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Le Faso Mêbo entre projets symboliques et zones d’ombre financières au Burkina Faso

Publié le 17 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Un organisme sous les projecteurs de la reconstruction nationale

Lancée sous l’égide du capitaine Ibrahim Traoré, l’agence Faso Mêbo s’est imposée comme l’étendard d’une reconstruction nationale et d’une souveraineté revendiquée par les autorités de transition. Ses réalisations, affichées avec fierté, dessinent une transformation tangible du paysage urbain à travers des chantiers visibles : pavage de voies, assainissement des caniveaux, ou encore réaménagement de quartiers dans des villes majeures comme Ouagadougou, Bobo-Dioulasso ou Koudougou.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Portée par une communication mettant en avant la participation citoyenne, Faso Mêbo mobilise massivement la jeunesse, les étudiants et la diaspora, consolidant ainsi une image de mobilisation collective au service de l’intérêt général.

Des réalisations visibles, mais une gestion financière suspecte

Si les travaux menés par Faso Mêbo captent l’attention, leur coût réel et leur efficacité interrogent. Selon un économiste burkinabè, interrogé sous couvert d’anonymat, « les projets à forte intensité de main-d’œuvre, bien que visibles, représentent des dépenses bien inférieures aux montants officiellement alloués ». Cette observation soulève une question cruciale : où vont les fonds mobilisés, qu’ils proviennent du budget national ou de contributions populaires ?

Des irrégularités pointées du doigt

Les critiques se concentrent sur les mécanismes de contrôle jugés insuffisants. Malgré les discours officiels sur la transparence, l’absence d’instances indépendantes pour auditer les finances de Faso Mêbo suscite des doutes persistants. Plusieurs alertes et documents internes évoquent des pratiques troublantes : attribution de marchés sans appel d’offres, surévaluation de coûts pour certains matériaux, ou encore des lignes budgétaires opaques. Ces dérives, selon les observateurs, bénéficieraient à un réseau restreint de responsables, tant civils que militaires.

Un climat politique peu propice à l’investigation

La restriction des libertés et les pressions exercées sur les voix critiques compliquent toute tentative d’enquête approfondie. Des professionnels des médias, des militants ou encore des magistrats ayant osé questionner certains choix de la transition ont souvent été confrontés à des mesures coercitives, voire à des affectations forcées dans des zones de conflit. Les organisations de défense des droits humains rapportent également des cas de disparitions ou de restrictions des libertés, contribuant à une atmosphère de crainte qui étouffe les velléités de contrôle indépendant.

Entre mobilisation populaire et exigence de transparence

Pour certains analystes, Faso Mêbo incarne une forme de populisme infrastructurel : une stratégie visant à créer un sentiment d’adhésion par des résultats tangibles, tout en occultant les zones d’ombre de sa gestion. Si les contributions citoyennes et les projets communautaires méritent d’être salués, ils ne doivent pas servir de paravent à un manque criant de responsabilité financière.

L’amélioration des conditions de vie, aussi nécessaire soit-elle, ne saurait se substituer à l’impératif de reddition des comptes et de bonne gouvernance. L’enjeu pour Faso Mêbo réside désormais dans sa capacité à concilier efficacité visible et rigueur invisible, sous peine de voir sa crédibilité définitivement entachée.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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