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Le Gabon concrétise sa souveraineté numérique avec son premier datacenter national

Publié le 10 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Une attente de longue date pour les professionnels du secteur numérique prendra fin d’ici le 30 juin 2026. Le Gabon s’apprête à inaugurer son tout premier datacenter national, une infrastructure essentielle conçue pour héberger localement les données des administrations publiques, des entreprises privées et, à terme, une partie des services numériques destinés à la région. Ce projet ambitieux est porté par ST Digital, un opérateur gabonais reconnu dans l’infogérance et le cloud, qui en assurera la construction et l’exploitation.

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Le ministre de l’Économie numérique, Mark-Alexandre Doumba, a confirmé cette échéance lors d’une présentation publique consacrée à la stratégie de transformation digitale du pays. L’enjeu dépasse largement les considérations techniques. Pour Libreville, il s’agit de mettre un terme à une situation où la majorité des données produites localement transitait et résidait sur des serveurs situés en Europe, en Afrique du Sud ou aux États-Unis, posant des défis en termes de juridiction et de coûts.

Une infrastructure au service de la souveraineté numérique

L’opérationnalisation de ce centre de données s’inscrit dans une dynamique déjà amorcée par plusieurs nations d’Afrique centrale, désireuses de rapatrier leurs flux numériques sur leur territoire. Concrètement, l’hébergement des données au Gabon permettra de les soustraire aux législations extraterritoriales étrangères, notamment le Cloud Act américain, et de garantir un contrôle accru aux autorités nationales en matière de protection des données personnelles.

L’impact économique est également significatif. Actuellement, les entreprises gabonaises et leurs filiales régionales s’acquittent en devises de l’hébergement de leurs systèmes d’information auprès de prestataires étrangers. Un site local permettra de capter une part de ces dépenses, de réduire la latence pour les utilisateurs gabonais et de stimuler l’émergence d’un écosystème de services numériques de proximité, allant du cloud computing à la sauvegarde, en passant par les services managés.

ST Digital, un acteur clé pour l’Afrique centrale

Le choix de ST Digital pour piloter ce projet n’est pas anodin. L’entreprise jouit déjà d’une solide réputation dans la sous-région, ayant développé des infrastructures similaires au Cameroun, où elle gère plusieurs sites certifiés selon les standards internationaux. Cette expérience régionale confère une crédibilité technique certaine au projet gabonais, dans un domaine où les exigences en matière de disponibilité, de redondance énergétique et de cybersécurité sont particulièrement élevées.

Au-delà de l’infrastructure matérielle, la question des compétences locales sera cruciale. L’exploitation d’un datacenter requiert des ingénieurs réseau spécialisés, des experts en sécurité des systèmes d’information et des techniciens en maintenance haute disponibilité. La capacité de Libreville à attirer et à retenir ces profils, souvent sollicités par des marchés plus rémunérateurs, déterminera la viabilité opérationnelle du site sur le long terme.

Un test pour la stratégie numérique nationale

L’ouverture en juin 2026 enverra un signal fort aux investisseurs et aux partenaires technologiques. Le gouvernement gabonais a clairement affiché, ces derniers mois, sa volonté de structurer une économie numérique compétitive, en misant sur le déploiement de la fibre optique, la modernisation de l’administration et l’attraction de centres d’innovation. Le datacenter national représente une pièce maîtresse de ce puzzle, sans en être l’aboutissement final.

Plusieurs aspects opérationnels devront encore être précisés : les conditions tarifaires pour les administrations, la grille tarifaire destinée aux opérateurs privés, ainsi que les modalités d’éventuels partenariats avec des hyperscalers internationaux qui pourraient utiliser le site comme point d’ancrage régional. La politique gouvernementale concernant l’obligation d’hébergement local pour certaines catégories de données publiques sera également attentivement examinée.

Pour l’heure, Libreville s’appuie sur un calendrier serré et un acteur national pour concrétiser une ambition affichée de longue date. Le succès de ce premier datacenter gabonais dépendra autant de sa robustesse technique que de la capacité du marché local à en absorber les capacités.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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