pouvoir exceptionnel.

Le Gabon entend ainsi capitaliser sur son expérience récente pour défendre une approche fondée sur le dialogue, la discipline institutionnelle et le respect des engagements.

Pour la Guinée-Bissau, le rendez-vous du 6 décembre 2026 pourrait constituer l’épreuve décisive de cette stratégie. Quant au Gabon, son accompagnement représente une opportunité de démontrer qu’une expérience nationale de transition peut servir d’outil de coopération continentale.

Libreville n’offre donc pas seulement son soutien à Bissau. Il propose une conception de la transition africaine ancrée dans une idée essentielle : le pouvoir exceptionnel peut ouvrir une nouvelle page, mais seule une sortie ordonnée vers des institutions crédibles peut véritablement la refermer.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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