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Le centre du Mali sous le feu du Jnim : un camp militaire ciblé

Publié le 10 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), principale coalition jihadiste affiliée à Al-Qaïda dans le Sahel, a mené une attaque dimanche 9 août contre une position des Forces armées maliennes (FAMa) située au cœur du Mali. Cette offensive s’inscrit dans une série d’actions revendiquées par le groupe contre les infrastructures militaires, soulignant la difficulté persistante des autorités de transition à assurer la sécurité dans les régions rurales du pays.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Une nouvelle offensive contre les forces armées maliennes

La garnison visée se trouve dans une zone devenue un épicentre de l’activité du Jnim. Le centre du Mali, notamment les environs de Mopti et Ségou, concentre depuis plusieurs années les affrontements les plus intenses entre les forces gouvernementales et les groupes jihadistes. La coalition, sous la direction d’Iyad Ag Ghali, y a solidement établi sa présence, tirant parti des tensions intercommunautaires et de l’affaiblissement des services étatiques en milieu rural.

Le déroulement de l’opération correspond à une tactique bien rodée : un assaut coordonné sur un camp militaire, une tentative de s’emparer d’armes et de véhicules, suivi d’un retrait rapide avant l’arrivée de renforts, notamment aériens. Cette approche asymétrique, souvent exécutée par des unités mobiles à moto, est devenue la marque distinctive du Jnim dans le Sahel central. Les autorités maliennes, qui encadrent strictement la diffusion d’informations sur les revers militaires, n’ont pas communiqué de bilan humain indépendant.

La pression jihadiste redessine le paysage sécuritaire

Avec le départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fin 2023, puis celui des troupes françaises de l’opération Barkhane, le contexte sécuritaire a été profondément modifié. Bamako mise désormais sur ses propres capacités, renforcées par le soutien de l’Africa Corps russe, qui a pris le relais du groupe Wagner après le décès d’Evguéni Prigojine. Cette réorganisation n’a cependant pas freiné l’avancée jihadiste, comme en témoignent les attaques répétées contre les bases militaires.

Le Jnim, mené depuis 2017 par le chef touareg Iyad Ag Ghali, regroupe plusieurs katibas issues d’Ansar Dine, du Front de libération du Macina et d’Al-Mourabitoune. Sa capacité à opérer simultanément au Mali, au Burkina Faso et au Niger en fait la principale menace pour les trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES). En pratique, l’organisation cherche à isoler les capitales régionales en multipliant les blocus routiers et en imposant sa propre forme de gouvernance dans les territoires qu’elle contrôle, une préoccupation majeure pour l’actualité Sahel francophone.

Un défi persistant pour la transition malienne

Pour les autorités de transition, sous la houlette du général Assimi Goïta, la répétition de ces assauts représente un enjeu politique et militaire majeur. La légitimité du pouvoir en place repose en grande partie sur sa promesse de rétablir la souveraineté sécuritaire du pays. Or, les revers successifs, comme celui subi à Tinzaouatène en juillet 2024 face à une alliance de rebelles du Cadre stratégique permanent et de combattants du Jnim, alimentent les doutes sur l’efficacité des mesures actuelles et soulèvent des questions sur la Sahel politique.

Les acteurs régionaux observent la situation avec une inquiétude grandissante. La Confédération des États du Sahel, officialisée en juillet 2024 entre Bamako, Ouagadougou et Niamey, visait à mutualiser les efforts de lutte antiterroriste. Cependant, la coordination opérationnelle reste limitée, chaque armée nationale étant confrontée à ses propres urgences. Par ailleurs, l’accès humanitaire se dégrade dans les zones sous emprise jihadiste, où les organisations non gouvernementales peinent à maintenir leurs opérations.

La fréquence des attaques contre les camps militaires remet également en question la stratégie de défense périmétrique adoptée par les FAMa. Le regroupement des troupes sur des bases fortifiées, censé réduire leur vulnérabilité, transforme ces sites en cibles privilégiées pour un adversaire capable de concentrer ses forces sur des objectifs précis. À moyen terme, la question du contrôle territorial et de la reconquête des zones abandonnées se posera avec une acuité croissante pour le gouvernement de Bamako, nécessitant une Sahel analyse approfondie.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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